Joan Miró. Les trois grands Bleus

Na­dia Bou­lan­ger (1887-​1979), Pièces pour vio­lon­celle et pia­no
Ro­land Pi­doux, vio­lon­celle, Émile Naou­moff, piano 

Joan Miró (1893-​1983)
Bleu I, Bleu II, Bleu III (1961)
Mu­sée d’Art mo­derne, Paris 


Le maxi­mum d’intensité avec le mi­ni­mum de moyens
Les trois grands Bleus, du dé­but des an­nées soixante, sont ex­po­sés dans un même es­pace. Le trip­tyque se donne à voir dans son dé­ploie­ment, sa mo­du­la­tion et sa vaste ho­ri­zon­ta­li­té. Quoiqu’en ap­pa­rence abs­traites, ces œuvres qui suc­cèdent au deuxième voyage de Miró aux États-​Unis, for­te­ment mar­qué par la dé­cou­verte de l’expressionnisme abs­trait de Ro­bert Mo­ther­well et de Marc Ro­th­ko, partent tou­jours de la na­ture et s’inspirent d’elle. Elles réa­lisent ce que l’artiste cher­chait de­puis long­temps : « at­teindre le maxi­mum d’intensité avec le mi­ni­mum de moyens. »

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Ces ta­bleaux, épu­rés et presque mo­no­chromes, pour­raient faire pen­ser à ceux de 1925. Mais les fonds sont ici moins mou­ve­men­tés, la ligne ne jouant plus vo­lup­tueu­se­ment avec la cou­leur et se don­nant à voir dans son exi­guï­té qui s’oppose à l’immensité spa­tiale. Tout évoque, au contraire, une grande dis­tance, une sen­sa­tion de sé­ré­ni­té et de contem­pla­tion des vastes éten­dues célestes.

« L’immobilité me fait pen­ser à des grands es­paces où se pro­duisent des mou­ve­ments […] qui n’ont pas de fin. C’est, comme le di­sait Kant, l’irruption im­mé­diate de l’infini dans le fi­ni. Un ga­let qui est un ob­jet fi­ni et im­mo­bile me sug­gère non seule­ment des mou­ve­ments, mais des mou­ve­ments sans fin », dé­cla­rait Miró en 1959. (En­tre­tien avec Y. Taillan­dier, XXème siècle) 

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Af­fec­tion­nant la fi­gure rhé­to­rique du pa­ra­doxe, l’artiste ajoute qu’il s’agit, comme dans ses toiles, d’un « mou­ve­ment im­mo­bile », qu’il rap­proche de ce que l’on nomme en mu­sique « l’éloquence du si­lence ». Évo­quant le ciel, le si­lence, les fonds so­nores, les im­men­si­tés si­dé­rales, ces ta­bleaux de­mandent aux spec­ta­teurs plus qu’un re­gard, une im­mer­sion to­tale, une contem­pla­tion proche de la mé­di­ta­tion, du re­cueille­ment. Une ten­sion, aus­si, de l’œil et de l’esprit, qui se prennent aux va­ria­tions d’éléments mi­nimes : ronds noirs, trait rouge, ligne fi­li­forme sai­sis dans le rythme d’abord confus du pre­mier ta­bleau, en­suite li­néaire et de plus en plus épu­ré du der­nier de ces tableaux.

Da­mien Bressy