Saint Au­gus­tin. Soyez ce que vous voyez

Soyez ce que vous voyez et re­ce­vez ce que vous êtes
Ce que vous voyez sur l’au­tel de Dieu…, c’est le pain et la coupe : c’est ce­la que vos yeux vous ap­prennent. Mais ce dont votre foi doit être ins­truite, c’est que ce pain est le corps du Christ, que cette coupe est le sang du Christ. Ce peu de pa­roles suf­fisent peut-être pour votre foi ; mais la foi cherche à s’ins­truire… Com­ment ce pain est-il son corps, et cette coupe, ou plu­tôt son conte­nu, peut-il être son sang ?

Mes frères, c’est ce­la que l’on ap­pelle des sa­cre­ments : ils ex­priment autre chose que ce qu’ils pré­sentent à nos re­gards. Ce que nous voyons est une ap­pa­rence ma­té­rielle, tan­dis que ce que nous com­pre­nons est un fruit spi­ri­tuel. Si vous vou­lez com­prendre ce qu’est le corps du Christ, écou­tez l’a­pôtre Paul, qui dit aux fi­dèles : « Vous êtes le corps du Christ ; et cha­cun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps. » (1Co 12, 27) Donc, si c’est vous qui êtes le corps du Christ et ses membres, c’est le sym­bole de ce que vous êtes qui se trouve sur la table du Sei­gneur, et c’est votre mys­tère que vous re­ce­vez. Vous ré­pon­dez : « Amen » à ce que vous êtes, et par cette ré­ponse, vous y sous­cri­vez. On vous dit : « Le corps du Christ », et vous ré­pon­dez : « Amen ». Soyez donc membres du corps du Christ, pour que cet amen soit véridique.

Pour­quoi donc le corps est-il dans le pain ? Ici en­core, ne di­sons rien de nous-mêmes, écou­tons en­core l’a­pôtre qui, en par­lant de ce sa­cre­ment, nous dit : « Puis­qu’il y a un seul pain, la mul­ti­tude que nous sommes est un seul corps. » (1Co 10, 17) Com­pre­nez ce­la et soyez dans la joie : uni­té, vé­ri­té, dé­vo­tion, cha­ri­té ! « Un seul pain » : qui est ce pain unique ? « Un seul corps, nous qui sommes mul­ti­tude. » Rap­pe­lez-vous qu’on ne fait pas du pain avec un seul grain, mais avec beau­coup… Soyez donc ce que vous voyez, et re­ce­vez ce que vous êtes. Voi­là ce que l’Apôtre dit du pain.

Au su­jet de la coupe, bien qu’il n’en ait pas par­lé au­tant que du pain, il nous fait com­prendre ce qui la concerne. Car, pour avoir l’apparence vi­sible du pain, beau­coup de grains ne forment qu’une seule pâte, afin de réa­li­ser ce que l’Écriture Sainte nous dit au su­jet des fi­dèles : ils avaient un seul cœur et une seule âme (Ac 4, 32) de­vant Dieu. Il en est de même pour le vin. Rap­pe­lez-vous, mes frères, com­ment on fait le vin. De nom­breux grains sont at­ta­chés à la grappe, mais le li­quide conte­nu dans tous ces grains se ras­semble en une bois­son unique.

C’est ain­si que le Sei­gneur Christ nous a re­pré­sen­tés, il a vou­lu que nous lui ap­par­te­nions, et il a consa­cré sur sa table le mys­tère de notre paix et de notre uni­té. Ce­lui qui re­çoit ce mys­tère d’unité, mais ne garde pas le lien de la paix, re­çoit un té­moi­gnage qui le condamne, au lieu de re­ce­voir ce mys­tère pour son bien.

Saint Au­gus­tin (354-430), Ser­mon 272, Aux nou­veaux bap­ti­sés sur le sa­cre­ment de l’Eu­cha­ris­tie
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