Aris­tote. Nul ne com­mande plus qu’il n’obéit

Pe­dro Ber­ru­guete (1450-1504)
Aris­tote (1476)
Mu­sée du Louvre, Paris 


Cer­tains sont d’a­vis qu’il est contre na­ture qu’un seul homme soit le maître ab­so­lu de tous les ci­toyens, là où la ci­té est com­po­sée d’­hommes sem­blables entre eux : car, disent-ils, les êtres sem­blables en na­ture doivent, en ver­tu d’une né­ces­si­té elle-même na­tu­relle, pos­sé­der les mêmes droits et la même va­leur ; ils en tirent cette consé­quence que s’il est vrai qu’une ré­par­ti­tion égale de nour­ri­ture et de vê­te­ments entre des per­sonnes in­égales est une chose nui­sible aux corps, ain­si en est-il aus­si au su­jet de la dis­tri­bu­tion des hon­neurs ; et par suite il en est de même quand les per­sonnes égales re­çoivent un trai­te­ment in­égal, et ce se­rait là pré­ci­sé­ment la rai­son pour la­quelle il est juste que nul ne com­mande plus qu’il n’o­béit, et qu’ain­si chaque ci­toyen soit ap­pe­lé à tour de rôle à com­man­der et à obéir, al­ter­nance qui n’est dès lors rien d’autre qu’une loi, puisque l’ordre est une loi.

Aris­tote (384-322 av. J.-C.), Po­li­tique, III, 16
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