
Roi David, XIIIe s
Émail de Limoges
Marie-Noëlle Thabut, bibliste
Psaume de dimanche prochain
Ps 144, 2-3. 8-9. 17-18
2 Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
3 Il est grand, le Seigneur, hautement loué :
à sa grandeur, il n’est pas de limite.
8 Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
9 la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.
17 Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
18 Il est proche de ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.
Le prophète Isaïe résumait en quelques versets toute la foi d’Israël : la découverte d’un Dieu plein de pitié, riche en pardon et qui appelle son peuple en lui disant « reviens vers moi ». Ce psaume est la réponse du peuple qui revient à son Dieu : « Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais. » C’est vraiment le cantique de la foi retrouvée.
Si vous vous reportez à votre Bible, vous verrez qu’il est ce qu’on appelle un psaume « alphabétique ». Nous savons donc d’avance qu’il s’agit d’un psaume d’action de grâce pour l’Alliance : manière de dire « toute notre vie, de A à Z, (en hébreu de Aleph à Tav) baigne dans l’Alliance, dans la tendresse de Dieu. Deuxième remarque quant à la forme : le parallélisme d’une ligne à l’autre de chaque verset est particulièrement accentué. Cela vaudrait la peine de le lire à deux voix ou deux chœurs alternés.
Si on regarde d’un peu plus près les six versets précis qui ont été retenus aujourd’hui, on remarquera deux choses : premièrement on a là un condensé de la Révélation à la fois très complet et très concis ; et, deuxièmement ils entrent en résonance avec Isaïe 55.
Je prends un exemple : « Il est grand, le Seigneur, hautement loué, dit le psaume ; à sa grandeur, il n’est pas de limite. » Et Isaïe, avec ses mots à lui, nous dit également cette grandeur de Dieu : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » Mais Isaïe nous entraîne dans une voie imprévue et nous risquons d’être surpris : car la grandeur de ce roi n’est pas ce que nous croyons parfois, elle ne ressemble en rien aux fausses gloires et aux fausses grandeurs de la terre. C’est uniquement la grandeur de l’amour. Je résume sa prédication : « Que le méchant revienne vers Dieu qui est riche en pardon, car mes pensées ne sont pas vos pensées. » Il semble bien qu’aux yeux du prophète, la grandeur de Dieu réside précisément dans son pardon.
Un passage du livre de la Sagesse fait écho à Isaïe : « Seigneur, tu prends soin de toute chose… ta domination sur toute chose te rend patient envers toute chose… L’homme dont la puissance est discutée fait montre de sa force, mais toi, Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence. » (Sg 12)
Soyons francs, cette chanson-là n’est pas souvent celle des médias modernes et, pourtant, chacun de nous, dans l’intime de sa conscience, sait que c’est la vérité. La seule vraie grandeur d’un être humain, c’est sa capacité d’aimer. Après tout, ce n’est pas étonnant si nous sommes à l’image de Dieu !
Autre consonance entre le psaume et Isaïe 55, l’amour et le pardon de Dieu pour tous les êtres sans exception. « La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres. » dit le psaume. Et Isaïe insistait sur ce pardon qui semble bien être la caractéristique de Dieu : « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme pervers, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu, qui est riche en pardon. » Mais, là encore, Isaïe nous entraîne plus loin que nous ne voudrions aller, peut-être : nous voulons bien entendre ici l’assurance que nos faiblesses, nos péchés seront pardonnés. Mais, au nom de ce que nous appelons la justice, il nous semble impensable que tous les grands pécheurs de tous les temps reçoivent le pardon de Dieu tout comme nous !
Si nous prenons au sérieux la prédication d’Isaïe, il va falloir convertir notre conception de la justice, tout simplement ! A vrai dire, Isaïe avait prévu notre difficulté à entendre ce genre de vérité, car il avait pris la précaution de préciser que ce qu’il annonçait ne représentait pas sa pensée à lui, mais qu’il s’agissait réellement d’une parole de Dieu. Il disait : « Vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. »
Il s’agit de ce que nous appelons la parabole des ouvriers de la onzième heure. Le verset du psaume parle de la justice de Dieu, précisément. Il dit : « Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu’il fait. » La parabole, quant à elle, nous racontera l’histoire d’un chef d’entreprise donnant à tous ses serviteurs le même salaire, quelle que soit leur ancienneté dans la maison ou leur nombre d’heures de travail, cela bien sûr au grand scandale de ceux qui ont fait le plus grand nombre d’heures. Le message de Jésus, ici, est très clair : « Ne vous y trompez pas. » La plus grande justice au monde n’est pas celle de la balance, elle est celle de l’amour. Si vous aimez vos frères autant que vous-mêmes, vous vous réjouirez de mes largesses à leur égard.
« Le Seigneur est proche de ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité. » Ici peut-être, il y a une lecture perverse à éviter : le psalmiste ne dit pas que Dieu n’est proche que de ceux qui l’invoquent ! Mais Dieu respecte trop notre liberté pour forcer notre porte.
