M.-N. Tha­but. On a en­le­vé le Sei­gneur de son tombeau

Ma­rie-Noëlle Tha­but, bi­bliste
Fête de sainte Ma­rie-Ma­de­leine
22 juillet

Jn 20 , 1-9
1 Le pre­mier jour de la se­maine,
Ma­rie Ma­de­leine se rend au tom­beau
de grand ma­tin ; c’était en­core les té­nèbres.
Elle s’aperçoit que la pierre a été en­le­vée du tom­beau.
2 Elle court donc trou­ver Si­mon-Pierre et l’autre dis­ciple,
ce­lui que Jé­sus ai­mait,
et elle leur dit :
«On a en­le­vé le Sei­gneur de son tom­beau
et nous ne sa­vons pas où on l’a dé­po­sé.«
 3 Pierre par­tit donc avec l’autre dis­ciple
pour se rendre au tom­beau.
4 Ils cou­raient tous les deux en­semble,
mais l’autre dis­ciple cou­rut plus vite que Pierre
et ar­ri­va le pre­mier au tom­beau.
5 En se pen­chant, il s’aperçoit que les linges sont po­sés à plat ;
ce­pen­dant il n’entre pas.
6 Si­mon-Pierre, qui le sui­vait, ar­rive à son tour.
Il entre dans le tom­beau ; il aper­çoit les linges po­sés à plat,
7 ain­si que le suaire qui avait en­tou­ré la tête de Jé­sus,
non pas po­sé avec les linges, mais rou­lé à part à sa place.
8 C’est alors qu’en­tra l’autre dis­ciple,
lui qui était ar­ri­vé le pre­mier au tom­beau.
Il vit, et il crut.
9 Jusque-là, en ef­fet, les dis­ciples n’a­vaient pas com­pris
que, se­lon l’Écriture,
il fal­lait que Jé­sus res­sus­cite d’entre les morts.

Jean note qu’il fai­sait en­core sombre : la lu­mière de la Ré­sur­rec­tion a troué la nuit. On pense évi­dem­ment au Pro­logue du même évan­gile de Jean : « La lu­mière luit dans les té­nèbres et les té­nèbres ne l’ont pas sai­sie. » Au double sens du mot « sai­sir », qui si­gni­fie à la fois « com­prendre » et « ar­rê­ter » ; les té­nèbres n’ont pas com­pris la lu­mière, parce que, comme dit Jé­sus éga­le­ment chez saint Jean « le monde est in­ca­pable d’accueillir l’Esprit de vé­ri­té » (Jn 14, 17) . Ou en­core : « la lu­mière est ve­nue dans le monde et les hommes ont pré­fé­ré l’obscurité à la lu­mière. » (Jn 3, 19) Mais, mal­gré tout, les té­nèbres ne pour­ront pas l’arrêter, au sens de l’empêcher de briller. Cest tou­jours Saint Jean qui nous rap­porte la phrase qui dit la vic­toire du Christ : « Soyez pleins d’assurance, j’ai vain­cu le monde ! » (Jn 16, 33)

Donc, « alors qu’il fait en­core sombre », Ma­rie de Mag­da­la voit que la pierre a été en­le­vée du tom­beau. Elle court trou­ver Si­mon-Pierre et l’autre dis­ciple, ce­lui que Jé­sus ai­mait, (on sup­pose qu’il s’agit de Jean lui-même) et elle leur dit : « On a en­le­vé le Sei­gneur de son tom­beau et nous ne sa­vons pas où on l’a mis. » Évi­dem­ment, les deux dis­ciples se pré­ci­pitent. Vous avez re­mar­qué la dé­fé­rence de Jean à l’égard de Pierre. Jean court plus vite, il est plus jeune, pro­ba­ble­ment, mais il laisse Pierre en­trer le pre­mier dans le tombeau.

« Pierre entre dans le tom­beau, et il re­garde le lin­ceul res­té là, et le linge qui avait re­cou­vert la tête, non pas po­sé avec le lin­ceul, mais rou­lé à part à sa place. » Leur dé­cou­verte se ré­sume à ce­la : le tom­beau vide et les linges res­tés sur place. Mais quand Jean entre à son tour, le texte dit : « C’est alors qu’entra l’autre dis­ciple, lui qui était ar­ri­vé le pre­mier au tom­beau. Il vit et il crut. » Pour saint Jean, ces linges sont des pièces à convic­tion : ils prouvent la Ré­sur­rec­tion. Au mo­ment même de l’exécution du Christ, et en­core bien long­temps après, les ad­ver­saires des Chré­tiens ont ré­pan­du le bruit que les dis­ciples de Jé­sus avaient tout sim­ple­ment sub­ti­li­sé son corps. Saint Jean ré­pond : « Si on avait pris le corps, on au­rait pris les linges aus­si ! Et s’il était en­core mort, s’il s’agissait d’un ca­davre, on n’aurait évi­dem­ment pas en­le­vé les linges qui le re­cou­vraient.«
 Ces linges sont la preuve que Jé­sus est dé­sor­mais li­bé­ré de la mort : ces deux linges qui l’enserraient sym­bo­li­saient la pas­si­vi­té de la mort. De­vant ces deux linges aban­don­nés, dé­sor­mais in­utiles, Jean vit et il crut. Il a tout de suite com­pris. Quand La­zare avait été ra­me­né à la vie par Jé­sus, quelques jours au­pa­ra­vant, il était sor­ti lié. Son corps était en­core pri­son­nier des chaînes du monde : il n’était pas un corps res­sus­ci­té. Jé­sus, lui, sort dé­lié : plei­ne­ment li­bé­ré. Son corps res­sus­ci­té ne connaît plus d’entrave.

La der­nière phrase est un peu éton­nante : « Jusque-là, en ef­fet, les dis­ciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fal­lait que Jé­sus res­sus­cite d’entre les morts. »

Jean a dé­jà no­té à plu­sieurs re­prises dans son évan­gile qu’il a fal­lu at­tendre la Ré­sur­rec­tion pour que les dis­ciples com­prennent le mys­tère du Christ, ses pa­roles et son com­por­te­ment. Au mo­ment de la Pu­ri­fi­ca­tion du Temple, lorsque Jé­sus avait fait un vé­ri­table scan­dale en chas­sant les ven­deurs d’animaux et les chan­geurs, l’évangile de Jean dit : « Lorsque Jé­sus se le­va d’entre les morts, ses dis­ciples se sou­vinrent qu’il avait par­lé ain­si, et ils crurent à l’Écriture ain­si qu’à la pa­role qu’il avait dite. » (Jn 2, 22) Même chose lors de son en­trée triom­phale à Jé­ru­sa­lem, Jean note : « Au pre­mier mo­ment, ses dis­ciples ne com­prirent pas ce qui ar­ri­vait, mais lorsque Jé­sus eut été glo­ri­fié, ils se sou­vinrent que ce­la avait été écrit à son su­jet. » (Jn 12, 16)

Mais soyons francs : vous ne trou­ve­rez nulle part dans toute l’Écriture une phrase pour dire que le Mes­sie res­sus­ci­te­ra. Au bord du tom­beau vide, Pierre et Jean ne viennent donc pas d’avoir une illu­mi­na­tion comme si une phrase pré­cise, mais ou­bliée, de l’Écriture re­ve­nait tout d’un coup à leur mé­moire. Mais, tout d’un coup, c’est l’ensemble du plan de Dieu qui leur est ap­pa­ru. Comme dit Saint Luc à pro­pos des dis­ciples d’Emmaüs, leurs es­prits se sont ou­verts à « l’intelligence des Écritures ».

« Il vit et il crut. Jusque là, les dis­ciples n’avaient pas vu que, se­lon l’Écriture, il fal­lait que Jé­sus res­sus­cite d’entre les morts. » C’est parce que Jean a cru que l’Écriture s’est éclai­rée pour lui : jusqu’ici com­bien de choses de l’Écriture lui étaient de­meu­rées obs­cures. Mais parce que, tout d’un coup, il donne sa foi, sans hé­si­ter, alors tout de­vient clair : il re­lit l’Écriture au­tre­ment et elle lui de­vient lu­mi­neuse. L’expression « il fal­lait » dit cette évi­dence. Comme di­sait saint An­selme, il ne faut pas com­prendre pour croire, il faut croire pour comprendre.

À notre tour, nous n’aurons ja­mais d’autre preuve de la Ré­sur­rec­tion du Christ que ce tom­beau vide… Dans les jours qui suivent, il y a eu les ap­pa­ri­tions du Res­sus­ci­té. Mais au­cune de ces preuves n’est vrai­ment contrai­gnante… Notre foi de­vra tou­jours se don­ner sans autre preuve que le té­moi­gnage des com­mu­nau­tés chré­tiennes qui l’ont main­te­nue jusqu’à nous. Mais si nous n’avons pas de preuves, nous pou­vons vé­ri­fier les ef­fets de la Ré­sur­rec­tion : la trans­for­ma­tion pro­fonde des êtres et des com­mu­nau­tés qui se laissent ha­bi­ter par l’Esprit, comme dit Paul, est la plus belle preuve que Jé­sus est bien vi­vant !
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Com­plé­ments
Jusqu’à cette ex­pé­rience du tom­beau vide, les dis­ciples ne s’attendaient pas à la Ré­sur­rec­tion de Jé­sus. Ils l’avaient vu mort, tout était donc fi­ni… et, pour­tant, ils ont quand même trou­vé la force de cou­rir jusqu’au tom­beau… À nous dé­sor­mais de trou­ver la force de lire dans nos vies et dans la vie du monde tous les signes de la Ré­sur­rec­tion. L’Esprit nous a été don­né pour ce­la. Dé­sor­mais, chaque « pre­mier jour de la se­maine », nous cou­rons, avec nos frères, à la ren­contre mys­té­rieuse du Res­sus­ci­té.
C’est Ma­rie-Ma­de­leine qui a as­sis­té la pre­mière à l’aube de l’­hu­ma­ni­té nou­velle ! Ma­rie de Mag­da­la, celle qui avait été dé­li­vrée de sept dé­mons… elle est l’i­mage de l’­hu­ma­ni­té tout en­tière qui dé­couvre son Sau­veur. Mais, vi­si­ble­ment, elle n’a pas com­pris tout de suite ce qui se pas­sait : là aus­si, elle est bien l’i­mage de l’­hu­ma­ni­té !
Et, bien qu’elle n’ait pas tout com­pris, elle est quand même par­tie an­non­cer la nou­velle aux apôtres et c’est parce qu’elle a osé le faire, que Pierre et Jean ont cou­ru vers le tom­beau et que leurs yeux se sont ou­verts. À notre tour, n’at­ten­dons pas d’a­voir tout com­pris pour oser in­vi­ter le monde à la ren­contre du Christ ressuscité.