Be­noît XVI. Jacques le Ma­jeur, fils de Zébédée

El Gre­co (1541-1614)
Les Apôtres (1610-1614), Saint Jacques le Ma­jeur
Mu­sée Gre­co, Tolède

25 juillet

Les listes bi­bliques des Douze men­tionnent deux per­sonnes por­tant ce nom : Jacques fils de Zé­bé­dée et Jacques fils d’Al­phée (cf. Mc 3, 17.18 ; Mt 10, 2-3), que l’on dis­tingue com­mu­né­ment par les ap­pel­la­tions de Jacques le Ma­jeur et Jacques le Mi­neur. Ces dé­si­gna­tions n’en­tendent bien sûr pas me­su­rer leur sain­te­té, mais seule­ment prendre acte de l’im­por­tance dif­fé­rente qu’ils re­çoivent dans les écrits du Nou­veau Tes­ta­ment et, en par­ti­cu­lier, dans le cadre de la vie ter­restre de Jé­sus. Au­jourd’­hui, nous consa­crons notre at­ten­tion au pre­mier de ces deux per­son­nages homonymes.

Le nom de Jacques est la tra­duc­tion de Iá­ko­bos, forme gré­ci­sée du nom du cé­lèbre Pa­triarche Ja­cob. L’a­pôtre ain­si ap­pe­lé est le frère de Jean et, dans les listes sus­men­tion­nées, il oc­cupe la deuxième place im­mé­dia­te­ment après Pierre, comme dans Marc (3, 17), ou la troi­sième place après Pierre et An­dré dans les Évan­gile de Mat­thieu (10, 2) et de Luc (6, 14), alors que dans les Actes, il vient après Pierre et Jean (1, 13). Ce Jacques ap­par­tient, avec Pierre et Jean, au groupe des trois dis­ciples pré­fé­rés qui ont été ad­mis par Jé­sus à des mo­ments im­por­tants de sa vie.

Je vou­drais ne men­tion­ner ici que deux de ces oc­ca­sions. Il a pu par­ti­ci­per, avec Pierre et Jean, au mo­ment de l’a­go­nie de Jé­sus dans le jar­din du Geth­sé­ma­ni, et à l’é­vé­ne­ment de la Trans­fi­gu­ra­tion de Jé­sus. Il s’a­git donc de si­tua­tions très dif­fé­rentes l’une de l’autre : dans un cas, Jacques avec les deux Apôtres fait l’ex­pé­rience de la gloire du Sei­gneur. Il le voit en conver­sa­tion avec Moïse et Élie, il voit trans­pa­raître la splen­deur di­vine en Jé­sus ; dans l’autre, il se trouve face à la souf­france et à l’­hu­mi­lia­tion, il voit de ses propres yeux com­ment le Fils de Dieu s’­hu­mi­lie, en obéis­sant jus­qu’à la mort. La deuxième ex­pé­rience consti­tua cer­tai­ne­ment pour lui l’oc­ca­sion d’une ma­tu­ra­tion dans la foi, pour cor­ri­ger l’in­ter­pré­ta­tion uni­la­té­rale, triom­pha­liste de la pre­mière : il dut en­tre­voir que le Mes­sie, at­ten­du par le peuple juif comme un triom­pha­teur, n’é­tait en réa­li­té pas seule­ment en­tou­ré d’­hon­neur et de gloire, mais éga­le­ment de souf­frances et de fai­blesse. La gloire du Christ se réa­lise pré­ci­sé­ment dans la Croix, dans la par­ti­ci­pa­tion à nos souffrances.

Cette ma­tu­ra­tion de la foi fut me­née à bien par l’Es­prit Saint lors de la Pen­te­côte, si bien que Jacques, lorsque vint le mo­ment du té­moi­gnage su­prême, ne re­cu­la pas. Au dé­but des an­nées 40, le roi Hé­rode Agrip­pa, ne­veu d’­Hé­rode le Grand, comme nous l’ap­prend Luc, « se mit à mal­trai­ter cer­tains membres de l’Église. Il sup­pri­ma Jacques, frère de Jean, en le fai­sant dé­ca­pi­ter » (Ac 12, 1-2). La conci­sion de la nou­velle, pri­vée de tout dé­tail nar­ra­tif, ré­vèle, d’une part, com­bien il était nor­mal pour les chré­tiens de té­moi­gner du Sei­gneur par leur propre vie et, de l’autre, à quel point Jacques pos­sé­dait une po­si­tion im­por­tante dans l’Église de Jé­ru­sa­lem, éga­le­ment en rai­son du rôle joué au cours de l’exis­tence ter­restre de Jé­sus. Une tra­di­tion suc­ces­sive, re­mon­tant au moins à Isi­dore de Sé­ville, ra­conte un sé­jour qu’il au­rait fait en Es­pagne, pour évan­gé­li­ser cette im­por­tante ré­gion de l’empire ro­main. Se­lon une autre tra­di­tion, ce se­rait en re­vanche son corps qui au­rait été trans­por­té en Es­pagne, dans la ville de Saint-Jacques-de-Com­pos­telle. Comme nous le sa­vons tous, ce lieu de­vint l’ob­jet d’une grande vé­né­ra­tion et il est en­core ac­tuel­le­ment le but de nom­breux pè­le­ri­nages, non seule­ment en Eu­rope, mais du monde en­tier. C’est ain­si que s’ex­plique la re­pré­sen­ta­tion ico­no­gra­phique de saint Jacques te­nant à la main le bâ­ton de pè­le­rin et le rou­leau de l’Évangile, ca­rac­té­ris­tiques de l’a­pôtre iti­né­rant et consa­cré à l’an­nonce de la « bonne nou­velle », ca­rac­té­ris­tiques du pè­le­ri­nage de la vie chrétienne.

Nous pou­vons donc ap­prendre beau­coup de choses de saint Jacques : la promp­ti­tude à ac­cueillir l’ap­pel du Sei­gneur, même lors­qu’il nous de­mande de lais­ser la « barque » de nos cer­ti­tudes hu­maines, l’en­thou­siasme à le suivre sur les routes qu’Il nous in­dique au-de­là de toute pré­somp­tion illu­soire qui est la nôtre, la dis­po­ni­bi­li­té à té­moi­gner de lui avec cou­rage, si né­ces­saire jus­qu’au sa­cri­fice su­prême de la vie. Ain­si, Jacques le Ma­jeur se pré­sente à nous comme un exemple élo­quent de gé­né­reuse adhé­sion au Christ. Lui, qui avait de­man­dé au dé­but, par l’in­ter­mé­diaire de sa mère, à s’as­seoir avec son frère à cô­té du Maître dans son Royaume, fut pré­ci­sé­ment le pre­mier à boire le ca­lice de la pas­sion, à par­ta­ger le mar­tyre avec les Apôtres.

Et à la fin, en ré­su­mant tout, nous pou­vons dire que le che­min non seule­ment ex­té­rieur, mais sur­tout in­té­rieur, du mont de la Trans­fi­gu­ra­tion au mont de l’a­go­nie, sym­bo­lise tout le pè­le­ri­nage de la vie chré­tienne, entre les per­sé­cu­tions du monde et les conso­la­tions de Dieu, comme le dit le Concile Va­ti­can II. En sui­vant Jé­sus comme saint Jacques, nous sa­vons que, même dans les dif­fi­cul­tés, nous mar­chons sur la bonne voie.

Be­noît XVI, Au­dience gé­né­rale du 21 juin 2006
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