
Le compromis n’a pas bonne presse. On le considère toujours comme médiocre, sinon immoral et on parlera alors de compromission. Rien pourtant de durable ne s’est fait dans l’histoire sans compromis. Et il est possible que la nervosité actuelle de notre société, son impuissance à disposer d’une mémoire vivante qui la dispenserait de se commémorer indéfiniment, son impuissance à proposer un horizon d’attente partagé qui donne à chacun le sentiment qu’il a le temps, viennent de cette incapacité à inscrire des compromis dans la durée. Car si le compromis est ce qui écarte la violence, c’est parce qu’il suppose de la part de tous le consentement à instituer le conflit. Le compromis, c’est l’acceptation du fait que les désaccords sont indépassables, et qu’il faut trouver un modus vivendi dans le différend même.
Or le compromis n’est-il pas cette passion pour le compossible, pour rendre possible ensemble ce qu’on croyait incompatible ? Oser inscrire le différend dans la durée des institutions, l’installer dans la géographie ? Je parlerai donc d’une passion pour le compromis.
Olivier Abel (*1953), paru dans Libresens 1997
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