Ma­sac­cio. Paie­ment du tri­but à Cé­sar (1437-1452)

Pier­lui­gi da Pa­les­tri­na (~1525-1594), Je­su, Rex ad­mi­ra­bi­lis
The Mon­te­ver­di Choir, dir. John Eliot Gardiner 

Ma­sac­cio (1401-1428)
Paie­ment du tri­but (1424-1427)
fresque, cha­pelle Bran­cac­ci, San­ta Ma­ria del Car­mine, Florence

Ma­sac­cio trans­forme un épi­sode très bref de l’É­van­gile en une vé­ri­table ré­flexion sur l’au­to­ri­té, l’o­béis­sance, la com­mu­nau­té chré­tienne et la place de l’­homme dans l’espace.

Le ré­cit évan­gé­lique
La scène com­bine en réa­li­té trois mo­ments dif­fé­rents du même ré­cit, ti­ré de Mat­thieu 17, 24-27. Le col­lec­teur de l’im­pôt de­mande à Jé­sus et à ses dis­ciples de payer le tri­but du Temple. Ma­sac­cio re­pré­sente si­mul­ta­né­ment : au centre, le per­cep­teur ré­clame l’im­pôt à Jé­sus. A gauche, Pierre, sur l’ordre du Christ, prend le pois­son dans le lac. A droite, Pierre re­met au per­cep­teur la pièce trou­vée dans la bouche du pois­son. Ma­sac­cio cherche à faire com­prendre l’u­ni­té pro­fonde de l’ac­tion divine.

Le Christ, vé­ri­table axe de la com­po­si­tion
Le groupe cen­tral est do­mi­né par le Christ. Il consti­tue le centre géo­mé­trique et spi­ri­tuel de toute la scène. Au­tour de lui se dis­posent les apôtres en de­mi-cercle. Leurs corps, leurs re­gards et leurs gestes convergent vers Jésus.

Le Christ est re­pré­sen­té avec une éton­nante so­brié­té. Il ne fait au­cun geste spec­ta­cu­laire. Son bras in­dique sim­ple­ment la di­rec­tion dans la­quelle Pierre doit al­ler. C’est pré­ci­sé­ment cette re­te­nue qui lui donne son autorité. 


Ma­sac­cio rompt ici avec beau­coup de re­pré­sen­ta­tions mé­dié­vales du Christ, où la sain­te­té était fré­quem­ment si­gna­lée par des signes pré­cieux ou sur­na­tu­rels. Ici, la di­vi­ni­té passe es­sen­tiel­le­ment par la pos­ture, le re­gard, le geste et la sta­bi­li­té de la fi­gure. Le Christ est hu­mai­ne­ment pré­sent, mais il pos­sède une au­to­ri­té qui or­donne si­len­cieu­se­ment toute la scène.

La fi­gure de Pierre
Pierre ap­pa­raît trois fois dans la fresque, mais c’est sur­tout la fi­gure de gauche qui at­tire l’at­ten­tion. On le voit pen­ché vers le sol, re­ti­rant le pois­son de l’eau. Son corps est for­te­ment in­cli­né, presque ra­mas­sé sur lui-même. Il n’a rien d’un hé­ros idéa­li­sé : il est mas­sif, ro­buste, presque pay­san. C’est une ca­rac­té­ris­tique fon­da­men­tale de Ma­sac­cio. L’a­pôtre pos­sède un poids cor­po­rel. Ses jambes, ses bras, son vê­te­ment et son ombre par­ti­cipent tous à cette im­pres­sion de réalité.

Le groupe des apôtres
Les apôtres ne sont pas dis­po­sés sur une même ligne comme dans une pein­ture go­thique. Ils oc­cupent réel­le­ment l’es­pace. Cer­tains sont de face, d’autres de pro­fil, d’autres en­core lé­gè­re­ment tour­nés. Leurs têtes se che­vauchent. Leurs corps sont pla­cés à dif­fé­rentes profondeurs.

Le per­cep­teur ne fait que son tra­vail
À droite, le col­lec­teur d’im­pôts ap­pa­raît comme un per­son­nage ex­té­rieur au groupe apos­to­lique. Il est vê­tu d’une ma­nière dif­fé­rente et son corps est for­te­ment tour­né vers Pierre. Son at­ti­tude est très concrète : il at­tend sim­ple­ment son ar­gent. Le per­cep­teur ac­com­plit son mé­tier. Il de­mande ce qui lui est dû. Le signe in­ter­vient à l’in­té­rieur d’une si­tua­tion par­fai­te­ment ordinaire.

La lu­mière
La lu­mière joue un rôle es­sen­tiel. Elle vient la­té­ra­le­ment et frappe les per­son­nages en mo­de­lant leurs vi­sages et leurs vê­te­ments. Les corps pos­sèdent une par­tie éclai­rée et une par­tie dans l’ombre. Les plis des vê­te­ments ne sont plus sim­ple­ment des­si­nés par des lignes dé­co­ra­tives : ils sont pro­duits par la lu­mière qui ren­contre le vo­lume du corps. C’est cette lu­mière qui donne aux per­son­nages leur solidité.

Je­su, Rex ad­mi­ra­bi­lis
Et trium­pha­tor no­bi­lis
Dul­ce­do inef­fa­bi­lis
To­tus desiderabilis.

Mane no­bis­cum Do­mine
Et nos illus­tra lu­mine
Pul­sa men­tis ca­li­gine
Mun­dum reple dulcedine.

Jé­sus roi ad­mi­rable
et noble triom­pha­teur,
dou­ceur inef­fable,
en­tiè­re­ment désirable,

reste avec nous Sei­gneur.
Éclaire-nous de ta lu­mière.
L’obs­cu­ri­té de notre es­prit une fois chas­sée,
rem­plis le monde de douceur.