
Marie-Noëlle Thabut, bibliste
Psaume de dimanche prochain
Ps 26, 1. 7-9, 13-14
1 Le Seigneur est ma lumière et mon salut,
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie,
devant qui tremblerais-je ?
7 Écoute, Seigneur, je t’appelle !
Pitié ! Réponds-moi !
8 Mon cœur m’a redit ta parole :
« Cherchez ma face. »
C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
9 ne me cache pas ta face.
N’écarte pas ton serviteur avec colère,
tu restes mon secours.
13 J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur
sur la terre des vivants.
14 « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
Espère le Seigneur. »
En peu de mots, tout est dit : la tranquille certitude : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ? » mais aussi l’ardente supplication : « Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! » Et ces états d’âme sont si contrastés qu’on pourrait presque se demander si c’est bien la même personne qui parle d’un bout à l’autre. Mais oui, bien sûr, c’est la même foi qui s’exprime dans l’exultation ou dans la supplication selon les circonstances. Et nous nous sentons autorisés à tout dire dans notre prière.
Circonstances gaies, circonstances tristes, le peuple d’Israël a tout connu ! Et au milieu de toutes ces aventures, il a gardé confiance, ou mieux « il a approfondi » sa foi. Enfin, entre la première et la dernière strophes, il faut noter le passage du présent au futur : première strophe, « Le Seigneur est ma lumière et mon salut », voilà le langage de la foi, cette confiance indéracinable. Dernière strophe, « Je verrai la bonté du Seigneur… » et la fin « espère »… L’espérance, c’est la foi conjuguée au futur.
Nous avons déjà rencontré ce psaume à plusieurs reprises au cours des trois années liturgiques. Aujourd’hui, arrêtons-nous sur deux expressions, « C’est ta face, Seigneur, que je cherche » et « Je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. » Tout d’abord, « C’est ta face, Seigneur, que je cherche ». Voir la face de Dieu, c’est le désir, la soif de tous les croyants : l’homme créé à l’image de Dieu est comme aimanté par son Créateur. Et, plus que jamais, pendant le temps du Carême, nous cherchons la face de Dieu !
Moïse a supplié : « Fais-moi donc voir ta gloire ! » et le Seigneur lui a répondu : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne saurait me voir et vivre… Voici un lieu près de moi. Tu te tiendras sur le rocher. Alors, quand passera ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et, de ma main, je t’abriterai tant que je passerai. Puis, j’écarterai ma main et tu me verras de dos ; mais ma face, on ne peut la voir. » (Ex 33, 18… 23). Ce qui est magnifique dans ce texte, c’est qu’il préserve à la fois la grandeur de Dieu, son inaccessibilité, et en même temps sa proximité et sa délicatesse.
Dieu est tellement immense pour nous que nous ne pouvons pas le voir de nos yeux. Le rayonnement de sa Présence ineffable, inaccessible, ce que les textes appellent sa gloire, est trop éblouissant pour nous. Nos yeux ne supportent pas de fixer le soleil, comment pourrions-nous regarder Dieu ? Mais en même temps, et c’est la merveille de la foi biblique, cette grandeur de Dieu n’écrase pas l’homme, bien au contraire, elle le protège, elle est sa sécurité. L’immense respect qui envahit le croyant mis en présence de Dieu n’est donc pas de la peur, mais ce mélange de totale confiance et d’infini respect que la Bible appelle « crainte de Dieu ».
Ceci peut nous permettre de comprendre le premier verset : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? » Cela veut dire deux choses, au moins : premièrement, le peuple croyant n’a plus peur de rien ni de personne, y compris de la mort. Deuxièmement, aucun autre dieu ne lui inspirera jamais plus ce sentiment religieux de crainte. Le verset suivant ne fait que redire la même chose : « Le Seigneur est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ? »
Cette confiance s’exprime encore dans la dernière strophe de notre psaume : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. » À la suite de Moïse, le peuple libéré par lui compte sur les bienfaits de Dieu. Mais quelle est cette « terre des vivants » ? Certainement, d’abord, la terre donnée par Dieu à son peuple et dont la possession est devenue tout un symbole pour Israël. Symbole des dons de Dieu, elle est aussi le rappel des exigences de l’Alliance : la terre sainte a été donnée au peuple élu pour qu’il y vive « saintement ».
C’est l’un des thèmes majeurs du livre du Deutéronome par exemple : « Vous veillerez à agir comme vous l’a ordonné le Seigneur votre Dieu sans vous écarter ni à droite ni à gauche. Vous marcherez toujours sur le chemin que le Seigneur votre Dieu vous a prescrit, afin que vous restiez en vie, que vous soyez heureux et que vous prolongiez vos jours dans le pays dont vous allez prendre possession. » (Dt 5, 32-33). Les « vivants » au sens biblique, ce sont les croyants.
Ne voyons donc pas dans cette expression « terre des vivants » une allusion consciente à une quelconque vie éternelle : quand le psaume a été composé, il ne venait à l’idée de personne que l’homme puisse espérer un horizon autre que terrestre. Personne n’imaginait que nous soyons appelés à ressusciter. On sait que cette foi ne s’est développée en Israël qu’à partir du deuxième siècle av. J.-C. Mais, désormais, pour nous, chrétiens, brille la lumière de la Résurrection du Christ. A sa suite et avec lui, nous pouvons dire : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants », et pour nous, désormais, cela veut dire la terre des ressuscités.
