Hen­ri de Lu­bac. Là où est l’Église, là est l’Es­prit de Dieu


L’Église est le sa­cre­ment de Jé­sus Christ. Ce­la veut dire qu’elle est avec Lui dans un cer­tain rap­port d’i­den­ti­té mys­tique. Nous re­trou­vons ici les mé­ta­phores pau­li­niennes et les autres images de la Bible que la Tra­di­tion chré­tienne n’ a cesse d’ex­ploi­ter. La même in­tui­tion de la foi s’y ex­prime. Tête et membres ne font qu’un seul corps, un seul Christ. L’Époux et l’Épouse sont une seule chair. Chef de son Église, le Christ ne la gou­verne pour­tant pas du de­hors : d’elle à lui, il y a su­jé­tion, dé­pen­dance, mais elle est en même temps son achè­ve­ment et sa plé­ni­tude. Elle est en­core le Ta­ber­nacle de sa Pré­sence. Elle est l’Édifice dont il est à la fois l’Ar­chi­tecte et la clé de voûte. Elle est le Temple où il en­seigne et où il at­tire avec lui toute la Di­vi­ni­té. Elle est ce Vais­seau dont il est le pi­lote, cette Arche aux larges flancs dont il est le mât cen­tral, as­su­rant la com­mu­ni­ca­tion de tous ceux qu’elle abrite avec le ciel. Elle est le Pa­ra­dis, dont il est l’arbre et la source de vie. Elle est l’astre dont il est toute la lu­mière et qui éclaire notre nuit.

Si l’on n’est pas, de quelque ma­nière, membre du corps, on ne re­çoit pas l’in­flux de la Tête. Si l’on n’adhère pas à l’u­nique Épouse, on n’est pas ai­mé de l’é­poux ; Si l’on pro­fane le Ta­ber­nacle, on se prive de la pré­sence sa­crée. Si l’on dé­serte le Temple, on n’en­tend plus la Pa­role. Si l’on re­fuse d’en­trer dans l’é­di­fice, ou de se ré­fu­gier dans l’Arche, on ne peut trou­ver ce­lui qui est à leur centre et à leur faîte. Si l’on dé­daigne le Pa­ra­dis, on n’est pas abreu­vé ni nour­ri. Si l’on croit pou­voir se pas­ser de la lu­mière em­prun­tée, on de­meure à ja­mais plon­gé dans la nuit de l’ignorance…

Pra­ti­que­ment, pour cha­cun de nous, Jé­sus Christ, c’est donc son Église soit que nous consi­dé­rions la hié­rar­chie en nous rap­pe­lant ces pa­roles de Jé­sus : qui vous écoute, m’é­coute, qui vous mé­prise, me mé­prise, soit que nous ayons égard à tout le Corps, à cette As­sem­blée tout en­tière au sein de la­quelle il ré­side et se montre, du sein de la­quelle s’é­lève in­in­ter­rom­pue, en son nom, la louange de Dieu. Le mot de Jeanne d’Arc à ses juges ex­prime à la fois la pro­fon­deur mys­tique de la croyance et le bon sens pra­tique du croyant De Jé­sus Christ et de l’Église, il m’est avis que c’est tout un, et qu’il n’en faut pas faire dif­fi­cul­té. Ce cri du cœur fi­dèle est le ré­su­mé de la foi des Docteurs.

Quelles que puissent être les dif­fi­cul­tés qui nous as­saillent, ou les troubles qui risquent de nous éga­rer, te­nons tou­jours ferme à cette équi­va­lence. Comme Ulysse qui se fai­sait at­ta­cher au mât du na­vire pour se dé­fendre mal­gré lui contre les voix des si­rènes, ac­cro­chons-nous, s’il en est be­soin, sans plus rien écou­ter ni rien voir, à la vé­ri­té sal­va­trice dont saint Iré­née nous donne la for­mule Là où est l’Église, là est l’Es­prit de Dieu et là où est l’Es­prit de Dieu, là est l’Église et toute grâce, et l’Es­prit est vé­ri­té. S’é­car­ter de l’Église, c’est re­je­ter l’Es­prit et par ce­la même s’ex­clure de la vie. Croyons tou­jours avec saint Jean qu’il est im­pos­sible d’en­tendre l’Es­prit sans écou­ter ce qu’il dit à l’Église.

Hen­ri de Lu­bac (1896-1991), L’Église, sa­cre­ment de Jésus-Christ


Bio­gra­phie
Hen­ri de Lu­bac (1896-1991) est une fi­gure ma­jeure de la théo­lo­gie ca­tho­lique du ving­tième siècle. Son œuvre de théo­lo­gien a exer­cé une réelle in­fluence sur de nom­breux in­tel­lec­tuels et sus­ci­té des dé­bats par­fois très vifs, en par­ti­cu­lier sur la « nou­velle théo­lo­gie » et le « sur­na­tu­rel ». Avec ce­lui qui de­vait de­ve­nir car­di­nal c’est aus­si la vie de l’É­glise des an­nées de la se­conde guerre mon­diale à Va­ti­can II qui est illus­trée, en lien avec de grands in­tel­lec­tuels comme Blon­del, Teil­hard de Char­din, Étienne Gil­son et Hans Urs von Balthasar.