Ap­prends-moi à bien user du temps

Vi­trail de La­zare et du riche, les bâ­tis­seurs,
l’ar­chi­tecte et le ma­çon, dé­tails, XIIIe s.
Ca­thé­drale de Bourges

Ap­prends-moi, Sei­gneur,
à bien user du temps
que tu me donnes pour tra­vailler,
à bien l’employer sans rien en perdre,
à ti­rer pro­fit des er­reurs pas­sées
sans tom­ber dans le scru­pule qui ronge,
à en­vi­sa­ger des pro­jets
sans me tour­men­ter,
à ima­gi­ner le ré­sul­tat
sans me dé­so­ler s’il jaillit autrement.

Ap­prends-moi
à unir la hâte et la len­teur,
la sé­ré­ni­té et la fer­veur,
le zèle et la paix.

Aide-moi
au dé­part de l’ou­vrage,
là où je suis le plus faible,
et au cœur du la­beur
à main­te­nir l’attention.

Dans tout ce que je fais de mes mains,
laisse une grâce de toi
pour par­ler aux autres,
et un dé­faut de moi
pour par­ler à moi-même.

Garde en moi
l’es­pé­rance de la per­fec­tion,
sans quoi je me per­drais dans l’orgueil.

Pu­ri­fie mon re­gard :
quand je fais mal,
il n’est pas tou­jours sûr que ce soit mal
et quand je fais bien,
il n’est pas tou­jours sûr que ce soit bien.

Ne me laisse ja­mais ou­blier
que tout sa­voir est vain,
sauf là où il y a tra­vail,
et que tout tra­vail est vide,
sauf là où il y a amour,
et tout amour est creux
qui ne me lie à moi-même
et aux autres et à toi.

En­seigne-moi à prier avec mes mains,
mes bras et toutes mes forces.

Rap­pelle-moi
que mon tra­vail t’ap­par­tient
et qu’il m’ap­par­tient de te l’offrir.

Si je tra­vaille par seul goût du pro­fit,
comme un fruit ou­blié je pour­ri­rai à l’au­tomne.
Si j’a­gis seule­ment pour plaire aux autres,
comme la fleur de l’­herbe je fa­ne­rai au soir,
mais si c’est pour l’a­mour du bien,
je de­meu­re­rai dans le bien.
Et le temps de faire bien pour ta gloire,
c’est tout de suite.

Par un bâ­tis­seur de ca­thé­drale, XIIe s.