
Ion Theodorescu-Sion (1882-1939)
Ovide en exil à Tomis, actuelle Constanța, Roumanie (1915)
| « Les poèmes tristes » (Tristia carmina) d’Ovide regroupent une cinquantaine d’élégies que le poète adresse à son épouse et à ses amis, demeurés à Rome, alors qu’il est relégué, banni, à Tomis sur les bords de la mer Noire depuis l’an 8 de notre ère, sur ordre de l’empereur Auguste. |
Puisses-tu parvenir sans orages au terme de ta vie, toi qui lis mon livre sans prévention hostile à son auteur ! Puisse le ciel, que mes vœux n’ont pu fléchir pour moi, exaucer les vœux que je forme aujourd’hui pour toi ! Tant que tu seras heureux, tu compteras beaucoup d’amis ; si le temps se couvre de nuages, tu resteras seul. Vois comme les colombes sont attirées par la blancheur des édifices, tandis que la tour noircie par le temps n’est visitée d’aucun oiseau. Jamais les fourmis ne se dirigent vers les greniers vides : jamais les amis vers les prospérités évanouies. Comme notre ombre nous accompagne fidèlement tant que nous marchons au soleil, et nous quitte si l’astre est caché par les nuages ; de même le vulgaire inconstant règle sa marche sur l’éclat de notre étoile, et s’éloigne dès qu’un nuage vient à l’éclipser. Je souhaite que ces vérités te semblent toujours des chimères ; mais ma propre expérience me force, hélas ! à les reconnaître pour incontestables. Tant que je fus sur un bon pied dans le monde, ma maison, bien connue dans Rome, quoique simple et sans faste, fut assez fréquentée ; mais, à la première secousse, tous redoutèrent sa chute, et, d’un commun accord, s’enfuirent prudemment.
Ovide (43 av. J.-C. - 17 apr. J.-C.), Les poèmes tristes, Livre I, Élégie IX, (8 – 9 apr. J.-C.)
