Dum pater familias (~1160), Hymnus peregrinorum , Ad Vesperas sancti Iacobi, codex Calixtinus
Amadeo Santiago Muños, Verbum Gloriae, Séville

Maître de Marguerite d’Orléans, Heures (~1430)
Pèlerinage à Saint-Jacques, BnF 🔍

1 Nominatif
Quand le père de famille,
le Roi de l’univers,
a placé les régions de la terre
sous l’égide des apôtres,
Jacques fut en Espagne
la lumière de ses lois.
Premier parmi les apôtres,
martyr de Jérusalem,
Jacques s’est distingué.
Saint est son martyre.
2 Génitif
La Galice, terre de Jacques
demande des actes pieux :
sur son sol béni
la route est tracée
pour que la foule des pèlerins
y chemine en chantant.
O Maître de saint Jacques,
O Dieu et saint Jacques,
sois clément, sois miséricordieux,
O Seigneur, aide-nous.
Premier parmi les apôtres …
3 Datif
Le monde entier
rend grâces à Jacques,
pieux soldat
qui porte à tous secours
et réconfort,
et exauce nos prières.
Premier parmi les apôtres …
4 Accusatif
Que les miracles de Jacques
se révèlent à ceux
qui l’implorent
sous la menace du danger.
Celui qui espère en lui
sera libéré de ses chaînes.
Premier parmi les apôtres …
5 Vocatif
O Saint Jacques,
notre vraie force,
écarte de nous les ennemis
veille sur ceux
qui se confient à toi,
si nous trouvons grâce devant toi.
Premier parmi les apôtres …
6 Ablatif
Portés par l’espoir que Jacques
nous accorde son pardon,
et dans l’obéissance
que nous lui devons,
offrons au Père tout-puissant
des louanges dignes de lui. Amen.
Premier parmi les apôtres …

Codex Calixtinus, XIIe s.
Cathédrale Saint-Jacques, Compostelle
Le Codex Calixtinus est un manuscrit du XIIe siècle conservé à la Cathédrale de Santiago. La musique du Calixtinus est une compilation de différentes œuvres issues des hauts-lieux qui jalonnaient le chemin du pèlerinage. Il offre ainsi une saisissante image des styles musicaux véhiculés sur cet itinéraire. Les polyphonies de ce manuscrit se situent entre l’École Aquitaine et celui de l’Ecole parisienne, que nous connaissons principalement par des sources du XIIIe siècle.
Le Dum pater familias a fait couler beaucoup d’encre. Au XIXe siècle, lorsque le Codex Calixtinus fut redécouvert, il fut question d’en faire le chant emblématique du culte jacquaire. Son interprétation est toutefois problématique.
Le chant est consigné à la fin du manuscrit, d’une main hâtive, en notation aquitaine, alors que le reste du manuscrit utilise une notation bourguignonne très soignée. La mélodie n’est pas notée sur ligne, chaque verset semble exprimer la même mélodie mais avec de légère variantes, chose curieuse, car il s’agit d’un chant strophique avec refrain. On suppose que le scribe, pressé et notant une mélodie qui devait être très connue, ne s’est pas attardé à recopier exactement la même mélodie à chaque verset.
L’arrangement de l’hymne ici proposé est basé sur la transcription des mélodies que le Père Germán Prado de l’Abbaye de Santo Domingo de Silos a faite en 1944 pour les versets 1, 2 et 6 ; mélodies qui ont été ajoutées aux versets 3, 4 et 5 pour compléter la musique manquante des versets restants de l’hymne. Le texte latin est celui de la transcription actuelle détenue par le chœur de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Le Dum pater familias pourrait être l’hymne de ralliement des pèlerins sur leur chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
C’est également un chant pédagogique, chaque strophe traite un des cas de la déclinaison latine de Jacobus, moyen agréable de se remémorer les mécanismes de base de la langue latine.
Les chemins de Saint-Jacques


Ces différentes voies se rejoignent toutes à Puente la Reina, puis c’est une route unique jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle.
