Francis Poulenc (1899-1963), La petite fille sage
Groupe Vocal de France, dir. John Alldis

Paul Cézanne (1839-1906)
Nature morte au compotier (1879-1880)
Collection privée
Une composition très construite
À première vue, le tableau semble représenter très simplement un compotier rempli de fruits, quelques pommes, un verre et un couteau, posés sur une table recouverte d’une nappe blanche. Mais Cézanne transforme cette scène domestique en une véritable expérience de construction picturale. La composition peut être comprise comme une succession de trois plans : au premier plan, le devant du meuble ou de la commode, avec son moraillon métallique très visible. Ce petit élément joue un rôle essentiel : il donne une échelle et une profondeur concrète au meuble.
Au deuxième plan, la nappe, le compotier, les fruits et le verre constituent le véritable centre de la nature morte.
À l’arrière-plan, le papier peint à motifs végétaux et le mur ferment l’espace. Cézanne construit l’espace par zones successives.

La diagonale
Une diagonale descend du haut à gauche vers le bas à droite. Elle est produite par plusieurs éléments qui se répondent : le bord de la table, le couteau, les plis de la nappe, la disposition des fruits et certains mouvements de la touche. Cette diagonale empêche la nature morte de devenir statique. Cézanne introduit des contrepoids : le motif végétal du papier peint dans l’angle supérieur droit vient équilibrer cette dynamique diagonale. Le résultat est une composition extrêmement stable alors même qu’elle contient de nombreuses tensions directionnelles.

Le compotier et les pommes
Le compotier constitue le véritable cœur de la composition. Cézanne le fait exister par une juxtaposition de touches colorées. Les pommes sont particulièrement importantes. Elles permettent au peintre d’opposer les rouges et orangés des fruits, les verts, les blancs et gris de la nappe et les tonalités plus froides du fond. La pomme cesse ainsi d’être simplement un fruit : elle devient une forme géométrique colorée, presque un petit volume autonome. Représenter les choses ne signifie plus seulement reproduire leur apparence, mais construire leur présence par la couleur et les rapports de volumes.

Le verre : la transparence contre la solidité
Face aux fruits et au compotier, qui sont des formes pleines et relativement massives, le verre introduit la transparence, la lumière, la fragilité et la profondeur. Cézanne ne dessine pas simplement le contour du verre. Il le fait apparaître par les variations de lumière et par les couleurs de ce qui se trouve derrière lui. Il devient ainsi une sorte de charnière entre les différents espaces du tableau. C’est précisément ce qui permet au regard de passer du premier plan vers le fond.

Le couteau
Le couteau possède une fonction presque architecturale. Sa lame forme une ligne qui guide le regard vers l’intérieur du tableau. C’est un objet réel, mais il devient simultanément un instrument de construction. On pourrait dire que Cézanne utilise ici le couteau comme une ligne de perspective, mais une perspective très différente de celle de la peinture classique : ce n’est plus une perspective mathématique qui organise l’espace. C’est une ligne colorée qui organise le regard.
La nappe
La nappe blanche est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît. Ses plis ne sont pas seulement des effets de matière. Ils forment une succession de plans inclinés, de diagonales et de surfaces colorées. Le blanc n’est d’ailleurs jamais véritablement blanc. Cézanne y introduit des nuances : le gris, les bleus, jaunes, verts et ocres. La lumière est reconstruite par la couleur, et non simplement indiquée par des zones d’ombre et de lumière.

Le papier peint
Le motif végétal du papier peint constitue un élément particulièrement moderne. Normalement, dans une nature morte traditionnelle, le fond doit rester discret pour mettre les objets en valeur. Cézanne fait l’inverse : le fond participe à la composition au même titre que les objets. Les feuilles peintes du papier peint répondent aux formes des fruits. Le végétal du décor et le végétal réel des fruits semblent appartenir à un même univers formel. Les objets posés sur la table et les feuilles représentées sur le papier peint tendent à former un seul ensemble visuel.

Une perspective volontairement instable
Les objets ne sont pas tous vus selon un même point de vue. Le compotier peut sembler légèrement vu d’en haut, tandis que certains éléments de la table sont perçus selon une autre inclinaison. Cézanne cherche progressivement à abandonner la représentation illusionniste traditionnelle pour atteindre une vérité plus profonde de l’objet. Il demande : Comment puis-je construire picturalement cet objet et l’espace dans lequel il existe ?
La touche
La touche devient aussi un élément de construction. Les coups de pinceau ne disparaissent pas complètement dans une surface lisse. Ils restent perceptibles et participent à la formation des volumes. La touche peut suivre la courbe des pommes, l’inclinaison du meuble, les plis de la nappe et les motifs du papier peint. La matière picturale elle-même devient une structure.
Nature morte au compotier est une œuvre où Cézanne atteint un équilibre remarquable entre l’objet réel et la construction picturale. Le compotier, les pommes, le verre, le couteau, la nappe et le papier peint ne sont pas seulement des choses représentées : ils deviennent les éléments d’une architecture colorée. La modernité de Cézanne est précisément là : la nature n’est plus seulement regardée, elle est reconstruite par la peinture.
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La petite fille sage
La petite fille sage est rentrée de l‘école avec son panier.
Elle a mis sur la table les assiettes et les verres lourds.
Et puis elle s’est lavée à la pompe de la cour
Sans mouiller son tablier.
Et si le petit frère dort dans son petit lit cage,
Elle va s‘asseoir sur la pierre usée
Pour voir l’étoile du soir.
Madeleine Ley
