Saint Augustin. Le pardon


Pas de litiges entre vous; ou alors mettez-y fin au plus vite; que votre colère ne se développe pas en haine, d’un fétu faisant une poutre (43), et rendant votre âme homicide. Vous lisez en effet : qui hait son frère est homicide (44).

Quiconque blesse autrui par injure, mauvais propos, accusation directe, se préoccupera de réparer le plus tôt possible; et que l’offensé pardonne sans récriminer (45). Si l’offense a été réciproque, que l’on se pardonne réciproquement ses torts (46), à cause de vos prières qui doivent être d’autant plus saintes qu’elles sont plus fréquentes.

Mieux vaut le vif coléreux, qui se dépêche de solliciter son pardon auprès de celui qu’il reconnaît avoir offensé, que l’homme plus lent à s’irriter mais plus lent aussi à s’excuser. Qui ne veut jamais demander pardon ou le fait de mauvaise grâce n’a rien à faire dans le monastère, même si on ne l’en chasse pas.

Épargnez-vous donc des paroles trop dures; s’il en échappe de votre bouche, que cette bouche prononce sans retard les mots qui seront un remède aux blessures qu’elle a causées.

Si la nécessité de la régularité à maintenir vous pousse à des paroles sévères, même si vous avez conscience d’avoir dépassé la mesure, on n’exige pas de vous que vous demandiez pardon à vos inférieurs. En effet, vis-à-vis de ceux qui ont à demeurer soumis, un excès d’humilité compromettrait l’autorité que vous avez pour les commander. Mais alors demandez pardon à Celui qui est le Seigneur de tous; Il sait bien, Lui, quelle bienveillante affection vous portez à ceux-là mêmes que vous réprimandez peut-être plus qu’il ne convient. Car entre vous l’affection ne doit pas être charnelle, mais spirituelle.

Saint Augustin (354 – 430), Règle VI
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43. Mt 7, 3-5
44. 1 Jn 3, 15
45. Mt 6, 12
46. debita, cf. ibid.