Une Eu­cha­ris­tie do­mi­ni­cale au IIe siècle (St Justin)

Eu­cha­ris­tie 1
Fresque B, ca­ta­combes de Pris­cil­la, Rome, IIe s.

Au jour que l’on ap­pelle jour du so­leil, tous ceux [d’entre nous], qui de­meurent en ville ou à la cam­pagne, se réunissent en un même lieu ; on lit les mé­moires des apôtres ou les écrits des pro­phètes, au­tant que le temps le per­met. Quand le lec­teur a fi­ni, ce­lui qui pré­side prend la pa­role pour nous ad­mo­nes­ter et nous ex­hor­ter à imi­ter ces beaux en­sei­gne­ments. En­suite, nous nous le­vons tous en­semble et nous adres­sons [à Dieu] des prières ; et, comme nous l’a­vons dit plus haut, lorsque nous avons ache­vé la prière, on ap­porte du pain, ain­si que du vin et de l’eau, et ce­lui qui pré­side, pa­reille­ment, fait mon­ter [vers Dieu] prières et ac­tions de grâce, de son mieux, et le peuple ex­prime son ac­cord en pro­cla­mant l’Amen. Puis on fait pour cha­cun la dis­tri­bu­tion et le par­tage des élé­ments eu­cha­ris­tiés ; on en­voie aus­si leur part aux ab­sents par le mi­nis­tère des diacres. Ceux qui ont du bien et qui le veulent donnent li­bre­ment ce qu’ils veulent, cha­cun se­lon son gré, et ce qui est re­cueilli est re­mis à ce­lui qui pré­side. C’est lui qui as­sure des se­cours aux or­phe­lins, aux veuves, à ceux qui sont dans l’in­di­gence du fait de la ma­la­die ou de quelque autre cause, ain­si qu’aux pri­son­niers, les hôtes étran­gers, en un mot, il prend soin de tous ceux qui sont dans le be­soin. C’est le jour du so­leil que nous nous réunis­sons tous en­semble, parce que ce jour est le pre­mier jour, ce­lui où Dieu, trans­for­mant les té­nèbres et la ma­tière, fit le monde, et parce que, ce même jour est ce­lui où Jé­sus-Christ notre sau­veur est res­sus­ci­té des morts. En ef­fet, il fut cru­ci­fié le veille du jour de Sa­turne et, le len­de­main de ce jour, c’est à-dire le jour du so­leil, il ap­pa­rut à ses apôtres et à ses dis­ciples et leur en­sei­gna ce que nous ve­nons d’ex­po­ser et que nous avons sou­mis aus­si à votre examen.

Saint Jus­tin (~100 - 165), Apo­lo­gie pour les chré­tiens I, 67-3-8
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1 Les Ca­ta­combes de Pris­cil­la sur la Via Sa­la­ria à Rome sont si­tuées dans une car­rière qui, à l’é­poque ro­maine, était uti­li­sée pour les sé­pul­tures. Cer­taines des pa­rois et des pla­fonds des ca­ta­combes sont or­nés de belles dé­co­ra­tions illus­trant des scènes bi­bliques. Elles contiennent de nom­breuses pein­tures mu­rales re­pré­sen­tant des saints et des sym­boles du chris­tia­nisme primitif.

Par­ti­cu­liè­re­ment re­mar­quable est la Cha­pelle grecque (Cap­pel­la Gre­ca), une chambre car­rée avec une voûte qui contient des fresques des IIe et IIIe siècles gé­né­ra­le­ment in­ter­pré­tées comme des scènes de l’An­cien et du Nou­veau Tes­ta­ment, dont la Frac­tio Pan­is. Cette pein­ture se trouve sur la face de la voûte juste au-des­sus du tom­beau de l’au­tel, sur le­quel le sa­cre­ment de l’Eu­cha­ris­tie était célébré.

Quatre hommes et trois femmes se tiennent au­tour d’une table pour cé­lé­brer l’eu­cha­ris­tie. Six d’entre eux sont cou­chés, comme le fai­saient les an­ciens pen­dant leurs re­pas, mais la sep­tième per­sonne, une fi­gure bar­bue, est as­sise un peu à l’é­cart à l’ex­tré­mi­té de la table. Sa tête est re­je­tée en ar­rière, il tient un pain dans ses mains, et ses bras éten­dus de­vant lui montrent qu’il est en train de le rompre. Sur la table juste de­vant lui se trouve une coupe à deux anses. Plus loin sur la table, il y a deux grands plats, l’un conte­nant deux pois­sons, l’autre cinq pains. À chaque ex­tré­mi­té de l’i­mage de chaque cô­té, nous re­mar­quons des pa­niers rem­plis de pains - quatre pa­niers à une ex­tré­mi­té, trois à l’autre.

Dans la li­tur­gie, la Frac­tio pan­is est le rite de la rup­ture du pain sa­cra­men­tel lors de la cé­lé­bra­tion eu­cha­ris­tique avant sa dis­tri­bu­tion aux fidèles.