
Ecole de l’Allgäu (~1470)
Jésus chez Simon, le pharisien
Collection privée
Lc 16, 1-13
1 Jésus disait encore aux disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
2 Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”
3 Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.
4 Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.”
5 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?”
6 Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.”
7 Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”
8 Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.
9 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.
10 Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande.
11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ?
12 Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ?
13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
On peut penser que ce patron est un bon perdant, qui s’incline devant l’astuce. Mais une autre solution se présente si l’on sait que les gérants de métairie, suivant le droit romain, gagnaient leur salaire par les commissions prélevées sur les opérations financières. Autrement dit, le gérant licencié n’a pas volé son patron, mais il a renoncé à sa marge personnelle. Ce faisant, il a inversé la fonction de l’argent : au lieu de l’amasser comme un gage de sécurité, il l’a investi pour ouvrir des relations et se faire des amis. (…) Ce n’est pas la modalité de son action qui est mise en valeur, mais sa finalité : l’argent donné est devenu fécond en relations humaines. C’est en cela que le gérant est habile.
Camille Focant et Daniel Marguerat, Le Nouveau Testament commenté
Si les disciples se mettent à dépendre de l’injuste Mammon en ne partageant pas leurs biens, qui leur confiera le seul bien qui ne trompe pas parce qu’il procure un trésor dans le ciel ? S’ils ne gèrent pas avec justice le bien étranger, celui qui provient de l’injustice, qui leur donnera le Royaume qui constitue leur véritable bien ? Ils sont comparables à des domestiques qui travaillent dans une maison au service d’un maître. Si celui-ci est Mammon, ils ne pourront aimer Dieu. Si leur maître est Dieu, ils mépriseront Mammon. Il est, en effet, impossible de servir les deux à la fois, car tous deux demandent un engagement de tout l’être.
Philippe Bacq et Odile Ribadeau Dumas, Puissance de la Parole
