M. Per­not. En théo­lo­gie, le ciel n’est pas un lieu

Dirk Bouts (~1420-1475)
Le Che­min du Ciel (~1450)
Mu­sée des Beaux-Arts, Lille

Dieu est au ciel, mais ce n’est pas un lieu
Quand on dit que Dieu est au ciel, ou que les per­sonnes que nous ai­mons et qui sont mortes sont au ciel, ou qu’à l’Ascension Christ monte au ciel… est-ce que le ciel est alors un lieu ? Non, c’est plu­tôt un état.

Jé­sus prie Dieu en di­sant « Notre Père qui est aux cieux », or Dieu n’appartient pas à l’univers ma­té­riel, il n’est pas plus au ciel que sur terre, pas plus à tel en­droit que dans notre cui­sine. Dieu est d’un autre ordre que ce­lui de l’univers phy­sique, et je pense que c’est comme ce­la que l’on peut com­prendre cette ex­pres­sion « Dieu est au ciel ».

C’est vrai que quand la Ge­nèse com­mence en di­sant qu’ Au com­men­ce­ment, Dieu créa le ciel et la terre« , ou quand Sa­lo­mon re­con­naît de­vant l’Éternel que Les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te conte­nir : com­bien moins cette mai­son que je t’ai bâ­tie ! , « les cieux » dont parle Sa­lo­mon est ef­fec­ti­ve­ment ce que nous ap­pel­le­rions cette par­tie de l’univers au-de­là de la terre, avec les étoiles, le so­leil et la lune, et l’eau qui tombe des nuages. Et pré­ci­sé­ment, Sa­lo­mon sait bien que Dieu n’est pas plus dans le temple de Jé­ru­sa­lem qu’il vient de faire construire qu’ailleurs, que Dieu n’est pas plus sur terre que dans cet es­pace de l’univers qui est au­tour de la terre (le ciel). Sa­lo­mon re­con­naît que Dieu dé­passe l’univers, qu’il n’est pas dans l’univers, qu’il ne se confond pas avec l’univers, ni une sorte d’âme de l’univers. Dieu est d’un autre ordre. Lors de la créa­tion dont parle la Ge­nèse, au dé­but, Dieu crée la terre et les cieux en leur fai­sant une place, ce­la veut bien dire que Dieu n’habite pas dans les cieux car alors où au­rait été Dieu avant qu’il crée les cieux ? Ef­fec­ti­ve­ment, dans tous ces textes, comme dans le Notre Père qui est aux cieux de Jé­sus, quand on parle des cieux c’est d’autre chose que l’on parle, ce n’est pas le ciel en tant que par­tie de notre uni­vers qui n’est pas notre terre. « Le ciel », alors, dé­signe autre chose.

Dieu est au ciel : il est trans­cen­dant, d’un autre ordre
Quand on dit que Dieu est au ciel, j’y ver­rais plu­tôt une af­fir­ma­tion de la « trans­cen­dance » de Dieu, c’est à dire que Dieu est d’une autre di­men­sion que notre uni­vers, qu’il est source de ce qui existe de bon. Jé­sus parle in­dis­tinc­te­ment du « royaume des cieux » ou du « royaume de Dieu ». Ce « royaume » n’est pas non plus un lieu comme le royaume de Char­le­magne avec ses fron­tières, c’est plu­tôt « le règne » de Dieu ou des cieux : son ac­tion puis­sante, ef­fi­cace en ce monde, dans notre uni­vers et en nous. Avoir « le règne (royaume) de Dieu » : c’est être au bé­né­fice de l’action de Dieu, de sa dy­na­mique po­si­tive, de son ef­fi­ca­ci­té réelle dans la sphère qui est la nôtre. Le « royaume des cieux » n’est donc pas dans ce lan­gage un lieu, mais une sphère d’influence. Jé­sus ajoute que « le Royaume de Dieu (ou des cieux) » est au de­dans de nous : c’est l’Esprit créa­teur de Dieu tra­vaillant au fond de notre être, le ciel est alors en nous, en quelque sorte, cette force qui nous donne d’aimer un peu, d’espérer, et d’être en lien pro­fond avec Dieu.

Un lan­gage my­tho­lo­gique à in­ter­pré­ter
Mais il faut re­con­naître qu’un fort ima­gi­naire s’est dé­ve­lop­pé en re­pre­nant pas mal de la my­tho­lo­gie très an­cienne, avec des his­toires d’anges et même d’archanges, avec des per­sonnes vi­vant après la mort « au ciel » bien gar­dé par une porte avec à l’entrée une sé­lec­tion des per­sonnes les plus per­for­mantes. Ce­la n’aide à mon avis pas à sai­sir la pro­fon­deur de ce qui est pro­mis dans l’Évangile du Christ. Les anges qui sont aux cieux évoquent en réa­li­té Dieu qui nous com­mu­nique quelque chose qui vient au fond de notre conscience, de nos forces, quelque chose qui ne vient pas de nous-même mais de plus que nous-même (c’est pour ce­la que l’on a par­fois par­lé de fa­çon ima­gée « du ciel »). La vie au ciel nous dit que nous ne sommes pas seule­ment un amas de cel­lule mais une per­sonne ani­mée par une di­men­sion su­pé­rieure ; en par­ti­cu­lier par l’amour. Et la porte d’entrée nous rap­pelle que tout en nous n’est pas di­vin, qu’il y a aus­si du mal et du souf­frant qui ne sont pas de l’ordre du ciel en nous.

Nous sommes ain­si à la fois du ciel et de la terre. Sans ou­blier ni l’un ni l’autre. C’est une grande ri­chesse d’avoir cette double di­men­sion, même si c’est aus­si un pe­tit peu com­pli­qué parfois.

Pas­teur Marc Pernot