Aristote. Le commerce de la parole, lien de toute société

Raphaël (1483-1520)
L’École d’Athènes, détail (1510)
Platon et Aristote 1 
Musées du Vatican

Celui qui par son naturel, et non par l’effet du hasard, existerait sans aucune patrie, serait un individu détestable, très au-dessus ou très au-dessous de l’homme, selon Homère : « Un être sans foyer, sans famille et sans lois ».

Celui qui serait tel par sa nature ne respirerait que la guerre, n’étant retenu par aucun frein, et, comme un oiseau de proie, serait toujours prêt à fondre sur les autres. Aussi l’homme est-il un animal civique, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble. Et la nature, qui ne fait rien en vain, n’a départi qu’à lui seul le don de la parole, qu’il ne faut pas confondre avec les sons de la voix. Ceux-ci ne sont que l’expression de sensations agréables ou désagréables dont les autres animaux sont, comme nous, susceptibles. La nature leur a donné un organe borné à ce seul effet; mais nous avons de plus, sinon la connaissance développée, au moins tout le sentiment obscur du bien et du mal, de l’utile et du nuisible, du juste et de l’injuste, objets pour la manifestation desquels nous a été principalement accordé l’organe de la parole. C’est ce commerce de la parole qui est le lien de toute société domestique et civile.

Aristote (-384  à  -322), Politique, I, 2, 1252 a
Biographie


1 Platon (à gauche) pointe le doigt vers le ciel, symbole de sa croyance dans les Idées. Aristote (à droite) pointe la paume de sa main vers le sol, symbole de sa croyance dans l’observation empirique.