Oli­vier Abel. Éloge du compromis

Le com­pro­mis n’a pas bonne presse. On le consi­dère tou­jours comme mé­diocre, si­non im­mo­ral et on par­le­ra alors de com­pro­mis­sion. Rien pour­tant de du­rable ne s’est fait dans l’histoire sans com­pro­mis. Et il est pos­sible que la ner­vo­si­té ac­tuelle de notre so­cié­té, son im­puis­sance à dis­po­ser d’une mé­moire vi­vante qui la dis­pen­se­rait de se com­mé­mo­rer in­dé­fi­ni­ment, son im­puis­sance à pro­po­ser un ho­ri­zon d’attente par­ta­gé qui donne à cha­cun le sen­ti­ment qu’il a le temps, viennent de cette in­ca­pa­ci­té à ins­crire des com­pro­mis dans la du­rée. Car si le com­pro­mis est ce qui écarte la vio­lence, c’est parce qu’il sup­pose de la part de tous le consen­te­ment à ins­ti­tuer le conflit. Le com­pro­mis, c’est l’acceptation du fait que les désac­cords sont in­dé­pas­sables, et qu’il faut trou­ver un mo­dus vi­ven­di dans le dif­fé­rend même.

Or le com­pro­mis n’est-il pas cette pas­sion pour le com­pos­sible, pour rendre pos­sible en­semble ce qu’on croyait in­com­pa­tible ? Oser ins­crire le dif­fé­rend dans la du­rée des ins­ti­tu­tions, l’installer dans la géo­gra­phie ? Je par­le­rai donc d’une pas­sion pour le compromis.

Oli­vier Abel (*1953), pa­ru dans Li­bre­sens 1997
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