Claude Debussy (1862-1918), Rêverie
François-Joël Thiollier, pianiste

Vincent van Gogh (1853-1890)
Le semeur (1888)
Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich
Là, dans un cadre de bois doré repose un tableau solitaire.
C’est peu dire que cet isolement convient à l’œuvre.
Devant nous, le soleil immense, à la fin de son cycle diurne, pose exactement son cercle sur la terre. Le ciel est devenu vert clair comme cela arrive parfois quand le jaune et le bleu pâle se mêlent, pas dans la matière de peinture, mais dans le ciel lui-même ce grand peintre lui aussi.
Dans la paix obstinée du soir, alors que les derniers cris d’oiseau se taisent peu à peu, le semeur de Van Gogh inlassable, répète son geste. Sa main droite laisse tomber une pluie de graines bleues qui tombe sur un sol labouré par les traits de pinceau.
Dans le contre-jour le visage disparaît, le corps et la tête ne sont plus qu’une masse noire rythmée par les plis des étoffes malmenés par le travail.
Un arbre brun tourmenté, souvent taillé, traverse en diagonale le paysage. A droite dans le ciel, des nuages carmin et rosés s’effilochent en attrapant les dernières lueurs du jour.
Au loin, la lisière d’un bosquet ombreux découpe son architecture déjà noircie par la nuit qui vient.
Jean de Loisy
Vincent van Gogh a peint ce tableau lors de son séjour à Arles. Ce séjour, de février 1888 à mai 1889, prend fin lors de l’internement du peintre à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence.

Le soleil, en arrière-plan, frôle la ligne d’horizon. Il se couche. Sa couleur est d’un jaune uniforme, ce qui peut surprendre. Le spectateur aurait plutôt escompté un soleil rougeâtre ou orangé. Sa taille surprend également. Cependant, par effet d’optique, le soleil et la lune nous paraissent parfois de taille inhabituelle. Cet effet est reproduit dans le tableau, voire exagéré.
Les feuilles de l’arbre semblent indiquer que la scène se situe en automne. Les récoltes terminées, les terres sont au repos et le semeur prépare la terre pour le printemps suivant. Les graines ont une taille démesurée et semblent peintes d’une seule touche de peinture noire. Le spectateur peut imaginer que le semeur termine sa journée de labeur, du fait de l’arrivée imminente de la nuit. Le semeur est en contre-jour, il est donc à peine visible et paraît une ombre.
Les différentes couches de peinture des champs permettent d’imaginer des sillons qui tendent vers le soleil. A l’opposé le soleil est peint de couches de peinture concentriques. L’arbre prend, quant à lui, une orientation légèrement différente, ce qui apporte un équilibre dans la construction du tableau.
Le ciel vert et le champ violet accentuent l’impression d’un paysage fantastique. Vincent van Gogh ne cherche absolument pas à obtenir un effet réaliste. Le champ bleu pourrait être un champ de lavande.
L’ensemble des couleurs utilisées ainsi que l’art avec lequel celles-ci sont mélangées, surprennent le spectateur.
