Marc Chagall. Le songe de Jacob

Olivier Messiaen, Le Dieu caché, Jennifer Bate, orgue, Église de la Sainte-Trinité, Paris

Marc Chagall (1887-1985)
Le songe de Jacob (1956-1967)
Musée d’Art moderne, Paris

Gn 28, 10-15
10 Jacob partit de Bershéba et se dirigea vers Harane. 11 Il atteignit le lieu où il allait passer la nuit car le soleil s’était couché. Il y prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et dormit en ce lieu. 12 Il eut un songe : voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient. 13 Le Seigneur se tenait près de lui. Il dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham ton père, le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants. 14 Tes descendants seront nombreux comme la poussière du sol, vous vous répandrez à l’orient et à l’occident, au nord et au midi; en toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre. 15 Voici que je suis avec toi; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre; car je ne t’abandonnerai pas avant d’avoir accompli ce que je t’ai dit. »

Gn 32, 23-31
23 Cette nuit-là, Jacob se leva, il prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et passa le gué du Yabboq. 24 Il leur fit passer le torrent et fit aussi passer ce qui lui appartenait. 25 Jacob resta seul. Or, quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. 26 L’homme, voyant qu’il ne pouvait rien contre lui, le frappa au creux de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant ce combat. 27 L’homme dit : « Lâche-moi, car l’aurore s’est levée. » Jacob répondit : « Je ne te lâcherai que si tu me bénis. » 28 L’homme demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « Jacob. » 29 Il reprit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (c’est-à-dire : Dieu lutte), parce que tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté. » 30 Jacob demanda : « Fais-moi connaître ton nom, je t’en prie. » Mais il répondit : « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? » Et là il le bénit. 31 Jacob appela ce lieu Penouël (c’est-à-dire : Face de Dieu), « car, disait-il, j’ai vu Dieu face à face, et j’ai eu la vie sauve. »


C’est au cours de la période de réalisation des compositions bibliques que Chagall peint Le Songe de Jacob, œuvre au caractère à la fois biblique, onirique et merveilleux particulièrement prononcé (pour plus d’informations sur le contexte de création de l’œuvre, se référer à la fiche d’œuvre Abraham et les trois anges). L’assemblage chromatique participe à l’élaboration de cet univers fantasmagorique. Le jaune des ailes de l’ange (symbole de l’intervention divine) et le bleu de la génisse (symbole de la vie terrestre) se fondent en un vert irréel : le vert semble ici manifester la transcendance.
Les anges occupent une grande partie de l’espace dans la composition de Chagall : ils restituent le côté aérien en même temps qu’ils rappellent au spectateur le caractère divin du message délivré dans cette la scène. Enfin, les scènes appartenant au futur de Jacob côtoient des éléments à haute teneur symbolique : le juif errant, le coq ou encore la chèvre.

    

Le motif de la sphère représente le milieu parfait, le cercle symbolise le plein et la perfection à l’image de la création divine.
Des anges, à la fois autoritaires, puissants et doux, se tiennent sous une mandorle circulaire : ils représentent peut-être les anges rencontrés par Jacob à Mahanaïm lors de son retour au pays de Canaan (Gn 32, 1). Les anges messagers, (Gn 28,12) montent et descendent de l’échelle la tête en bas.
Le coq rouge : symbole d’espoir, du jour à venir, le coq associé à la couleur rouge peut ainsi signifier la fertilité de Jacob et l’importance de sa descendance à venir.
Le juif à la Torah semble ici représenter Jacob lui-même : serrant la Torah contre son cœur, il figure l’amour de Dieu.
Jacob endormi. Ce personnage dressant des pierres peut figurer Jacob dressant le Galed (ou Mitspa), témoin de l’engagement entre Laban et lui pris devant Dieu (Gn 31, 46-52).
Le Juif errant peut d’une part être rapproché de Jacob, puisque ce dernier est en train de s’enfuir pour échapper à son frère.
Néanmoins, accompagné du motif de la mère à l’enfant, ce motif peut être aussi perçu comme la démonstration de la fusion chez Chagall de l’univers poétique et de l’univers biblique. Enfin, montant à l’échelle, les figures rappellent la tradition hassidique qui veut que l’échelle soit symbole de la vie terrestre et de la vie spirituelle.