M.-N. Tha­but. Dieu, Ro­cher qui m’a­brite (Ps 17)

Ma­rie-Noëlle Tha­but, bi­bliste
Psaume de di­manche prochain

Ps 17, 2-4, 47. 51
2 Je t’aime, Sei­gneur, ma force :
3 Sei­gneur, mon roc, ma for­te­resse,
Dieu mon li­bé­ra­teur, le ro­cher qui m’abrite,
mon bou­clier, mon fort, mon arme de vic­toire !

4 Louange à Dieu ! Quand je fais ap­pel au Sei­gneur,
je suis sau­vé de tous mes en­ne­mis.
20 Lui m’a dé­ga­gé, mis au large,
il m’a li­bé­ré, car il m’aime.

47 Vive le Sei­gneur !
Bé­ni soit mon Ro­cher !
Qu’il triomphe, le Dieu de ma vic­toire.
51 Il donne à son roi de grandes vic­toires,
il se montre fi­dèle à son mes­sie pour toujours.

Quand je fais ap­pel au Sei­gneur, je suis sau­vé
Lorsque le peuple d’Israël veut rendre grâce à Dieu pour son sou­tien et sa sol­li­ci­tude au long des siècles, il se com­pare au roi Da­vid, pour­sui­vi par le roi Saül, ou bien af­fron­tant le géant Go­liath. Dans les deux cas, Le Sei­gneur a se­cou­ru son ser­vi­teur Da­vid. Je vous rap­pelle son his­toire. Ce­la se passe un peu avant l’an mille av. J.C. A l’époque le roi lé­gi­time d’Israël, choi­si par Dieu et consa­cré par l’onction d’huile du pro­phète Sa­muel, ce n’était pas Da­vid (pas en­core), mais Saül, le pre­mier roi d’Israël.

Mais ce­lui-ci ne rem­plis­sait plus sa mis­sion. Son règne, bien com­men­cé, se ter­mi­nait mal. Au lieu d’écouter le pro­phète, il avait sciem­ment trans­gres­sé ses ordres, et le pro­phète Sa­muel l’avait désa­voué. C’est alors qu’il avait choi­si Da­vid en­core très jeune pour qu’il soit for­mé à la cour et qu’il suc­cède plus tard à Saül. Saül est donc res­té le roi en titre jusqu’à sa mort, mais il a dû sup­por­ter de voir gran­dir à la cour Da­vid, son ri­val de plus en plus po­pu­laire et à qui tout réus­sis­sait. Si bien qu’une haine fa­rouche rem­plit peu à peu le cœur de Saül et qu’il es­saya, à plu­sieurs re­prises, mais vai­ne­ment, de se dé­bar­ras­ser de Da­vid. Une fois entre autres, Saül pour­sui­vait Da­vid et c’est dans une ca­verne que Da­vid a trou­vé re­fuge. D’où l’expression : » Dieu mon li­bé­ra­teur, le ro­cher qui m’abrite. » Choi­si, à sa grande sur­prise, pour être le fu­tur roi, Da­vid sa­vait qu’il pou­vait comp­ter sur la pro­tec­tion de Dieu : « Quand je fais ap­pel au Sei­gneur, je suis sau­vé de tous mes en­ne­mis. » Ou en­core : « Dieu, mon bou­clier, mon fort, mon arme de vic­toire !… Qu’il triomphe, le Dieu de ma vic­toire. Il donne à son roi de grandes victoires. »

Da­vid et Go­liath
Vous vous rap­pe­lez éga­le­ment la lutte entre Da­vid et Go­liath : Da­vid ar­mé d’une simple fronde af­fron­tait le géant équi­pé de pied en cap et ar­mé jusqu’aux dents ; vexé de l’accoutrement ex­ces­si­ve­ment simple de son ri­val, Go­liath lui avait dit : « Suis-je un chien pour que tu viennes à moi ar­mé de bâ­tons ? Viens ici que je donne ta chair aux oi­seaux et aux bêtes des champs. » Et Da­vid lui avait ré­pon­du : « Toi, tu viens à moi ar­mé d’une épée, d’une lance et d’un ja­ve­lot ; moi, je viens à toi, ar­mé du nom du Sei­gneur le Tout-Puis­sant, le Dieu des ar­mées d’Israël que tu as dé­fié. Aujourd’hui même le Sei­gneur te re­met­tra entre mes mains… et toute la terre sau­ra qu’il y a un Dieu pour Is­raël. Et toute cette as­sem­blée le sau­ra : ce n’est ni par l’épée, ni par la lance que le Sei­gneur donne la vic­toire, mais le Sei­gneur est le maître de la guerre et il vous li­vre­ra entre nos mains. » (1S 17, 43-47)

Le ro­cher d’Israël
Le peuple d’Israël tout en­tier, lui aus­si, peut dire ces ver­sets en toute vé­ri­té : « Sei­gneur, mon roc… Dieu mon li­bé­ra­teur, le ro­cher qui m’abrite… Lui m’a dé­ga­gé, mis au large, il m’a li­bé­ré car il m’aime. Vive le Sei­gneur ! Bé­ni soit mon Ro­cher !» Tout d’abord, bien avant Da­vid, on avait ex­pé­ri­men­té qu’une ca­verne dans un ro­cher peut être un lieu d’asile. Le livre des Juges en donne des exemples. Dire que Dieu est notre Ro­cher, c’est donc d’abord dire qu’il est notre se­cours, notre ap­pui le plus sûr. Par exemple, on trouve dans le Deu­té­ro­nome le fa­meux can­tique de Moïse au Ro­cher d’Israël : « Re­con­nais­sez la gran­deur de notre Dieu, Lui le Ro­cher, son ac­tion est par­faite, tous ses che­mi­ne­ments sont ju­di­cieux ; c’est le Dieu fi­dèle, il n’y a pas en lui d’injustice, il est juste et droit. » (Dt 32, 3-4) A une époque où on pense que chaque peuple a son dieu pro­tec­teur, on ad­met bien que les autres peuples puissent avoir leur ro­cher, mais il ne vaut quand même pas ce­lui d’Israël. On trouve dans le même can­tique cette phrase su­perbe : « Le Ro­cher de nos en­ne­mis n’est pas comme notre Ro­cher. » (Dt 32, 31)

Le Ro­cher de Mas­sa et Me­ri­ba
Moïse, quand il parle de ro­cher, lui donne cer­tai­ne­ment en­core un autre sens ; on a là évi­dem­ment un écho de la li­bé­ra­tion d’Égypte (« Le Sei­gneur m’a li­bé­ré car il m’aime ») et aus­si de l’Exode, la longue marche au Si­naï. Tout au long de ce pé­riple éprou­vant, dans la cha­leur, la faim, la soif, par­mi les scor­pions et les ser­pents brû­lants, la pré­sence de Dieu, sa sol­li­ci­tude ont été le se­cours du peuple ; une sol­li­ci­tude qui est al­lée jusqu’à faire cou­ler l’eau du Ro­cher : c’est le cé­lèbre pas­sage de Mas­sa et Me­ri­ba, là où on a eu tel­le­ment soif qu’on a eu peur d’en mou­rir et qu’on a ac­cu­sé Moïse de vou­loir la mort du peuple. L’histoire de cette ré­volte hante la mé­moire d’Israël car elle est ty­pique des doutes qui as­saillent le croyant. Mais ici, ce n’est pas la ré­volte qui est évo­quée, c’est la bon­té de Dieu qui ré­pond à la ré­volte par un don plus grand en­core : « Là-bas, le peuple eut soif ; le peuple mur­mu­ra contre Moïse : Pour­quoi donc, dit-il, nous as-tu fait mon­ter d’Égypte ? Pour me lais­ser mou­rir de soif, moi, mes fils et mes trou­peaux ? Alors Moïse cria au Sei­gneur : Que dois-je faire pour ce peuple ? En­core un peu, ils vont me la­pi­der. » Et Dieu ré­pon­dit : « Tu frap­pe­ras le Ro­cher, il en sor­ti­ra de l’eau et le peuple boi­ra. » (Ex 17, 3-6)


Quand le peuple d’Israël chante ce psaume, il rap­pelle donc cette pré­sence fi­dèle de­puis tou­jours à ses cô­tés de Ce­lui dont le Nom même est « Je suis avec vous ». Mais ce rap­pel est aus­si la source de son es­pé­rance, car tout comme Da­vid, ce peuple at­tend la réa­li­sa­tion des pro­messes du Dieu fi­dèle, la ve­nue du Mes­sie qui li­bé­re­ra dé­fi­ni­ti­ve­ment l’humanité. « Vive le Sei­gneur ! Bé­ni soit mon Ro­cher ! Qu’il triomphe, le Dieu de ma vic­toire. Il donne à son roi de grandes vic­toires, il se montre fi­dèle à son Mes­sie pour tou­jours.«
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Com­plé­ment
Le deuxième livre de Sa­muel dit que Da­vid a chan­té ce psaume pour re­mer­cier Dieu de l’avoir dé­li­vré de tous ses en­ne­mis, à com­men­cer par Saül. Si vous avez la cu­rio­si­té de consul­ter ce deuxième livre de Sa­muel au cha­pitre 22, vous y re­trou­ve­rez le texte de ce psaume 17 presque à l’identique. Ce­la ne prouve pas que, his­to­ri­que­ment, Da­vid a dit tex­tuel­le­ment ces pa­roles-là, mais que le ré­dac­teur fi­nal du livre de Sa­muel a pen­sé que ce psaume s’appliquait par­ti­cu­liè­re­ment bien à David.