
David
Psautier d’Egbert, Xe s.
Musée archéologique national
Cividale del Friuli, Italie
Marie-Noëlle Thabut, bibliste
Psaume de ce dimanche
Ps 95, 1-10
1 Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
2 chantez au Seigneur et bénissez son nom !
De jour en jour proclamez son salut,
3 racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations, ses merveilles !
4 Il est grand, le Seigneur, hautement loué,
redoutable au-dessus de tous les dieux :
5 néant tous les dieux des nations !
Lui, le Seigneur, a fait les cieux :
6 devant lui, splendeur et majesté,
dans son sanctuaire, puissance et beauté.
7 Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
8 rendez au Seigneur la gloire de son nom.
Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis,
9 adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
tremblez devant lui, terre entière.
10 Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi !«
le monde, inébranlable, tient bon.
Il gouverne les peuples avec droiture.
11 Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
12 la campagne tout entière est en fête.
Les arbres des forêts dansent de joie
13 devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.
Il jugera le monde avec justice,
et les peuples selon sa vérité !
Une espèce de frémissement, d’exaltation court sous tous ces versets. Pourquoi est-on tout vibrants ? C’est la foi qui fait vibrer ce peuple, ou plutôt c’est l’espérance, qui est la joie de la foi, l’espérance qui permet d’affirmer avec certitude ce qu’on ne possède pas encore.
Comme si c’était déjà la fin du monde
Car on est en pleine anticipation : le psaume nous transporte déjà à la fin du monde, en ce jour béni où tous les peuples sans exception reconnaîtront Dieu comme le seul Dieu. Le jour, où enfin l’humanité tout entière aura mis sa confiance en lui seul. Imaginons un peu cette scène que nous décrit le psaume : nous sommes à Jérusalem … et plus précisément dans le Temple ; tous les peuples, toutes les nations, toutes les races se pressent aux abords du Temple, l’esplanade grouille de monde, les marches du parvis du Temple sont noires de monde, la ville de Jérusalem n’y suffit pas… aussi loin que porte le regard, les foules affluent… il en vient de partout, il en vient du bout du monde. Et toute cette foule immense chante à pleine gorge, c’est une symphonie ; que chantent-ils ? « Dieu règne !» C’est une clameur immense, superbe, gigantesque… Une clameur qui ressemble à l’ovation qu’on faisait à chaque nouveau roi le jour de son sacre, mais cette fois, ce n’est pas le peuple d’Israël qui acclame un roi de la terre, c’est l’humanité tout entière qui acclame le roi du monde : « Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable. » (toutes ces expressions sont empruntées au vocabulaire de cour)
Quand le monde entier entre dans la fête
En fait, c’est beaucoup plus encore que l’humanité : la terre elle-même en tremble. Et voilà que les mers aussi entrent dans la symphonie : on dirait qu’elles mugissent. Et les campagnes entrent dans la fête, les arbres dansent. A-t-on déjà vu des arbres danser ? Et bien oui, ce jour-là ils dansent !
Bien sûr, si on y réfléchit, c’est normal ! Les mers sont moins bêtes que les hommes ! Elles, elles savent qui les a faites, qui est leur Créateur ! Elles mugissent pour Lui, elles l’acclament à leur manière. Les arbres des forêts, eux aussi, sont moins bêtes que les hommes : ils savent reconnaître leur Créateur : parmi des tas d’idoles, de faux dieux, pas d’erreur possible, les arbres ne s’y laissent pas prendre.
Les hommes, eux, se sont laissé berner longtemps. Il suffit de se rappeler l’insistance d’Isaïe dans notre première lecture de ce vingt-neuvième dimanche pour dire : « Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre ; en-dehors de moi, il n’y a pas de Dieu. » Ce qui prouve que, du temps d’Isaïe, l’idolâtrie, sous une forme ou sous une autre n’était pas loin ! On entend ici cette même pointe contre l’idolâtrie : « néant les dieux des nations. » Il est incroyable que les hommes aient mis si longtemps à reconnaître leur Créateur, leur Père. Qu’il ait fallu leur redire cent fois cette évidence que le Seigneur est « redoutable au-dessus de tous les dieux» ; que « c’est lui, le Seigneur, (sous-entendu « et personne d’autre ») qui a fait les cieux ».
Mais cette fois c’est arrivé ! Et on vient à Jérusalem pour acclamer Dieu parce qu’enfin on a entendu la bonne nouvelle ; et si on a pu l’entendre c’est parce qu’elle était clamée à nos oreilles depuis des siècles ! « De jour en jour, Israël avait proclamé son salut. » De jour en jour Israël avait raconté l’œuvre de Dieu, ses merveilles, traduisez son œuvre incessante de libération. De jour en jour Israël avait témoigné que Dieu l’avait libéré de l’Égypte d’abord, puis de toutes les sortes d’esclavage : et le plus terrible des esclavages, c’est de se tromper de Dieu, c’est de mettre sa confiance dans de fausses valeurs, des faux dieux qui ne peuvent que décevoir, des idoles.
La vocation des croyants
Israël a cette chance immense, cet honneur inouï, ce bonheur de savoir et d’être chargé de dire que le Seigneur notre Dieu, l’Éternel est le seul Dieu, est le Dieu UN ; comme le dit la profession de foi juive, le « Shema Israël » : « Écoute Israël, le Seigneur ton Dieu est le Seigneur UN. » C’est le mystère de la vocation d’Israël dont on n’a pas fini de s’émerveiller. Comme le dit le livre du Deutéronome : « A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le Seigneur qui est Dieu : il n’y en a pas d’autre que lui. » Mais le peuple choisi n’a jamais oublié que s’il lui a été donné de voir, c’est pour qu’il le fasse savoir.
Et alors, enfin, la bonne nouvelle a été entendue jusqu’aux extrémités de la terre et tous se pressent pour entrer dans la Maison de leur Père.
Revenons sur terre
Nous sommes là en pleine anticipation ! En attendant que ce rêve se réalise, le peuple d’Israël fait retentir ce psaume pour renouveler sa foi et son espérance, pour puiser la force de faire entendre la bonne nouvelle dont il est chargé.
