
L’Esprit saint est appelé Paraclet et Amour. Il y a un troisième nom qu’on lui applique : le Don, Donum Dei Altissimi, le Don du Dieu très haut. Pourquoi l’appelle-t-on le Don, avec majuscule ? Il faut distinguer - c’est saint Thomas qui fait remarquer cette très belle chose - entre le don et la chose donnée, donum et datum. Si je vous donne une chose, cette chose est un don. Mais, à moins qu’il ne s’agisse d’un mensonge, ce don est le signe que mon cœur vous est donné. Ainsi le donum signifie l’attitude intérieure de celui qui va présenter un datum, une chose donnée. Et c’est pourquoi, quand la divinité nous comblera de toutes sortes de choses que nous aurons demandées, de beaucoup d’autres que nous n’aurons pas demandées, c’est parce qu’elle nous aura donné son cœur, le donum, l’amour. A ce moment-là, l’Esprit saint pourra être appelé, Donum, Don.
L’Esprit saint remplit notre cœur de la grâce divine. « Il était plein de grâce et de vérité - dit saint Jean - et de sa plénitude - de sa surabondance - nous avons tous reçu. » Dans cette grâce-là, se donne l’Esprit saint lui-même. De même que le soleil se donne dans le rayon qui nous arrive, ainsi, quand le rayon de la grâce de Dieu descend en nous, c’est la Source elle-même de ce rayon qui vient habiter dans nos cœurs. Ce sera donc l’habitation du Saint-Esprit - ou de la Trinité.
Je vous ai lu ces textes merveilleux de saint Jean sur la venue de l’Esprit saint en nous. Ils ont une résonance d’éternité ; rien ne peut ébranler la paix extraordinaire qui en émane. C’est l’Église dans son fond intérieur. Extérieurement, elle peut être bousculée, elle le sera toujours ; mais intérieurement il y a en elle quelque chose qui ne change pas. Je ne dis pas une immobilité ; on pourrait dire une immutabilité, une constance, jusqu’à la fin du monde.
L’Église est plus grande que le monde. Elle est faible et il semble qu’on pourrait l’anéantir. Mais les choses de Dieu, quand il les veut, on ne peut pas les anéantir. Hitler massacrera six millions de Juifs, il ne pourra pas éteindre le peuple juif, à cause de la Promesse faite à leurs pères. Et pour l’Église, c’est la même chose. Vous pouvez user de toutes les armes modernes contre elle, vous ne la tuerez pas. Le monde sent qu’elle est plus grande que lui, c’est pourquoi il éprouve à son égard une sorte de crainte, il a peur d’être résorbé par elle. Elle a un sens social trop profond, trop mystérieux pour que les gouvernements et les sociétés humaines ne sentent pas là quelque chose de transcendant et ne soient pas dans une attitude de défiance. D’où cela vient-il ? Non des pauvres chrétiens qui sont si médiocres ! Nous sommes si misérables pour être les témoins du Christ ! Baptisés, trahissant à tout moment. Mais à travers nos vies humaines, l’Esprit passe et fait faire où il le faut les actes de foi et d’amour qu’il faut. Cela pourra être dans un petit enfant ou dans un malade qui va mourir ou dans n’importe quelle circonstance, quand il le faut. Et c’est cela qui est plus fort que le monde et qui l’entraîne jusqu’au jour de la résurrection.
Charles Journet (1891-1975), Entretien sur la Trinité, La mission visible de l’Esprit-Saint
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