Paul VI. Dia­logue, an­ti­dote aux bruits des ré­seaux sociaux

« Le dia­logue n’est pas or­gueilleux ; il n’est pas pi­quant ; il n’est pas of­fen­sant. Son au­to­ri­té lui vient de l’intérieur, de la vé­ri­té qu’il ex­pose, de la cha­ri­té qu’il ré­pand, de l’exemple qu’il pro­pose ; il n’est pas com­man­de­ment et ne pro­cède pas de fa­çon im­pé­rieuse. Il est pa­ci­fique ; il évite les ma­nières vio­lentes ; il est pa­tient, il est généreux ». 

C’est ce qu’écrivait Paul VI dans sa pre­mière en­cy­clique, Ec­cle­siam suam, pu­bliée le 6 août 1964. Ces quelques pa­roles suf­fisent à sai­sir l’extraordinaire ac­tua­li­té de la lettre de Paul VI, qu’il écri­vit en­tiè­re­ment à la main un peu plus d’un an après son élec­tion pon­ti­fi­cale, alors que le concile était en­core en cours. Le Pape ori­gi­naire de Bres­cia dé­fi­nis­sait de « dia­logue du sa­lut » la mis­sion de Jé­sus, en ob­ser­vant qu’il

« ne contrai­gnit phy­si­que­ment per­sonne à l’accueillir ; il fut une for­mi­dable de­mande d’amour, qui, s’il consti­tua une re­dou­table res­pon­sa­bi­li­té pour ceux à qui il était adres­sé, les lais­sa tou­te­fois libres d’y cor­res­pondre ou de le re­fu­ser ». Une forme de rap­port qui laisse trans­pa­raître « une vo­lon­té de cour­toi­sie, d’estime, de sym­pa­thie, de bon­té de la part de ce­lui qui l’entreprend ; elle ex­clut la condam­na­tion a prio­ri, la po­lé­mique of­fen­sante et tour­née en ha­bi­tude, l’inutilité de vaines conversations ». 

On ne peut man­quer de re­mar­quer la dis­tance si­dé­rale de cette ap­proche par rap­port à celle qui ca­rac­té­rise un grand nombre de ba­var­dages nu­mé­riques de la part de ceux qui jugent tout et tout le monde, uti­lisent un lan­gage mé­pri­sant et semblent avoir be­soin d’un « en­ne­mi » pour exister. 

Le dia­logue, qui pour Paul VI est in­hé­rent à l’annonce évan­gé­lique, n’a pas comme ob­jec­tif la conver­sion im­mé­diate de l’interlocuteur -conver­sion qui, par ailleurs, est tou­jours l’œuvre de la grâce de Dieu, et non de la sa­gesse dia­lec­tique du mis­sion­naire- et suppose

« l’état d’esprit de ce­lui qui […] sait ne plus pou­voir sé­pa­rer son sa­lut de la re­cherche de ce­lui des autres ». On ne se sauve pas seul, en somme. On ne se sauve pas non plus en éle­vant des bar­rières ou en s’enfermant dans des for­te­resses sé­pa­rées du monde pour prendre soin des « purs » et évi­ter la conta­mi­na­tion. Le dia­logue est « l’union de la vé­ri­té et de la cha­ri­té, de l’intelligence et de l’amour ».

Ce n’est pas la sup­pres­sion de l’identité de ceux qui croient que pour an­non­cer l’Évangile, il est né­ces­saire de se confor­mer au monde et à ses agen­das. Ce n’est pas l’exaltation de l’identité comme sé­pa­ra­tion qui fait re­gar­der les « autres » de haut. 

« L’Église doit en­trer en dia­logue avec le monde dans le­quel elle vit. L’Église se fait pa­role ; l’Église se fait mes­sage ; l’Église se fait conver­sa­tion », car « avant même de conver­tir le monde, bien mieux, pour le conver­tir, il faut l’approcher et lui par­ler ». Et, ex­plique Paul VI, « on ne sauve pas le monde du dehors ».

Mais la pre­mière en­cy­clique du Pape Paul VI, dès ses pre­mières pa­roles, contient d’autres in­di­ca­tions pré­cieuses pour l’époque que nous vi­vons. Ec­cle­siam suam, l’Église est la « sienne », elle est de son fon­da­teur Jé­sus-Christ. Elle n’est pas la « nôtre », elle n’est pas construite de nos mains, elle n’est pas le fruit de notre ta­lent. Son ef­fi­ca­ci­té ne dé­pend pas du mar­ke­ting, de cam­pagnes pla­ni­fiées, de l’audimat ou de la ca­pa­ci­té à rem­plir les stades. L’Église n’existe pas parce qu’elle est ca­pable de pro­duire de grands évé­ne­ments, des feux d’artifice mé­dia­tiques et des stra­té­gies d’«influenceurs ».

Elle est dans le monde pour faire briller, à tra­vers le té­moi­gnage quo­ti­dien de nom­breux « pauvres christs », pé­cheurs par­don­nés, la beau­té d’une ren­contre qui sauve et donne un ho­ri­zon d’espérance. Elle est dans le monde pour of­frir à tous l’occasion de croi­ser le re­gard de Jésus. 

An­drea Tornielli