J. Favre. Le doute et l’incrédulité

Le doute de Tho­mas, dé­tail, XIe s.
Mo­nas­tère de Silos

La Bible fait clai­re­ment la dif­fé­rence entre doute et in­cré­du­li­té, même si cette dif­fé­rence n’est pas tou­jours fa­cile à cerner.

Qu’est-ce que le doute ? Dou­ter, c’est se po­ser des ques­tions ou ex­pri­mer des in­cer­ti­tudes, mais avec pour point de dé­part la foi. Vous croyez, mais vous avez des dif­fi­cul­tés à croire, ou vous avez des ques­tions quant à l’objet de votre foi. C’est pour­quoi, le doute n’est pas for­cé­ment l’expression de notre pé­ché, c’est par­fois juste l’expression de notre fi­ni­tude. Nous sommes des êtres hu­mains, faibles et fra­giles. Nous ne sa­vons pas tout, nous ne com­pre­nons pas tout, et nous avons par­fois en­vie de dire, avec Ma­rie : « Com­ment, Sei­gneur ? Pour­quoi ? Je te fais confiance, mais je ne com­prends pas. »

En re­vanche, qu’est-ce l’incrédulité ? On le voit avec Za­cha­rie. L’incrédulité, c’est la dé­ci­sion de ne pas avoir foi en Dieu. C’est donc tou­jours l’expression de notre pé­ché. Si la foi et l’incrédulité s’excluent mu­tuel­le­ment, foi et doute ne sont pas in­com­pa­tibles. Bien au contraire.

Ima­gi­nez un pi­lote de For­mule 1 qui tremble de peur à l’idée de prendre un vi­rage à plus de 200 km/​h. Est-ce qu’on di­rait de lui qu’il n’est pas cou­ra­geux ? Non ! Pour­quoi ? Parce que le propre du cou­rage, ce n’est pas de ne pas avoir peur, mais c’est de do­mi­ner sa peur – dans son cas, en se rap­pe­lant que sa voi­ture est ca­pable de rou­ler à cette vi­tesse, que ses mé­ca­ni­ciens sont fiables, etc. Avoir du cou­rage consis­te­ra à do­mi­ner sa peur (et même à s’en ser­vir) pour pas­ser le vi­rage en pre­nant des risques cal­cu­lés. Au­tre­ment dit, le contraire du cou­rage ce n’est pas la peur, c’est la lâcheté.

De la même ma­nière, le contraire de la foi ce n’est pas le doute, c’est l’incrédulité. On ne di­ra pas de quelqu’un qui a des doutes qu’il n’a pas la foi, puisque le propre de la foi, c’est pré­ci­sé­ment de do­mi­ner ses doutes et même de s’en ser­vir pour que notre foi en sorte fortifiée.

Joël Favre, pasteur