Roger Schütz. L’Évangile dans sa fraî­cheur première


Les jeunes géné­ra­tions demandent des signes nou­veaux. L’Es­prit Saint ne par­le­rait-il qu’au tra­vers des hommes d’âge mûr, les sages que peut-être nous sommes deve­nus ? Ne par­le­rait-il pas aus­si à l’Église de Dieu au tra­vers des nou­velles géné­ra­tions ? Leurs ques­tions attein­dront-elles notre conscience dans sa pro­fon­deur ? Cette géné­ra­tion pro­nonce par­fois sur les hommes d’Église des juge­ments sans appel. Elle pense que les adultes se sont acquis des sécu­ri­tés abu­sives, les pri­vi­lèges des ins­ti­tu­tions, et dès lors elle refuse toute communication.

Elle veut une com­mu­nau­té chré­tienne sans com­pro­mis. Elle a une répul­sion pour l’ha­bi­le­té. Elle demande un nou­veau style et, si elle ne le trouve pas, elle pré­fère aban­don­ner l’Église pour aller là où elle croit dis­cer­ner plus de sim­pli­ci­té, plus de lim­pi­di­té dans les rap­ports humains. Autre­fois les schismes mena­çaient. Aujourd’­hui c’est l’in­dif­fé­rence des plus jeunes.

« Prou­vez-nous que vous vivez l’Évangile dans sa fraî­cheur pre­mière, en esprit de pau­vre­té, dans la soli­da­ri­té avec tous et non pas seule­ment avec votre famille confessionnelle. »

L’Évangile dans sa fraî­cheur ? Il est attente de Dieu. Il est de vivre la dyna­mique de l’au­jourd’­hui. Il est dans un constant retour aux sources. Il est récon­ci­lia­tion. Que nous dit-elle de meilleur, cette nou­velle géné­ra­tion ? « Don­nez-nous la preuve exis­ten­tielle que vous croyez en Dieu, que vos sécu­ri­tés sont bien en Lui. »

Mais nous les adultes, redou­te­rions-nous les réta­blis­se­ments d’au­tant plus dif­fi­ciles que les habi­tudes prises au long des ans et l’or­gueil de la vie s’op­posent à l’es­prit de pau­vre­té et à l’at­tente de Dieu ? L’or­gueil de la vie crée une fis­sure par où s’é­coule toute fraî­cheur évan­gé­lique. Mais si nous accep­tons cette conver­sion dans sa tota­li­té, en nous le Christ péné­tre­ra les régions de l’in­tel­li­gence et celles du cœur. Il attein­dra même notre chair jus­qu’aux entrailles, en sorte qu’à notre tour nous ayons des « entrailles de miséricorde ».

Frère Roger Schutz (1915-2005), Dyna­mique du pro­vi­soire
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