Les phi­lo­sophes et l’automne. Quelques textes

Claude De­bus­sy (1862-1918), Rê­ve­rie
Fran­çois-Joël Thiol­lier, pianiste

« Fin de règne mé­lan­co­lique, où s’annonce, dé­jà, l’hiver, l’automne est le mo­ment idéal pour mé­di­ter sur l’homme, son des­tin et sa place dans le monde. En té­moignent les poètes et phi­lo­sophes qui ont ten­té de rendre, en mots, l’atmosphère sin­gu­lière de ce mo­ment char­nière de l’année. »

« Qu’est-ce que l’automne ? […] Un deuxième prin­temps, où toutes les feuilles sont comme des fleurs. »

Al­bert Ca­mus, Ca­li­gu­la (1958) 

« Oui, dans ces jours d’automne où la na­ture ex­pire,
À ses re­gards voi­lés, je trouve plus d’attraits,
C’est l’adieu d’un ami, c’est le der­nier sou­rire
Des lèvres que la mort va fer­mer pour ja­mais ! »

Al­phonse de La­mar­tine, « L’automne », in Mé­di­ta­tions poé­tiques (1820) 

« Au­tomne, au­tomne, cré­pus­cule des an­nées, vous en qui re­des­cendent et s’épuisent les fu­sées du pom­peux, du fan­tasque, de l’insouciant été ; calme mois­son­neuse au cœur ou­vert, en qui tout rentre et se confond pour les ré­sur­rec­tions in­fi­nies, vous qui ab­sor­bez pour émettre, ne connaî­trai-je pas votre fa­tigue sans fai­blesse, votre dé­nû­ment no­ble­ment ac­cep­té, et ce mys­tique es­poir en la vie éter­nelle par quoi vous pos­sé­dez la quié­tude har­mo­nieuse et la sé­ré­ni­té ? »

An­na de Noailles, Pas­sions et Va­ni­tés (1926)

« De­ve­nir fruit d’automne.
Sen­tir naître en soi l’âme fon­dante du fruit : cette dou­ceur, cette trans­pa­rence do­rée et cette soif de tom­ber.
Se dé­ta­cher, non par or­gueil ou par las­si­tude, mais par ex­cès de pe­san­teur et de sucs.
Se dé­ta­cher comme un fruit d’automne. »

Gus­tave Thi­bon, L’Échelle de Ja­cob (1942)

« Le pre­mier ma­tin où flambe la blan­cheur de l’automne, dans l’air ra­fraî­chi ; l’un des mo­ments de l’année les plus ai­gus et les plus doux. Le ciel est comme une gloire pâle et aveu­glante po­sée sur les feuillages de l’étendue et la voi­lant à de­mi. »

Phi­lippe Jac­cot­tet, Taches de so­leil, ou d’ombre (2013)

« Un ca­rac­tère mo­ral s’attache aux scènes de l’automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illu­sions, cette lu­mière qui s’affaiblit comme notre in­tel­li­gence, ce so­leil qui se re­froi­dit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rap­ports se­crets avec nos des­ti­nées. »

Fran­çois-Re­né de Cha­teau­briand, Mé­moires d’outre-tombe (1848)

© Oc­tave Lar­ma­gnac-Ma­the­ron (*1993) jour­na­liste et tra­duc­teur à Phi­lo­so­phie ma­ga­zine, ti­tu­laire d’un mas­ter de phi­lo­so­phie contem­po­raine à l’université Panthéon-Sorbonne.