Évangile de Matthieu © RCF
François Lestang, exégète, Université Catholique de Lyon

Saint Matthieu, Maître-autel, Abbaye de Grandmont
Émail de Limoges (~1231), Musée du Louvre, Paris 1
Au chapitre 18 de l’Évangile de Matthieu, le Christ donne des règles de savoir-vivre pour la communauté chrétienne. Il commence son discours ecclésial par un passage très émouvant, où il est question de l’enfance. Il s’agit de se faire humble à l’image de l’enfant, qui est dépendant d’un autre, et rester vigilant à ce qui est petit. « À ce moment-là, les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des Cieux ? Alors Jésus appela un petit enfant ; il le plaça au milieu d’eux, et il déclara : Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. Et celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille, moi. » (Mt, 18, 1-5)
Un texte révolutionnaire
Jésus modifie l’image que l’on a de la grandeur : se faire, se rendre humble, être attentif au petit. Et petit : c’est comme ça que Jésus apparaît dans l’Évangile de Matthieu. « L’enfant pour Jésus c’est cette confiance dans le Père. »
Vivre en communauté
Ce discours qu’écrit Matthieu l’évangéliste s’adresse aux croyants. Le Christ propose des règles pour la vie en église. Il met en garde contre la poursuite d’une réussite en oubliant les autres.
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1 Cette plaque (29 / 14 cm), ornée d’une effigie de saint Matthieu, appartient à un ensemble de six plaques semblables présentant les apôtres Jacques (New York, Metropolitan museum), Philippe (Saint-Pétersbourg, Ermitage), Martial (musée du Bargello, Florence), Paul et Thomas (musée du Petit Palais, Paris). Ils proviendraient d’un retable démembré de l’autel majeur de l’abbaye de Grandmont, près de Limoges ou de Saint-Martial de Limoges. Exceptionnels par leur facture et par leur style, ces apôtres sont des exemples d’interprétation du style « 1200 » en Limousin.
La figure de saint Matthieu est fixée sur un fond émaillé à l’aide d’un rivet. Comme les cinq autres plaques, elle est de forme cintrée et percée de sept trous de fixation. Ces apôtres, tous identifiés par une inscription, proviendraient de l’autel majeur de l’abbaye de Grandmont détruit en 1790, chef-lieu d’un ordre religieux en Limousin. L’autel devait comporter treize plaques car la tradition locale voulait que Martial, saint patron de Limoges, soit associé au collège apostolique.
Le saint Matthieu est traité en haut-relief. Très plastique, assis sur un petit édicule et tenant à la main gauche son Évangile, il se détache sur un fond de rinceaux émaillés. L’aspect monumental et exceptionnel est renforcé par les cabochons qui ornent les vêtements, la reliure du livre et les yeux. Ce puissant relief au modelé sensible est repris à la gravure avec beaucoup de raffinement et rappelle la statuaire du début du XIIIe siècle.
Les figures d’apôtres du maître-autel de l’abbaye de Grandmont sont effectivement proches de certaines sculptures de la grande statuaire gothique, telles les statues des portails des transepts de la cathédrale de Chartres (vers 1210-1230). Ces grandes figures d’applique par leur expression grave, le traitement des drapés quelque peu classique et l’auréole formant comme une calotte font de ces œuvres une expression du style « 1200 » en émaillerie. Ce style « 1200 » connut un développement dans le nord de la France et dans les vallées de la Meuse et du Rhin mais, comme le révèle le traitement longiligne des apôtres et les plis de leurs vêtements, il s’est aussi répandu, au début du XIIIe siècle, dans la région de Limoges.
