Saint Augus­tin. Tres vidit, unum adoravit

Hos­pi­ta­li­té d’Abraham et Sacri­fice d’Isaac (540)
Église San Vitale, Ravenne 


Abra­ham en vit trois et en ado­ra un seul
X, 19 Sous le chêne de Mam­bré a, Abra­ham vit encore trois hommes, qu’il invi­ta à venir se repo­ser sous sa tente, et aux­quels il ser­vit le repas de l’hospitalité. Mais au début de son récit Moïse dit que « le Sei­gneur appa­rut à ce patriarche », et non que trois hommes lui appa­rurent ; et puis, entrant dans quelques détails au sujet de ces trois hommes, il observe qu’Abraham leur par­la au nombre plu­riel pour les invi­ter, et au nombre sin­gu­lier pour les entre­te­nir. C’est ce que nous remar­quons lorsque l’un d’eux lui pro­mit un fils de Sara ; et à cette occa­sion l’écrivain sacré répète cette expres­sion : « Le Sei­gneur appa­rut à Abra­ham ». Ain­si Abra­ham invite ces trois hôtes, leur lave les pieds et les recon­duit par hon­neur, comme s’ils étaient trois hommes, et il leur parle comme s’il ne s’adressait qu’au Sei­gneur, soit qu’ils lui pro­mettent un fils, soit qu’ils lui annoncent la pro­chaine des­truc­tion de Sodome. (Gn 18, 1-11)

XI, 20 Mais ce pas­sage de la Genèse mérite que nous nous y arrê­tions quelque temps. Et en effet, si un seul homme eût appa­ru au saint patriarche, ceux qui affirment que le Fils était visible de sa nature, et avant son incar­na­tion dans le sein d’une Vierge, pour­raient ici jeter un cri de joie et de vic­toire, et sou­te­nir avec rai­son que c’est du Père que l’Apôtre a dit « qu’il est seul le Dieu invi­sible ». (1Tm, 1, 17) Tou­te­fois il me serait per­mis de leur deman­der com­ment, avant qu’il se fût fait homme, le « Fils de Dieu put être recon­nu homme par tout ce qui parut en lui », car Abra­ham lui lava les pieds, et le fit asseoir à sa table. Oui, com­ment cela put-il se faire, lorsque « ce Fils ayant la nature de Dieu ne croyait point que ce fût pour lui une usur­pa­tion de s’égaler à Dieu» ; car « il ne s’était pas encore humi­lié, en pre­nant la forme d’esclave, en se ren­dant sem­blable aux hommes, et se fai­sant recon­naître pour homme par tout ce qui parais­sait en lui » ? (Ph 2, 6-7) Nous savons en effet que tout ce mys­tère d’abaissement ne s’est réa­li­sé que par l’enfantement de la Vierge Marie. Com­ment donc avant cet enfan­te­ment le Fils de Dieu a-t-il pu appa­raître comme homme ? Mais il n’était pas réel­le­ment homme. Cette dif­fi­cul­té m’arrêterait, si un seul homme eût appa­ru à Abra­ham, et si cet homme eût été le Fils de Dieu. Mais puisque ce saint patriarche vit trois hommes, et puisque tous trois étaient égaux en beau­té, en âge et en pou­voir, pour­quoi ne recon­naî­trons-nous pas en eux une figure de l’auguste Tri­ni­té, dont les trois per­sonnes, égales en toutes choses, n’ont qu’une seule et même nature ?

21 Peut-être encore vou­drions-nous conjec­tu­rer que l’un des trois voya­geurs était supé­rieur aux deux autres, et qu’il repré­sen­tait le Fils de Dieu, accom­pa­gné de ses anges, parce qu’Abraham, voyant trois hommes, ne parle qu’à un seul, et le nomme Sei­gneur. Mais la sainte Écri­ture pré­vient ces pen­sées tout au moins témé­raires, quand elle dit peu après que deux anges vinrent trou­ver Loth, pour l’arracher à la des­truc­tion de Sodome, et que cet homme juste leur par­la comme s’il eût par­lé à Dieu. Et en effet elle s’exprime ain­si : « Le Sei­gneur dis­pa­rut, lorsqu’il eut ces­sé de par­ler à Abra­ham ; et Abra­ham retour­na dans sa demeure. » (Gn 18, 33)

Saint Augus­tin (354 - 430), De Tri­ni­tate II, X, 19 et XI, 20 et 21Trad. Abbaye Saint Benoît de Port-Valais (CH)
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Bio­gra­phie


a Gn 18, 1-11
1 Aux chênes de Mam­bré, le Sei­gneur appa­rut à Abra­ham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour. 2 Abra­ham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il cou­rut à leur ren­contre depuis l’entrée de la tente et se pros­ter­na jusqu’à terre. 3 Il dit : « Mon sei­gneur, si j’ai pu trou­ver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton ser­vi­teur. 4 Per­met­tez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous lave­rez les pieds, et vous vous éten­drez sous cet arbre. 5 Je vais cher­cher de quoi man­ger, et vous repren­drez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes pas­sés près de votre ser­vi­teur !» Ils répon­dirent : « Fais comme tu l’as dit. » 6

Abra­ham se hâta d’aller trou­ver Sara dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. » 7 Puis Abra­ham cou­rut au trou­peau, il prit un veau gras et tendre, et le don­na à un ser­vi­teur, qui se hâta de le pré­pa­rer. 8 Il prit du fro­mage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprê­té, et les dépo­sa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pen­dant qu’ils man­geaient. 9 Ils lui deman­dèrent : « Où est Sara, ta femme ?» Il répon­dit : « Elle est à l’intérieur de la tente. » 10 Le voya­geur reprit : « Je revien­drai chez toi au temps fixé pour la nais­sance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. » Or, Sara écou­tait par-der­rière, à l’entrée de la tente. 11 – Abra­ham et Sara étaient très avan­cés en âge, et Sara avait ces­sé d’avoir ce qui arrive aux femmes.