Marc Chagall. L’Agneau de la Pâque

Olivier Messiaen, La manne et le Pain de Vie, Jennifer Bate, orgue, Église de la Sainte-Trinité, Paris

Marc Chagall (1887-1985)
Les Israélites mangent l’Agneau de la Pâque (1931)
Musée Marc Chagall, Nice


Ex 12, 1-13
1 Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : 2 « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année. 3 Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. 4 Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger. 5 Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. 6 Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil. 7 On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. 8 On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. 9 Vous n’en mangerez aucun morceau qui soit à moitié cuit ou qui soit bouilli; tout sera rôti au feu, y compris la tête, les jarrets et les entrailles. 10 Vous n’en garderez rien pour le lendemain; ce qui resterait pour le lendemain, vous le détruirez en le brûlant. 11 Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur. 12 Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. 13 Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte. »


L’épisode biblique représenté par Chagall dans cette gouache renvoie directement à la fête de Pessa’h qui commémore la Sortie des Hébreux d’Égypte sous la conduite de Moïse (Ex 12, 26-27, Ex 13, 14, ainsi que dans Dt 6, 20). Le terme Pessa’h signifie lui-même « passage », renvoyant au passage de l’Ange de la mort « par-dessus les maisons des enfants d’Israël ».

Selon le récit biblique, les enfants d’Israël durent se munir quelques jours avant l’Exode d’un agneau, abattu la veille du départ d’Égypte, un peu de son sang répandu sur les montants et les linteaux des portes des maisons, et l’animal consommé rôti et mangé à la hâte la nuit même, accompagné de pain azyme et d’herbes amères.

Pour évoquer cet évènement fondateur dans la conscience collective juive, réactualisé par le rituel entourant la célébration de la fête de Pessa’h, Marc Chagall a cherché à rendre les visages et les mains des enfants d’Israël avec une grande expressivité, visant par ce biais à relier cet épisode à l’expérience dramatique de l’exil de juifs d’Europe orientale dont Chagall fut le contemporain.

  

Le tétragramme YHWH au-dessus de la tête de l’ange signifie la présence divine.

L’Ange passe et met à mort tous les enfants premiers-nés des Égyptiens par-dessus les maisons des enfants d’Israël afin de les épargner. Tous les premiers-nés d’Égypte périssent en une même nuit. C’est la dixième plaie d’Égypte.

Le linteau de la porte est taché du sang de l’agneau. Debout, les enfants d’Israël se présentent comme des hommes libres. La fête de Pessa’h vient en effet célébrer la libération de l’esclavage en Égypte et l’accession à l’identité du peuple hébreu. La coupe de vin a été préparée pour la sanctification (kiddoush). Dans les représentations de Pessa’h, les enfants d’Israël portent habituellement des sandales car l’exode est imminent. A l’encontre de cette tradition, Chagall a ici choisi de les montrer pieds nus. L’agneau est rôti au feu avec la tête et les jambes. Il est mangé avec des pains sans levain, à la hâte.