Pen­te­côte et Shavou’ot : la même fête ?

Pier­lui­gi da Pa­les­tri­na (~1525-1594), Ve­ni Sancte Spi­ri­tus
The Choir of King’s Col­lege, Cambridge

Don de l’Es­prit
Bi­blio­thèque apos­to­lique, Vatican

Ac 2, 1-4
1 Quand ar­ri­va le jour de la Pen­te­côte, au terme des cin­quante jours, ils se trou­vaient réunis tous en­semble.
Sou­dain un bruit sur­vint du ciel comme un violent coup de vent : la mai­son où ils étaient as­sis en fut rem­plie tout en­tière.
Alors leur ap­pa­rurent des langues qu’on au­rait dites de feu, qui se par­ta­geaient, et il s’en po­sa une sur cha­cun d’eux.
Tous furent rem­plis d’Esprit Saint : ils se mirent à par­ler en d’autres langues, et cha­cun s’exprimait se­lon le don de l’Esprit.
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Une fête chré­tienne au cœur d’une fête juive
Comme l’in­dique très clai­re­ment le texte des Actes des apôtres, le don de l’Es­prit-Saint se dé­roule le jour de la Pen­te­côte juive (Sha­vouot). Or, dans la tra­di­tion juive, c’est pen­dant cette fête qu’on cé­lèbre le don de la To­rah (les cinq pre­miers livres de l’An­cien Tes­ta­ment), cin­quante jours après la Pâque juive (Pes­sah’) où l’on vient de cé­lé­brer la sor­tie d’Égypte.

Les évé­ne­ments du Nou­veau Tes­ta­ment qui vont de­ve­nir des fêtes chré­tiennes s’ins­crivent donc dans le moule des fêtes juives : La mort et la ré­sur­rec­tion de Jé­sus ont lieu au mo­ment de la Pâque juive (Pes­sah’). Le don de l’Es­prit-Saint qui don­ne­ra la fête de la Pen­te­côte a lieu au mo­ment de Sha­vouot.

Pen­te­côte et Sha­vouot dans un mi­roir
Avec Sha­vouot, les Juifs font mé­moire du don des tables de la loi au Mont Si­naï qui in­ter­vient après la li­bé­ra­tion phy­sique de l’es­cla­vage en Égypte.

Cette fête juive nous aide à voir ce qui se joue lorsque les dis­ciples re­çoivent l’Es­prit-Saint à Jé­ru­sa­lem : Comme les Hé­breux ont été li­bé­rés de l’Égypte, les dis­ciples sont été li­bé­rés de l’an­goisse de la mort par la mort et la ré­sur­rec­tion du Christ qui les ouvre à la vie éter­nelle.
Comme les Hé­breux ont re­çu une loi ins­crite sur des tables de pierre, les dis­ciples re­çoivent une loi in­té­rieure, celle de l’Es­prit-Saint qui ir­rigue leur vie pour qu’ils rayonnent de cette nou­velle es­pé­rance au­près de tous les hommes.

Le Pre­mier Tes­ta­ment nous parle d’une li­bé­ra­tion tem­po­relle et d’une loi de vie pour ce pas­sage ter­restre. Le Nou­veau Tes­ta­ment évoque une li­bé­ra­tion de la mort et une loi in­té­rieure pour ai­der le croyant à vivre d’ores et dé­jà de cette vie éter­nelle lors de son sé­jour sur Terre.

Un ma­riage de feu de Dieu
Dans la tra­di­tion chré­tienne, l’Église naît le jour de la Pen­te­côte quand Dieu en­voie le feu de son Es­prit-Saint sur son peuple. Le peuple de Dieu, l’Église, de­vient alors un corps vi­vant d’un même esprit.

Or, dans toute la Bible, l’al­liance de Dieu et de l’­homme est sym­bo­li­sée par les épou­sailles. On trouve ce thème dans la tra­di­tion juive où le rou­leau de la To­rah est ap­pe­lé ke­tou­bah (contrat de mariage).

Ve­ni Sancte Spi­ri­tus
et emitte cae­li­tus
lu­cis tuae radium.

Ve­ni pa­ter pau­pe­rum,
ve­ni da­tor mu­ne­rum,
ve­ni lu­men cordium.

Conso­la­tor op­time,
dul­cis hospes ani­mae,
dulce re­fri­ge­rium.

In la­bore re­quies,
in aes­tu tem­pe­ries,
in fle­tu solacium.

O lux bea­tis­si­ma,
reple cor­dis in­ti­ma
tuo­rum fidelium.

Sine tuo nu­mine
ni­hil est in ho­mine,
ni­hil est innoxium.

La­va quod est sor­di­dum,
ri­ga quod est ari­dum,
sa­na quod est saucium.

Flecte quod est ri­gi­dum,
fove quod est fri­gi­dum,
rege quod est devium.

Da tuis fi­de­li­bus
in te confi­den­ti­bus
sa­crum septenarium.

Da vir­tu­tis me­ri­tum,
da sa­lu­tis exi­tum,
da per­enne gaudium.

Viens, Es­prit-Saint, en nos cœurs,
et en­voie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres,
viens, dis­pen­sa­teur des dons,
viens, lu­mière de nos cœurs.

Conso­la­teur sou­ve­rain,
hôte très doux de nos âmes
adou­cis­sante fraîcheur.

Dans le la­beur, le re­pos,
dans la fièvre, la fraî­cheur,
dans les pleurs, le réconfort.

O lu­mière bien­heu­reuse,
viens rem­plir jus­qu’à l’in­time
le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puis­sance di­vine,
il n’est rien en au­cun homme,
rien qui ne soit altéré.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
gué­ris ce qui est blessé.

As­sou­plis ce qui est raide,
ré­chauffe ce qui est froid,
rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient
donne tes sept dons sacrés.

Donne mé­rite et ver­tu,
donne le sa­lut fi­nal,
donne la joie éternelle.