C. H. Volmarijn. Le Christ enseigne à Nicodème

Grégorien, Lumen ad revelationem gentium

Crijn Hendricksz Volmarijn (1601-1645)
Le Christ enseigne à Nicodème
Rotterdam, Collection privée

Crijn Hendricksz Volmarijn, peintre hollandais du XVIIème siècle, a vécu au siècle d’or néerlandais quand les Pays Bas étaient une puissance européenne dans le commerce, les sciences et les arts. Il est contemporain de Rembrandt et Vermeer et disciple de Caravage. Il est connu pour ses allégories historiques.

«Or il y avait parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs. Il vint, de nuit, trouver Jésus. » (Jn 3, 1)

Nous sommes de nuit. La composition occupe toute la largeur du tableau. Deux hommes, grandeur nature, sont assis à une table seulement éclairée par un chandelier à deux branches. Par la proximité de ces personnages coupés à mi-corps, le spectateur est directement introduit dans la scène. Les personnages sont réalistes, les gestes et attitudes semblent figés à un moment précis de l’action.

Sommes-nous chez un érudit ? Nous savons seulement que Jésus séjourne à Jérusalem pour la fête de la Pâque juive. Des livres et un sablier encombrent le coin droit de la table recouverte d’un tapis richement orné. Rien ne peut être distingué de la pièce plongée dans l’obscurité pour mieux faire ressortir les visages, les vêtements, les gestes et les objets. Le peintre est un disciple de Caravage. Il lui emprunte la technique du clair-obscur, ce travail de l’ombre et de la lumière qui donne épaisseur et relief aux personnages, aux objets et confère une certaine intensité dramatique à la scène, intensité renforcée par l’emploi exclusif des rouges, des bruns et du noir.

On reconnaît le Christ à gauche, tête nue, cheveux mi-longs et barbe, une représentation assez traditionnelle en quelque sorte. Son manteau rouge est lourdement drapé, modelé par l’ombre et la lumière. Le tissu épais tombe sur l’un de ses bras. Il semble avoir la parole.

Face à lui, Nicodème, cet homme intrigué et attiré par Jésus, que l’on verra encore deux fois dans l’évangile de Jean, vient à la lumière qui façonne son visage et ses mains. C’est un notable, un homme respecté par sa position et son âge, son riche costume et la coiffe imposante, signe de sa classe, contrastent avec la simplicité du vêtement de Jésus, et cette différence donne du poids à l’échange.

La lumière du chandelier baigne les personnages de façon assez égale et se concentre sur eux, laissant l’arrière-plan dans l’obscurité. Elle donne une atmosphère intense de réflexion. Certains voient dans les deux branches le Premier et le Nouveau Testament.

Les mains se rejoignent et indiquent d’un geste presque identique le même endroit du texte sur le grand livre ouvert des Ecritures, tout resplendissant de la Parole qu’il contient. Il peut donc y avoir un terrain d’entente entre les deux hommes.

Cependant l’attitude du Christ est empreinte d’une autorité qu’accompagne le geste d’enseignement: le doigt levé au-dessus de la flamme est plus resplendissant encore que le grand livre ouvert: son enseignement est de lumière, le Christ est la lumière, le livre fermé devant lui indique que désormais la Parole n’est pas dans le livre mais qu’Il est la Parole, le Verbe fait chair.

Nicodème vient avec son désir de connaissance. Il vient certes du monde obscur de ceux qui n’ont pas reçu la Vérité. Pourtant ce n’est pas un être obscur, il étudie les écritures avec droiture, exigence et profondeur, en témoigne sa main sur le cœur, mais ce que lui dit Jésus est difficile à comprendre et dépasse ses attentes. Il pensait apprendre qui est Jésus, le voici face à un enseignement si haut que cela lui donne le vertige et c’est un regard surpris, pour ne pas dire incrédule, qu’il porte sur le Christ, lui qui pensait discuter de maître à maître.

La scène est toute entière façonnée par les oppositions ombre et lumière. Cette manière de peindre nous renvoie aux oppositions qui structurent le texte.

Nicodème est-il capable d’entendre ce que lui dit le Christ ? Il reconnaît en Jésus un maître qui vient de la part de Dieu, mais de là, à le reconnaître comme le fils de Dieu c’est un pas qu’il n’est pas prêt à franchir. Nicodème tentera de défendre Jésus mais s’arrêtera très vite. (Jn 7, 50-52) On le retrouvera au tombeau quand tout est fini, pour ensevelir le corps. (Jn 19, 39)

Sommes-nous parfois des Nicodème lorsque nous ne voulons pas aller plus avant dans notre foi en Christ parce qu’elle nous engage trop loin et nous met quelque part en danger ? Suivre le Christ nous invite à entrer dans sa lumière: un chemin exigeant. Aussi ne sommes-nous pas quelque fois tentés de rester dans l’ombre par faiblesse, dans les moments de doute ?

Monique Saurel