Tertullien. Recommandation pour la prière

André Thévet (1504-1592)
Portrait de Tertullien (1594)
BM Lyon

12 Le cœur qui s’applique à la prière doit être absolument libre, vide non seulement de colère, mais de tout ce qui peut le troubler. II doit ressembler à l’Esprit auquel il s’adresse. Un esprit qui n’est pas pur, est-ce que l’Esprit Saint peut le reconnaître ? Un esprit triste, est-ce que l’Esprit joyeux de Dieu peut le reconnaître ?

13 A quoi sert de nous laver les mains avant d’aller prier si notre cœur est sale ? Nos mains elles-mêmes ont besoin que notre cœur soit pur. Alors elles pourront s’élever vers le ciel en étant pures de ces fautes que voici : mentir, blesser, faire souffrir, empoisonner, adorer les faux dieux. Enfin elles seront pures de toutes ces fautes qui commencent dans le cœur et que les mains font ensuite… D’ailleurs nos mains sont pures, puisqu’elles ont été lavées avec tout notre corps en Jésus-Christ.

17 Comme la modestie et l’humilité sont les meilleures recommandations auprès de Dieu, il ne nous faut pas lever les mains trop haut, quand nous prions mais les tenir à une hauteur juste et convenable, ni lever la tête avec trop de hardiesse. Rappelons-nous que le publicain qui priait également par l’humilité du visage et de la posture s’en est allé plus justifié que l’orgueilleux pharisien (cf. Lc 18, 14) Le ton de notre voix doit également être discret. Si nous prétendions nous faire entendre par la force de notre voix, quels poumons ne nous faudrait-il pas ? Dieu n’écoute pas la voix mais le cœur et le perce. Le démon de l’oracle pythien l’a déclaré lui-même : « Je comprends le muet et j’entends ceux qui ne parlent pas. » Croyez-vous que Dieu ait besoin de clameur ? Comment la prière de Jonas, partie des flancs de la baleine, aurait-elle pu traverser les entrailles du monstre, franchir la masse des abysses et parvenir jusqu’au ciel ? Le seul effet de ceux qui élèvent la voix n’est-il pas de déranger les voisins ? Ne feraient-ils pas aussi bien de prier en public ?

23 … Le dimanche est le jour de la Résurrection du Seigneur. Donc, ce jour-là seulement, évitons à la fois de nous mettre à genoux et toutes les attitudes et les coutumes qui expriment la tristesse. Laissons aussi de côté nos occupations ordinaires pour ne pas donner à l’Esprit du mal l’occasion de nous faire tomber. Faisons la même chose de Pâques à la Pentecôte : ce temps est mis à part comme une unique grande fête pleine de joie. Le reste du temps, qui peut hésiter à se prosterner devant Dieu chaque jour, au moins quand nous prions pour la première fois, au moment où nous entrons dans la lumière du jour ? Quand on jeûne et quand on veille pour prier, nous devons toujours nous mettre à genoux et faire d’autres gestes d’humilité. En effet, nous ne faisons pas seulement une prière, mais nous appelons avec force la miséricorde de Dieu notre Seigneur et nous lui demandons pardon.

Tertullien (~160 — ~220), Notre Père 12, 13, 17, 23
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