Saint Augus­tin. Pas de litiges entre vous

Saint Augus­tin écri­vant
Livre de prières de Clé­ment VII
Avi­gnon (1378-1383), BM Avignon 


Pas de litiges entre vous ; ou alors met­tez-y fin au plus vite ; que votre colère ne se déve­loppe pas en haine, d’un fétu fai­sant une poutre (43), et ren­dant votre âme homi­cide. Vous lisez en effet : qui hait son frère est homi­cide (44).

Qui­conque blesse autrui par injure, mau­vais pro­pos, accu­sa­tion directe, se pré­oc­cu­pe­ra de répa­rer le plus tôt pos­sible ; et que l’of­fen­sé par­donne sans récri­mi­ner (45). Si l’of­fense a été réci­proque, que l’on se par­donne réci­pro­que­ment ses torts (46), à cause de vos prières qui doivent être d’au­tant plus saintes qu’elles sont plus fréquentes.

Mieux vaut le vif colé­reux, qui se dépêche de sol­li­ci­ter son par­don auprès de celui qu’il recon­naît avoir offen­sé, que l’homme plus lent à s’ir­ri­ter mais plus lent aus­si à s’ex­cu­ser. Qui ne veut jamais deman­der par­don ou le fait de mau­vaise grâce n’a rien à faire dans le monas­tère, même si on ne l’en chasse pas.

Épar­gnez-vous donc des paroles trop dures ; s’il en échappe de votre bouche, que cette bouche pro­nonce sans retard les mots qui seront un remède aux bles­sures qu’elle a causées.

Si la néces­si­té de la régu­la­ri­té à main­te­nir vous pousse à des paroles sévères, même si vous avez conscience d’a­voir dépas­sé la mesure, on n’exige pas de vous que vous deman­diez par­don à vos infé­rieurs. En effet, vis-à-vis de ceux qui ont à demeu­rer sou­mis, un excès d’hu­mi­li­té com­pro­met­trait l’au­to­ri­té que vous avez pour les com­man­der. Mais alors deman­dez par­don à Celui qui est le Sei­gneur de tous ; Il sait bien, Lui, quelle bien­veillante affec­tion vous por­tez à ceux-là mêmes que vous répri­man­dez peut-être plus qu’il ne convient. Car entre vous l’af­fec­tion ne doit pas être char­nelle, mais spirituelle.

Saint Augus­tin (354 - 430), Règle VI
> Bio­gra­phie


43. Mt 7, 3-5
44. 1 Jn 3, 15
45. Mt 6, 12
46. debi­ta, cf. ibid.