▷ Fer­di­nand Hodler. Lac de Thoune

© France Culture, Phi­lippe Dagen, extraits 

Fer­di­nand Hodler (1853-1918)
Lac de Thoune et chaîne du Stock­horn (1905)
Col­lec­tion privée 


La mis­sion de l’artiste (s’il est per­mis de dire la mis­sion) est d’exprimer l’élément éter­nel de la nature, la beau­té, d’en déga­ger la beau­té essen­tielle. L’ar­tiste fait valoir la nature en met­tant en évi­dence les choses, il fait valoir les formes du corps humain ; il nous montre une nature agran­die, sim­pli­fiée, déga­gée de tous les détails insi­gni­fiants. Il nous montre une œuvre qui est selon la mesure de son expé­rience, de son cœur et de son esprit.

L’art, c’est le geste de la beau­té. Pla­ton donne cette défi­ni­tion : « Le beau est la splen­deur du vrai », ce qui veut dire que nous devons ouvrir les yeux et regar­der la nature.

De rien, l’homme ne peut rien faire ; lorsque l’artiste fait une œuvre, il en emprunte les élé­ments à un monde déjà exis­tant, au milieu duquel il vit. Le plus ima­gi­na­tif est gui­dé par la nature, elle est la grande source de ren­sei­gne­ments ; c’est elle qui sti­mule notre imagination.

Plus on a péné­tré l’esprit de la nature, plus com­plète est la notion qu’on en peut rendre ; plus on pos­sède les moyens d’expression, mieux on peut en tra­cer l’image.

On repro­duit ce que l’on aime : cette figure plu­tôt qu’une autre ; on repro­duit le pay­sage déli­cieux dans lequel on se plaît.

L’émotion est une des pre­mières causes déter­mi­nant un peintre à faire une œuvre. Il veut redire les charmes de ce pay­sage, de cet être humain, de cette nature qui l’ont si vive­ment ému.

Les impres­sions qu’on reçoit de la nature exté­rieure nous laissent des traces plus ou moins pro­fondes et durables, et c’est dans le choix que se déter­mine tout le carac­tère de l’œuvre, c’est-à-dire le propre carac­tère du peintre.

C’est par notre œil et notre intel­li­gence que pénètrent en nous les splen­deurs dont nous sommes entou­rés. Plus ou moins pro­fon­dé­ment, sui­vant les facul­tés de per­cep­tion de cha­cun, sui­vant son degré d’impressionnabilité.

Fer­di­nand Hodler, > La mis­sion de l’ar­tiste
La Liber­té, Fri­bourg, 1897