▷ Gré­go­rien. Dum pa­ter fa­mi­lias (Hymne des pèlerins)

Dum pa­ter fa­mi­lias (~1160), Hym­nus per­egri­no­rum , Ad Ves­pe­ras sanc­ti Ia­co­bi, co­dex Ca­lix­ti­nus
Ama­deo San­tia­go Muños, Ver­bum Glo­riae, Sé­ville

Maître de Mar­gue­rite d’Or­léans, Heures (~1430)
Pè­le­ri­nage à Saint-Jacques, BnF 🔍

1 No­mi­na­tif
Quand le père de fa­mille, 
le Roi de l’u­ni­vers, 
a pla­cé les ré­gions de la terre
sous l’é­gide des apôtres, 
Jacques fut en Es­pagne
la lu­mière de ses lois.

Pre­mier par­mi les apôtres,
mar­tyr de Jé­ru­sa­lem,
Jacques s’est dis­tin­gué.
Saint est son martyre.

2 Gé­ni­tif
La Ga­lice, terre de Jacques
de­mande des actes pieux :
sur son sol bé­ni
la route est tra­cée
pour que la foule des pè­le­rins
y che­mine en chantant.

O Maître de saint Jacques,
O Dieu et saint Jacques,
sois clé­ment, sois mi­sé­ri­cor­dieux,
O Sei­gneur, aide-nous.

Pre­mier par­mi les apôtres …

3 Da­tif
Le monde en­tier
rend grâces à Jacques,
pieux sol­dat
qui porte à tous se­cours
et ré­con­fort,
et exauce nos prières.

Pre­mier par­mi les apôtres …

4 Ac­cu­sa­tif
Que les mi­racles de Jacques
se ré­vèlent à ceux
qui l’im­plorent
sous la me­nace du dan­ger.
Ce­lui qui es­père en lui
se­ra li­bé­ré de ses chaînes.

Pre­mier par­mi les apôtres …

5 Vo­ca­tif
O Saint Jacques,
notre vraie force,
écarte de nous les en­ne­mis
veille sur ceux
qui se confient à toi,
si nous trou­vons grâce de­vant toi.

Pre­mier par­mi les apôtres …

6 Abla­tif
Por­tés par l’es­poir que Jacques
nous ac­corde son par­don,
et dans l’o­béis­sance
que nous lui de­vons,
of­frons au Père tout-puis­sant
des louanges dignes de lui. Amen.

Pre­mier par­mi les apôtres …

Co­dex Ca­lix­ti­nus, XIIe s.
Ca­thé­drale Saint-Jacques, Compostelle

Le Co­dex Ca­lix­ti­nus est un ma­nus­crit du XIIe siècle conser­vé à la Ca­thé­drale de San­tia­go. La mu­sique du Ca­lix­ti­nus est une com­pi­la­tion de dif­fé­rentes œuvres is­sues des hauts-lieux qui ja­lon­naient le che­min du pè­le­ri­nage. Il offre ain­si une sai­sis­sante image des styles mu­si­caux vé­hi­cu­lés sur cet iti­né­raire. Les po­ly­pho­nies de ce ma­nus­crit se si­tuent entre l’École Aqui­taine et ce­lui de l’Ecole pa­ri­sienne, que nous connais­sons prin­ci­pa­le­ment par des sources du XIIIe siècle.

Le Dum pa­ter fa­mi­lias a fait cou­ler beau­coup d’encre. Au XIXe siècle, lorsque le Co­dex Ca­lix­ti­nus fut re­dé­cou­vert, il fut ques­tion d’en faire le chant em­blé­ma­tique du culte jac­quaire. Son in­ter­pré­ta­tion est tou­te­fois problématique.

Le chant est consi­gné à la fin du ma­nus­crit, d’une main hâ­tive, en no­ta­tion aqui­taine, alors que le reste du ma­nus­crit uti­lise une no­ta­tion bour­gui­gnonne très soi­gnée. La mé­lo­die n’est pas no­tée sur ligne, chaque ver­set semble ex­pri­mer la même mé­lo­die mais avec de lé­gère va­riantes, chose cu­rieuse, car il s’agit d’un chant stro­phique avec re­frain. On sup­pose que le scribe, pres­sé et no­tant une mé­lo­die qui de­vait être très connue, ne s’est pas at­tar­dé à re­co­pier exac­te­ment la même mé­lo­die à chaque verset.

L’ar­ran­ge­ment de l’­hymne ici pro­po­sé est ba­sé sur la trans­crip­tion des mé­lo­dies que le Père Germán Pra­do de l’Ab­baye de San­to Do­min­go de Si­los a faite en 1944 pour les ver­sets 1, 2 et 6 ; mé­lo­dies qui ont été ajou­tées aux ver­sets 3, 4 et 5 pour com­plé­ter la mu­sique man­quante des ver­sets res­tants de l’­hymne. Le texte la­tin est ce­lui de la trans­crip­tion ac­tuelle dé­te­nue par le chœur de la ca­thé­drale de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le Dum pa­ter fa­mi­lias pour­rait être l’hymne de ral­lie­ment des pè­le­rins sur leur che­min vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

C’est éga­le­ment un chant pé­da­go­gique, chaque strophe traite un des cas de la dé­cli­nai­son la­tine de Ja­co­bus, moyen agréable de se re­mé­mo­rer les mé­ca­nismes de base de la langue latine.

Les che­mins de Saint-Jacques

Ces dif­fé­rentes voies se re­joignent toutes à Puente la Rei­na, puis c’est une route unique jus­qu’à Saint-Jacques-de-Compostelle.

> Les Amis du Che­min de St-Jacques, Suisse