Cy­rille d’A­lexan­drie. Être un « fidèle »

L’A­pôtre Paul nous ap­prend de quelle di­gni­té Dieu vous a re­vê­tus en vous fai­sant pas­ser de l’é­tat de ca­té­chu­mènes à ce­lui de fi­dèles, lors­qu’il dit : Le Dieu qui vous a ap­pe­lés à la so­cié­té de son Fils Jé­sus-Christ est fi­dèle (1Co 1, 9) puisque le nom de fi­dèle est un des titres es­sen­tiels de Dieu lui-même. En ré­pon­dant au­jourd’­hui à sa vo­ca­tion, vous ac­cep­tez de lui une très-haute et très grande di­gni­té. Car ain­si que Dieu est ap­pe­lé bon, juste, tout-puis­sant, créa­teur de toutes choses, maître su­prême, de même aus­si s’ap­pelle-t-il fi­dèle. Ré­flé­chis­sez donc sur la gran­deur de la di­gni­té à la­quelle il vous fait par­ti­ci­per dans le nom dont vous êtes honorés.

Il s’a­git au­jourd’­hui de cher­cher ici s’il s’en trouve par­mi vous, qui en conscience puisse se dire fi­dèle (1Co 4, 2). C’est une chose fort dif­fi­cile ; car, comme dit l’Es­prit-Saint : « Un homme fi­dèle, qui le trou­ve­ra ? » (Pr 20, 6) Je ne vous pose pas cette ques­tion pour que vous me dé­voi­liez ici votre conscience, car ce ne sont pas les hommes qui doivent vous ju­ger (1Co 4, 3) mais pour que vous dé­cou­vriez la pu­re­té et la sin­cé­ri­té de votre foi de­vant Dieu qui scrute les cœurs et les reins (Ps 7, 10) qui connaît, qui lit toutes les pen­sées des hommes. (Ibid. 93, 11) C’est un pré­cieux tré­sor qu’un homme fi­dèle. Ce­lui qui le pos­sède est seul plus riche que tous les riches en­semble. (Pr 20, 6) Car l’u­ni­vers en­tier est au-des­sous du fi­dèle. En ef­fet, ceux que le monde dit riches, ne le sont qu’en ap­pa­rence ; leurs pos­ses­sions sont vastes, mais leur âme est aux prises avec une ex­trême dé­tresse. Plus ils amassent au­tour d’eux, plus ils sont tra­vaillés du dé­sir in­sa­tiable d’en­tas­ser. Ce qu’ils pos­sèdent ne fait qu’al­lu­mer en eux la soif de pos­sé­der et de cou­rir après ce qu’ils n’ont pas. Mais ce qui pa­rait le plus étrange pa­ra­doxe, c’est que l’­homme fi­dèle est riche au sein de la pau­vre­té. Et comme il sait qu’il n’a be­soin que de vê­te­ments pour se cou­vrir, de nour­ri­ture que pour s’en­tre­te­nir, il est content. Il dé­daigne, il foule aux pieds toutes les ri­chesses. (1Tm 6, 8)

Ce n’est pas seule­ment chez nous qui te­nons de Jé­sus-Christ notre nom, que la foi est d’une grande au­to­ri­té. Mais tout ce qui se passe dans le monde, toutes les ac­tions de ceux-là même qui sont hors de l’Église, re­posent sur la foi.

C’est sur la foi que s’ap­puient les lois qui règlent les ef­fets du ma­riage, qui réunissent deux êtres de na­ture dif­fé­rente, et qui n’en font qu’un.

C’est sur la foi que re­pose l’a­gri­cul­ture. Si le la­bou­reur ne croyait pas au pro­duit de ses terres, il ne les en­se­men­ce­rait pas, il ne se don­ne­rait pas tant de fatigues.

C’est la foi qui anime ce har­di na­vi­ga­teur. C’est parce qu’il a la foi dans de frêles mor­ceaux de bois, qu’il af­fronte les tem­pêtes. Cette foi est la base de ses es­pé­rances in­cer­taines. Il porte dans son cœur une foi plus so­lide et plus ferme qu’au­cune ancre.

C’est donc la foi qui est le mo­bile de la plu­part de nos ac­tions. C’est une vé­ri­té constante, non seule­ment chez nous autres chré­tiens, mais en­core chez ces hommes qui nous sont, comme nous l’a­vons dit, étran­gers par leurs doctrines. 

Paul nous ap­pelle à la vraie foi, en nous in­di­quant le moyen de plaire à Dieu. Car sans la foi, dit l’A­pôtre, il est im­pos­sible de plaire à Dieu. (He 11, 6) Ayez donc en lui cette foi qui dé­pend de vous, pour vous rendre dignes de re­ce­voir de lui cette autre foi qui sur­passe en éner­gie les forces humaines.

N’a­vez pour ob­jet de foi que le seul Sym­bole que l’Église au­jourd’­hui vous confie. C’est le seul que vous de­vez ap­prendre, ré­ci­ter sou­vent et retenir.

Comme il n’est pas don­né à tous de pou­voir lire les saintes Écri­tures, soit que les uns ne sachent pas lire, soit que les autres ne le puissent pas en rai­son de leurs oc­cu­pa­tions, nous ren­fer­mons en peu de lignes toute la sub­stance de la foi. Je veux que vous le ré­pé­tiez sou­vent, mot à mot, pour l’in­cul­quer dans votre mé­moire. Ce n’est pas au pa­pier qu’il faut confier ce dé­pôt, c’est à votre mé­moire, c’est à votre cœur, par la mé­di­ta­tion.

Cy­rille d’Alexandrie (376-444), Cin­quième ca­té­chèse, De la foi et du Sym­bole des apôtres, ex­traits