▷ H. de Bin­gen. O splen­di­dis­si­ma gemma

Hil­de­garde de Bin­gen (1098-1179), O splen­di­dis­si­ma 1, Se­quen­tia (V fol. 159)
En­semble Oris­cus, Anne Bertin-Hugault

Hil­de­garde de Bin­gen (1098-1179)
L’­homme, Le Livre des œuvres di­vines
Lucques, Bi­blio­the­ca Sta­tale, Co­dex La­ti­num, 1942, Fo 9

L’­homme

Cette mi­nia­ture, d’un for­mat ver­ti­cal ob­long, re­pré­sente à nou­veau une mé­di­ta­tion vi­suelle, vi­sion­naire, sur la Créa­tion. On peut d’a­bord re­mar­quer une tête, à l’air un peu grave, qui sort du cadre. Elle sur­monte une autre tête, rou­geoyante, qui de ses bras en­globe com­plè­te­ment la sphère de l’u­ni­vers créé. Celle-ci se trouve elle-même ins­crite dans un cercle de feu d’où sort une paire de pieds.

Au­tre­ment dit, l’u­ni­vers est com­plè­te­ment en­glo­bé dans une sorte de per­son­nage de feu que l’on peut voir comme le Lo­gos créa­teur par qui tout a été fait.

Au centre de l’u­ni­vers créé, il y a l’­homme de nou­veau, nu, pla­cé là pour si­gni­fier que l’­homme est au cœur de la Créa­tion, qu’il en est même le cou­ron­ne­ment, ce qui est dit ex­pli­ci­te­ment dans le livre de la Ge­nèse. Cet homme est in­dis­so­ciable de l’u­ni­vers des vents, sug­gé­rés par toutes sortes de têtes ani­males qui soufflent de leur gueule ou­verte des sortes de rayons, de flux aériens.

On a là une re­pré­sen­ta­tion de la créa­tion ma­té­rielle, mais or­don­née à sa propre fin, qui est la créa­tion de l’­homme, le clou de la Création.

Dans le coin in­fé­rieur gauche de l’i­mage, Hil­de­garde elle-même dresse la tête et di­rige son re­gard vers ce qu’elle voit. Elle est re­pré­sen­tée à son pu­pitre, en train d’é­crire sa vi­sion dans le livre du Scivias.

Fran­çois Boespflug 

O splen­di­dis­si­ma gem­ma
Ru­perts­berg, Co­dex D-WI1 2, fo­lio 466v (1175-1200)
Hoch­schul- und Lan­des­bi­blio­thek Rhein­Main, Wiesbaden

O splen­di­dis­si­ma gem­ma
et se­re­num de­cus so­lis
qui ti­bi in­fu­sus est,
fons sa­liens de corde Pa­tris,
quod est uni­cum Ver­bum suum,
per quod crea­vit
mun­di pri­mam ma­te­riam,
quam Eva turbavit.

Hoc Ver­bum ef­fa­bri­ca­vit ti­bi
Pa­ter ho­mi­nem,
et ob hoc es tu
illa lu­ci­da ma­te­ria
per quam hoc ip­sum Ver­bum
exs­pi­ra­vit omnes vir­tutes,
ut eduxit in pri­ma ma­te­ria
omnes crea­tu­ras.

Ô gemme ra­dieuse,
qui res­plen­dit de l’éclat du so­leil,
source jaillis­sant
du cœur du Père,
Lui qui est son unique pa­role,
par la­quelle il a créé
la ma­tière ori­gi­nelle du monde,
qu’Ève a bouleversée.

Cette Pa­role a fa­çon­né
l’homme pour toi, ô Père.
C’est pour­quoi, Ma­rie,
tu es cette ma­tière cris­tal­line,
par la­quelle le Verbe à son tour,
a fait jaillir toutes les ver­tus comme,
de la ma­tière ori­gi­nelle,
il a fait sur­gir toute la création.