T. Hobbes. Li­ber­té et so­cié­té civile

John Mi­chael Wright (1617-1694)
Por­tait de Tho­mas Hobbes âgé (1676)
Long Gal­le­ry, Hard­wick Hall 

Hors de l’é­tat ci­vil, cha­cun jouit sans doute d’une li­ber­té en­tière, mais sté­rile ; car, s’il a la li­ber­té de faire tout ce qu’il lui plaît, il est en re­vanche, puisque les autres ont la même li­ber­té, ex­po­sé à su­bir tout ce qu’il leur plaît. Mais, une fois la so­cié­té ci­vile consti­tuée, chaque ci­toyen ne conserve qu’au­tant de li­ber­té qu’il lui en faut pour vivre bien et vivre en paix, de même les autres perdent de leur li­ber­té juste ce qu’il faut pour qu’ils ne soient plus à redouter. 

Hors de la so­cié­té ci­vile, cha­cun a un droit sur toutes choses, si bien qu’il ne peut néan­moins jouir d’au­cune. Dans une so­cié­té ci­vile par contre, cha­cun jouit en toute sé­cu­ri­té d’un droit limité. 

Hors de la so­cié­té ci­vile, tout homme peut-être dé­pouillé et tué par n’im­porte quel autre. Dans une so­cié­té ci­vile, il ne peut plus l’être que par un seul. 

Hors de la so­cié­té ci­vile, nous n’a­vons pour nous pro­té­ger que nos propres forces ; dans une so­cié­té ci­vile, nous avons celles de tous. 

Hors de la so­cié­té ci­vile, per­sonne n’est as­su­ré de jouir des fruits de son in­dus­trie ; dans une so­cié­té ci­vile, tous le sont. 

On ne trouve en­fin hors de la so­cié­té ci­vile que l’empire des pas­sions, la guerre, la crainte, la pau­vre­té, la lai­deur, la so­li­tude, la bar­ba­rie, l’i­gno­rance et la fé­ro­ci­té ; dans une so­cié­té ci­vile, on voit, sous l’empire de la rai­son, ré­gner la paix, la sé­cu­ri­té, l’a­bon­dance, la beau­té, la so­cia­bi­li­té, la po­li­tesse, le sa­voir et la bienveillance.

Tho­mas Hobbes (1588-1679), Le Ci­toyen
Bio­gra­phie