J. S. Bach. Triple fugue en mi♭ ma­jeur BWV 552/2

Jo­hann Se­bas­tian Bach (1685-1750), Fu­ga a cinque en mi♭ ma­jeur BWV 552/2
Diane Bish, orgue Sil­ber­mann de l’é­glise Saint-Mar­tin, Colmar

La Tri­ni­té, dé­tail (~1240)
Bible de l’Ab­baye d’­Heis­ter­bach
Staats­bi­blio­thek, Berlin

La fugue, qui ac­com­pagne le pré­lude, ex­pose trois su­jets, une triple fugue donc qui cé­lèbre la Tri­ni­té : comme les trois bé­mols à la clé, le Père, le Fils et le Saint-Es­prit. Elle est com­mu­né­ment ap­pe­lée Sainte Anne, car son su­jet res­semble à une hymne an­glaise1 por­tant ce nom.


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> Par­ti­tion de la fugue

Comme pour le pré­lude, le chiffre 3 donne la struc­ture de cette triple fugue. La pre­mière fugue est à 5 voix, elle est écrite pour les plein-jeux. Le su­jet prin­ci­pal est lent et évoque l’in­tem­po­ra­li­té di­vine. La deuxième fugue est vive, à quatre voix. Le thème prin­ci­pal de la pre­mière fugue y ap­pa­raît. La troi­sième fugue est de nou­veau à cinq voix et re­prend les thèmes des 2 pre­mières. Elle est une syn­thèse triom­phale du pré­lude et fugue mais aus­si du troi­sième livre de la Cla­vier-Übung.

La triple fugue … est un sym­bole de la Tri­ni­té. Le même thème re­vient dans trois fugues re­liées entre elles, mais chaque fois avec une autre per­son­na­li­té. La pre­mière fugue est calme et ma­jes­tueuse, avec un mou­ve­ment ab­so­lu­ment uni­forme d’un bout à l’autre ; dans la deuxième fugue, le thème semble dé­gui­sé et n’est re­con­nais­sable que de temps en temps dans sa forme réelle, comme pour sug­gé­rer l’as­somp­tion di­vine d’une forme ter­restre ; dans la troi­sième fugue, il est trans­for­mé en de­mi-croches pré­ci­pi­tées, comme si le vent de la Pen­te­côte ve­nait ru­gir du ciel.

Al­bert Schweit­zer, Jean-Sé­bas­tien Bach, le mu­si­cien-poète, 1905

1 William Croft (1678-1727), O God, our help in ages past, d’a­près le psaume 61 (1708)
En­semble The Ci­ty of Lon­don Sin­fo­nia Brass, Choir The Cam­bridge Sin­gers, dir. John Rutter

O God, our help in ages past,
Our hope for years to come,
Our shel­ter from the stor­my blast,
And our eter­nal home ;

Un­der the sha­dow of thy throne
Thy saints have dwelt se­cure ;
Suf­fi­cient is thine arm alone,
And our de­fence is sure.

Be­fore the hil­ls in or­der stood,
Or earth re­cei­ved her frame,
From ever­las­ting thou art God,
To end­less years the same.

A thou­sand ages in thy sight
Are like an eve­ning gone,
Short as the watch that ends the night
Be­fore the ri­sing sun.

Time, like an ever-rol­ling stream,
Bears all its sons away ;
They fly for­got­ten, as a dream
Dies at the ope­ning day.

Dieu, notre se­cours dans les siècles pas­sés,
Notre es­pé­rance pour les an­nées à ve­nir,
Notre abri contre le souffle de la tem­pête,
Et notre de­meure éternelle ;

A l’ombre de ton trône,
tes saints de­meurent en sé­cu­ri­té ;
Ton bras seul suf­fit,
et notre dé­fense est assurée.

Avant que les col­lines fussent en ordre,
Avant que la terre eût sa struc­ture,
De­puis tou­jours tu es Dieu,
Et tu es le même dans les siècles des siècles.

Pour toi, mille siècles
sont comme un soir qui s‘éteint,
Comme la veille qui ter­mine la nuit,
Avant le le­ver du soleil.

Le temps, comme un tor­rent qui roule,
Em­porte tous ses fils ;
Ils s‘enfuient, ou­bliés, comme un songe
qui meurt au pre­mier jour.