Marc Cha­gall. Le songe de Jacob

Oli­vier Mes­siaen (1908-1992), Le Dieu caché
Jen­ni­fer Bate, orgue, Église de la Sainte-Tri­ni­té, Paris 

Marc Cha­gall (1887-1985)
Le songe de Jacob (1956-1967)
Musée d’Art moderne, Paris 


Gn 28, 10-15
10 Jacob par­tit de Ber­shé­ba et se diri­gea vers Harane. 11 Il attei­gnit le lieu où il allait pas­ser la nuit car le soleil s’était cou­ché. Il y prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et dor­mit en ce lieu. 12 Il eut un songe : voi­ci qu’une échelle était dres­sée sur la terre, son som­met tou­chait le ciel, et des anges de Dieu mon­taient et des­cen­daient. 13 Le Sei­gneur se tenait près de lui. Il dit : « Je suis le Sei­gneur, le Dieu d’Abraham ton père, le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es cou­ché, je te la donne, à toi et à tes des­cen­dants. 14 Tes des­cen­dants seront nom­breux comme la pous­sière du sol, vous vous répan­drez à l’orient et à l’occident, au nord et au midi ; en toi et en ta des­cen­dance seront bénies toutes les familles de la terre. 15 Voi­ci que je suis avec toi ; je te gar­de­rai par­tout où tu iras, et je te ramè­ne­rai sur cette terre ; car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accom­pli ce que je t’ai dit. »

Gn 32, 23-31
23 Cette nuit-là, Jacob se leva, il prit ses deux femmes, ses deux ser­vantes, ses onze enfants, et pas­sa le gué du Yab­boq. 24 Il leur fit pas­ser le tor­rent et fit aus­si pas­ser ce qui lui appar­te­nait. 25 Jacob res­ta seul. Or, quelqu’un lut­ta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. 26 L’homme, voyant qu’il ne pou­vait rien contre lui, le frap­pa au creux de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pen­dant ce com­bat. 27 L’homme dit : « Lâche-moi, car l’aurore s’est levée. » Jacob répon­dit : « Je ne te lâche­rai que si tu me bénis. » 28 L’homme deman­da : « Quel est ton nom ?» Il répon­dit : « Jacob. » 29 Il reprit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (c’est-à-dire : Dieu lutte), parce que tu as lut­té avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as empor­té. » 30 Jacob deman­da : « Fais-moi connaître ton nom, je t’en prie. » Mais il répon­dit : « Pour­quoi me demandes-tu mon nom ?» Et là il le bénit. 31 Jacob appe­la ce lieu Penouël (c’est-à-dire : Face de Dieu), « car, disait-il, j’ai vu Dieu face à face, et j’ai eu la vie sauve. »


C’est au cours de la période de réa­li­sa­tion des com­po­si­tions bibliques que Cha­gall peint Le Songe de Jacob, œuvre au carac­tère à la fois biblique, oni­rique et mer­veilleux par­ti­cu­liè­re­ment pro­non­cé (pour plus d’informations sur le contexte de créa­tion de l’œuvre, se réfé­rer à la fiche d’œuvre Abra­ham et les trois anges). L’assemblage chro­ma­tique par­ti­cipe à l’élaboration de cet uni­vers fan­tas­ma­go­rique. Le jaune des ailes de l’ange (sym­bole de l’intervention divine) et le bleu de la génisse (sym­bole de la vie ter­restre) se fondent en un vert irréel : le vert semble ici mani­fes­ter la trans­cen­dance.
Les anges occupent une grande par­tie de l’espace dans la com­po­si­tion de Cha­gall : ils res­ti­tuent le côté aérien en même temps qu’ils rap­pellent au spec­ta­teur le carac­tère divin du mes­sage déli­vré dans cette la scène. Enfin, les scènes appar­te­nant au futur de Jacob côtoient des élé­ments à haute teneur sym­bo­lique : le juif errant, le coq ou encore la chèvre.

Le motif de la sphère repré­sente le milieu par­fait, le cercle sym­bo­lise le plein et la per­fec­tion à l’image de la créa­tion divine.
Des anges, à la fois auto­ri­taires, puis­sants et doux, se tiennent sous une man­dorle cir­cu­laire : ils repré­sentent peut-être les anges ren­con­trés par Jacob à Maha­naïm lors de son retour au pays de Canaan (Gn 32, 1). Les anges mes­sa­gers, (Gn 28,12) montent et des­cendent de l’échelle la tête en bas.
Le coq rouge : sym­bole d’espoir, du jour à venir, le coq asso­cié à la cou­leur rouge peut ain­si signi­fier la fer­ti­li­té de Jacob et l’importance de sa des­cen­dance à venir.
Le juif à la Torah semble ici repré­sen­ter Jacob lui-même : ser­rant la Torah contre son cœur, il figure l’amour de Dieu.
Jacob endor­mi. Ce per­son­nage dres­sant des pierres peut figu­rer Jacob dres­sant le Galed (ou Mits­pa), témoin de l’engagement entre Laban et lui pris devant Dieu (Gn 31, 46-52).
Le Juif errant peut d’une part être rap­pro­ché de Jacob, puisque ce der­nier est en train de s’en­fuir pour échap­per à son frère. 

Néan­moins, accom­pa­gné du motif de la mère à l’enfant, ce motif peut être aus­si per­çu comme la démons­tra­tion de la fusion chez Cha­gall de l’univers poé­tique et de l’u­ni­vers biblique. Enfin, mon­tant à l’échelle, les figures rap­pellent la tra­di­tion has­si­dique qui veut que l’échelle soit sym­bole de la vie ter­restre et de la vie spirituelle.