Du ma­tin au soir, la Pa­role coule dans notre vie

Axelle Bos­ler (*1963)
La foule

C’est dans notre vie que, du ma­tin au soir,
coule entre les rives de notre mai­son,
de nos rues, de nos ren­contres,
la Pa­role où Dieu veut ré­si­der.
C’est dans notre es­prit
qui nous fait nous-mêmes
à tra­vers les actes de notre tra­vail,
de nos peines, de nos joies, de nos amours,
que la Pa­role de Dieu veut demeurer.

La phrase du Sei­gneur
que nous avons ar­ra­chée à l’Évangile
dans une messe du ma­tin,
ou dans une course de mé­tro,
ou entre deux tra­vaux de mé­nage,
ou le soir dans notre lit,
elle ne doit plus nous quit­ter,
pas plus que nous quitte
notre vie ou notre esprit.

Elle veut fé­con­der, mo­di­fier, re­nou­ve­ler
la poi­gnée de main
que nous au­rons à don­ner,
notre ef­fort sur notre tâche,
notre re­gard sur ceux que nous ren­con­trons,
notre ré­ac­tion sur la fa­tigue,
notre sur­saut de­vant la dou­leur,
notre épa­nouis­se­ment dans la joie.

La Pa­role du Sei­gneur,
elle exige notre res­pect ;
si notre vie a des pauses pos­sibles,
elle veut pos­sé­der à la fois
un peu ou beau­coup de ces pauses,
elle exige que notre es­prit
s’oc­cupe ex­clu­si­ve­ment d’elle,
veut de lui le sa­cri­fice
de tout ce qui vaut moins qu’elle.
Elle veut que l’on prie sur elle dans l’ou­bli
de tout ce qui est si peu à cô­té d’elle.

Ma­de­leine Del­brêl (1904-1964)