Pierluigi da Palestrina (~1525-1594), Jesu, Rex admirabilis
The Monteverdi Choir, dir. John Eliot Gardiner

Masaccio (1401-1428)
Paiement du tribut (1424-1427)
fresque, chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florence
Masaccio transforme un épisode très bref de l’Évangile en une véritable réflexion sur l’autorité, l’obéissance, la communauté chrétienne et la place de l’homme dans l’espace.
Le récit évangélique
La scène combine en réalité trois moments différents du même récit, tiré de Matthieu 17, 24-27. Le collecteur de l’impôt demande à Jésus et à ses disciples de payer le tribut du Temple. Masaccio représente simultanément : au centre, le percepteur réclame l’impôt à Jésus. A gauche, Pierre, sur l’ordre du Christ, prend le poisson dans le lac. A droite, Pierre remet au percepteur la pièce trouvée dans la bouche du poisson. Masaccio cherche à faire comprendre l’unité profonde de l’action divine.

Le Christ, véritable axe de la composition
Le groupe central est dominé par le Christ. Il constitue le centre géométrique et spirituel de toute la scène. Autour de lui se disposent les apôtres en demi-cercle. Leurs corps, leurs regards et leurs gestes convergent vers Jésus.
Le Christ est représenté avec une étonnante sobriété. Il ne fait aucun geste spectaculaire. Son bras indique simplement la direction dans laquelle Pierre doit aller. C’est précisément cette retenue qui lui donne son autorité.
Masaccio rompt ici avec beaucoup de représentations médiévales du Christ, où la sainteté était fréquemment signalée par des signes précieux ou surnaturels. Ici, la divinité passe essentiellement par la posture, le regard, le geste et la stabilité de la figure. Le Christ est humainement présent, mais il possède une autorité qui ordonne silencieusement toute la scène.

La figure de Pierre
Pierre apparaît trois fois dans la fresque, mais c’est surtout la figure de gauche qui attire l’attention. On le voit penché vers le sol, retirant le poisson de l’eau. Son corps est fortement incliné, presque ramassé sur lui-même. Il n’a rien d’un héros idéalisé : il est massif, robuste, presque paysan. C’est une caractéristique fondamentale de Masaccio. L’apôtre possède un poids corporel. Ses jambes, ses bras, son vêtement et son ombre participent tous à cette impression de réalité.

Le groupe des apôtres
Les apôtres ne sont pas disposés sur une même ligne comme dans une peinture gothique. Ils occupent réellement l’espace. Certains sont de face, d’autres de profil, d’autres encore légèrement tournés. Leurs têtes se chevauchent. Leurs corps sont placés à différentes profondeurs.

Le percepteur ne fait que son travail
À droite, le collecteur d’impôts apparaît comme un personnage extérieur au groupe apostolique. Il est vêtu d’une manière différente et son corps est fortement tourné vers Pierre. Son attitude est très concrète : il attend simplement son argent. Le percepteur accomplit son métier. Il demande ce qui lui est dû. Le signe intervient à l’intérieur d’une situation parfaitement ordinaire.

La lumière
La lumière joue un rôle essentiel. Elle vient latéralement et frappe les personnages en modelant leurs visages et leurs vêtements. Les corps possèdent une partie éclairée et une partie dans l’ombre. Les plis des vêtements ne sont plus simplement dessinés par des lignes décoratives : ils sont produits par la lumière qui rencontre le volume du corps. C’est cette lumière qui donne aux personnages leur solidité.
Jesu, Rex admirabilis
Et triumphator nobilis
Dulcedo ineffabilis
Totus desiderabilis.
Mane nobiscum Domine
Et nos illustra lumine
Pulsa mentis caligine
Mundum reple dulcedine.
Jésus roi admirable
et noble triomphateur,
douceur ineffable,
entièrement désirable,
reste avec nous Seigneur.
Éclaire-nous de ta lumière.
L’obscurité de notre esprit une fois chassée,
remplis le monde de douceur.
