Joan Miró. Bleu I, Bleu II, Bleu III

Nadia Boulanger, Pièces pour violoncelle et piano, Roland Pidoux, violoncelle, Emile Naoumoff, piano

Joan Miró (1893-1983)
Bleu I, Bleu II, Bleu III (1961)
Musée d’Art moderne, Paris

Le maximum d’intensité avec le minimum de moyens
Les trois grands Bleu(s), du début des années soixante, sont exposés dans un même espace. Le triptyque se donne à voir dans son déploiement, sa modulation et sa vaste horizontalité. Quoiqu’en apparence abstraites, ces œuvres qui succèdent au deuxième voyage de Miró aux États-Unis, fortement marqué par la découverte de l’expressionnisme abstrait de Robert Motherwell et de Marc Rothko, partent toujours de la nature et s’inspirent d’elle. Elles réalisent ce que l’artiste cherchait depuis longtemps : « atteindre le maximum d’intensité avec le minimum de moyens. »

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Ces tableaux, épurés et presque monochromes, pourraient faire penser à ceux de 1925. Mais les fonds sont ici moins mouvementés, la ligne ne jouant plus voluptueusement avec la couleur et se donnant à voir dans son exiguïté qui s’oppose à l’immensité spatiale. Tout évoque, au contraire, une grande distance, une sensation de sérénité et de contemplation des vastes étendues célestes.

« L’immobilité me fait penser à des grands espaces où se produisent des mouvements […] qui n’ont pas de fin. C’est, comme le disait Kant, l’irruption immédiate de l’infini dans le fini. Un galet qui est un objet fini et immobile me suggère non seulement des mouvements, mais des mouvements sans fin », déclarait Miró en 1959. (Entretien avec Y. Taillandier, XXème siècle)

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Affectionnant la figure rhétorique du paradoxe, l’artiste ajoute qu’il s’agit, comme dans ses toiles, d’un « mouvement immobile », qu’il rapproche de ce que l’on nomme en musique « l’éloquence du silence ». Évoquant le ciel, le silence, les fonds sonores, les immensités sidérales, ces tableaux demandent aux spectateurs plus qu’un regard, une immersion totale, une contemplation proche de la méditation, du recueillement. Une tension, aussi, de l’œil et de l’esprit, qui se prennent aux variations d’éléments minimes: ronds noirs, trait rouge, ligne filiforme saisis dans le rythme d’abord confus du premier tableau, ensuite linéaire et de plus en plus épuré du dernier de ces tableaux.

Damien Bressy