Lu­mière de l’in­tel­li­gence, no­blesse du langage

Yad (יד « main »)
Poin­teur de lec­ture à usage li­tur­gique pour la lec­ture de la Torah 

Père, Dieu tout-puis­sant, j’ai bien conscience que c’est à toi que je dois consa­crer l’occupation prin­ci­pale de ma vie. Que toutes mes pa­roles et mes pen­sées s’entretiennent de toi.

Car ce don de la pa­role que tu m’as ac­cor­dé ne peut pas me rap­por­ter un plus grand bien­fait que ce­lui-ci : te ser­vir par la pré­di­ca­tion et mon­trer qui tu es. Tu es le Père, ce­lui du Fils unique de Dieu. Je dois le mon­trer soit au monde qui l’ignore, soit à l’hérétique qui le refuse.

Ma vo­lon­té n’a pas d’autre rai­son d’être. Du reste, je dois im­plo­rer la grâce de ton as­sis­tance et de ta mi­sé­ri­corde, pour que tu gonfles du souffle de ton Es­prit les voiles dé­ployées pour toi par notre pro­fes­sion de foi et que tu nous pousses dans cette course de la pré­di­ca­tion. Car il n’est pas in­fi­dèle à sa pro­messe, ce­lui qui a dit : « De­man­dez, et l’on vous don­ne­ra ; cher­chez, et vous trou­ve­rez ; frap­pez, et l’on vous ou­vri­ra. » (Lc 11, 9)

Étant pauvres, nous de­man­de­rons ce dont nous sommes dé­pour­vus. Nous four­ni­rons un ef­fort achar­né pour scru­ter la pa­role de tes pro­phètes et de tes Apôtres, nous frap­pe­rons à tous les ac­cès d’une com­pré­hen­sion qui nous est fer­mée. Mais c’est à toi d’exaucer la de­mande, d’accorder ce qu’on cherche, d’ouvrir la porte fermée.

Nous vi­vons en ef­fet dans une sorte de tor­peur, à cause de notre en­gour­dis­se­ment na­tu­rel et nous sommes em­pê­chés de com­prendre tes mys­tères par une igno­rance in­vin­cible due à la fai­blesse de notre es­prit. Mais le zèle pour ton en­sei­gne­ment for­ti­fie notre per­cep­tion de la science di­vine, et l’obéissance de la foi nous sou­lève au-des­sus de notre ca­pa­ci­té na­tu­relle de connaître. Nous es­pé­rons donc que tu sti­mu­le­ras les dé­buts dif­fi­ciles de cette en­tre­prise, que tu la for­ti­fie­ras par une réus­site crois­sante, que tu l’appelleras à par­ta­ger l’esprit des pro­phètes et des Apôtres. Nous vou­drions com­prendre leurs pa­roles dans le sens où ils les ont pro­non­cées et em­ployer des termes exacts pour rendre fi­dè­le­ment les réa­li­tés qu’ils ont exprimées.

De fait, nous al­lons par­ler de ce qu’ils ont pro­cla­mé dans le mys­tère : toi, Dieu éter­nel, Père du Fils qui est éter­nel­le­ment Dieu ; toi, l’unique à n’avoir pas eu de nais­sance, et l’unique Sei­gneur, Jé­sus-Christ, né de toi par une nais­sance éter­nelle. Il ne faut pas en faire un dieu de plus, à cause d’une di­ver­si­té qui est réelle. On ne doit pas dire non plus qu’il n’est pas en­gen­dré de toi, qui es le seul Dieu et il ne faut pas pro­fes­ser qu’il est autre chose que le vrai Dieu, lui qui est né de toi, le Père, qui es vrai Dieu.

Ac­corde-nous donc le sens exact des mots, la lu­mière de l’intelligence, la no­blesse du lan­gage, l’orthodoxie de la foi. Ce que nous croyons, ac­corde-nous de l’affirmer aus­si. C’est-à-dire, puisque nous connais­sons par les pro­phètes et les Apôtres un seul Dieu, toi, le Père, et un seul Sei­gneur, Jé­sus-Christ, qu’il nous soit don­né aujourd’hui, contre les hé­ré­tiques né­ga­teurs, de te cé­lé­brer comme étant Dieu, mais non un Dieu so­li­taire, et de prê­cher ce Dieu sans com­mettre d’erreur. Amen.

Hi­laire de Poi­tiers (~315-367), Trai­té sur la Trinité