Be­noît XVI. Ma­rie-Ma­de­leine : « J’ai vu le Seigneur ! »

Sainte Ma­rie-Ma­de­leine, XVe s.
Église de Souvigny

22 juillet

Ma­rie Mag­da­la était la pre­mière per­sonne qui a ren­con­tré Jé­sus Res­sus­ci­té le ma­tin de Pâques. Elle cou­rut chez les autres dis­ciples et, le cœur tout bat­tant, elle leur an­non­ça : « J’ai vu le Sei­gneur ! » (Jn 20, 18). 

Tout chré­tien re­vit son ex­pé­rience. C’est une ren­contre qui change la vie : la ren­contre avec un Homme unique, qui nous fait ex­pé­ri­men­ter toute la bon­té et la vé­ri­té de Dieu, qui nous nous li­bère du mal, non pas d’une ma­nière su­per­fi­cielle, mo­men­ta­née, mais il nous en li­bère ra­di­ca­le­ment, nous gué­rit de tout et nous res­ti­tue notre di­gni­té. Voi­là pour­quoi Ma­de­leine ap­pelle Jé­sus « mon es­pé­rance » : car c’est Lui qui l’a fait re­naître, lui a don­né un nou­vel ave­nir, une exis­tence bonne, li­bé­rée du mal. « Le Christ, mon es­pé­rance » si­gni­fie que tout mon dé­sir de bien trouve en Lui une pos­si­bi­li­té réelle : avec Lui, je peux es­pé­rer que ma vie se­ra bonne, et qu’elle se­ra pleine, éter­nelle, car c’est Dieu-même qui s’est fait proche jusqu’à en­trer dans notre humanité. 

Tou­te­fois, comme les autres dis­ciples, Ma­rie de Mag­da­la a dû voir Jé­sus re­je­té par les chefs du peuple, ar­rê­té, fla­gel­lé, condam­né à mort et cru­ci­fié. Voir la Bon­té en per­sonne sou­mise à la mé­chan­ce­té hu­maine, la Vé­ri­té raillée par le men­songe, la Mi­sé­ri­corde in­sul­tée par la ven­geance, a dû être in­sup­por­table. Avec la mort de Jé­sus, l’espérance de ceux qui avaient mis leur confiance en Lui sem­blait per­due. Mais cette foi ne s’est ja­mais éva­nouie to­ta­le­ment : sur­tout dans le cœur de la Vierge Ma­rie, la Mère de Jé­sus, la pe­tite flamme est res­tée al­lu­mée d’une ma­nière vive, même dans l’obscurité de la nuit. Dans ce monde, l’espérance ne peut pas ne pas te­nir compte de la du­re­té du mal. Ce n’est pas seule­ment le mur de la mort qui lui fait obs­tacle, mais plus en­core, ce sont les pointes acé­rées de la ja­lou­sie et de l’orgueil, du men­songe et de la vio­lence. Jé­sus est pas­sé par cet en­la­ce­ment mor­tel, pour nous ou­vrir le pas­sage vers le Royaume de la vie. Il y eut un mo­ment où Jé­sus ap­pa­rais­sait vain­cu : les té­nèbres avaient cou­vert la terre, le si­lence de Dieu était to­tal et l’espérance, une pa­role qui sem­blait dé­sor­mais vaine. 

Et voi­ci qu’à l’aube du jour après le sab­bat, on a trou­vé le sé­pulcre vide. Jé­sus se montre en­suite à Ma­de­leine, aux autres femmes, aux dis­ciples. La foi re­naît plus vive et plus forte que ja­mais, dé­sor­mais in­vin­cible, car fon­dée sur une ex­pé­rience dé­ci­sive :
« La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel pro­di­gieux.
Le Maître de la vie mou­rut ;
vi­vant, il règne. »

Les signes de la ré­sur­rec­tion at­testent la vic­toire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, de la mi­sé­ri­corde sur la ven­geance :
« Le sé­pulcre du Christ vi­vant,
la gloire du Christ res­sus­ci­té,
et les anges ses té­moins,
le suaire et ses vêtements. »

Si Jé­sus est res­sus­ci­té, alors – et seule­ment alors – est ar­ri­vé quelque chose de vrai­ment nou­veau, qui change la condi­tion de l’homme et du monde. Alors Lui, Jé­sus, est quelqu’un en qui nous pou­vons avoir ab­so­lu­ment confiance, et non pas seule­ment dans son mes­sage, mais vrai­ment en Lui, parce que le Res­sus­ci­té n’appartient pas au pas­sé, mais Il est pré­sent aujourd’hui, vi­vant. Le Christ est es­pé­rance et ré­con­fort par­ti­cu­liè­re­ment pour les com­mu­nau­tés chré­tiennes qui sont les plus éprou­vées par des dis­cri­mi­na­tions et des per­sé­cu­tions à cause de leur foi. Et par son Église, Il est pré­sent comme force d’espérance, proche de toutes les si­tua­tions hu­maines de souf­france et d’injustice.

Be­noît XVI, Mes­sage de Pâques, ex­trait, 8 avril 2012
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