Les mots pour le dire. Ber­ger, נֹקֵד, ποιμήν

Le bon ber­ger (~225)
Ca­ta­combe de Pris­cille, Rome

Hé­breu : נֹקֵד (no­qued) ou רֹאֶה (ro’eh)
Grec : ποιμήν (poi­mèn)

Au sens propre, les ber­gers s’occupent de trou­peaux. Par­fois, ils sont pro­prié­taires de leurs bre­bis, mais la plu­part des ber­gers sont en­ga­gés pour s’occuper des trou­peaux des autres. Leur tâche est de trou­ver des points d’eau et de cher­cher des en­droits de pâ­tu­rage pour les ani­maux. Ils doivent aus­si pro­té­ger le trou­peau contre les loups ou les vo­leurs. Ils sont donc ar­més d’une fronde, d’un bâ­ton ou d’une autre arme. S’ils perdent un ani­mal, ils doivent dé­dom­ma­ger le pro­prié­taire (Gn 31, 39 et Ex 22, 9-12). 

Au Proche-Orient an­cien, les rois sont sou­vent sym­bo­li­sés par la fi­gure du ber­ger. Les chefs d’Israël sont un bon exemple, puisqu’on les qua­li­fie de ber­gers du peuple (Jr 3, 15 et Ps 78, 70). Lorsqu’ils ne jouent pas leur rôle cor­rec­te­ment, le peuple se trouve comme un trou­peau sans ber­ger ou comme des bre­bis aban­don­nées dans la montagne.

Plu­sieurs per­son­nages bi­bliques im­por­tants dont Moïse et Da­vid ont été ber­gers dans leur jeu­nesse. Ce mé­tier les a pré­pa­rés à de­ve­nir les res­pon­sables d’un peuple, eux qui étaient res­pon­sables d’un troupeau.

Dieu lui-même est ap­pe­lé « ber­ger » puisqu’il est le pro­tec­teur de son peuple : il le ras­semble dans son pays, le nour­rit et le pro­tège du dan­ger. Le psaume 23 est un bon exemple : Le Sei­gneur est mon ber­ger, je ne man­que­rai de rien. Il me met au re­pos dans des prés d’­herbe fraîche, il me conduit au calme près de l’eau. Il ra­nime mes forces, il me guide sur la bonne voie, parce qu’il est le ber­ger d’Is­raël. Même si je passe par la val­lée obs­cure, je ne re­doute au­cun mal, Sei­gneur, car tu m’ac­com­pagnes. Tu me conduis, tu me dé­fends, voi­là ce qui me ras­sure… (Ps 23, 1-4).

Cy­rus, un roi Perse est qua­li­fié de Ber­ger du Sei­gneur (Is 44, 28) puisqu’il a per­mis au peuple d’Israël en exil à Ba­by­lone de re­ve­nir à Jérusalem.

Le mes­sie se­ra le seul ber­ger d’Israël à la place des mau­vais ber­gers. En Ézé­chiel 34, 23, le Sei­gneur dé­clare qu’il sus­ci­te­ra un nou­veau pas­teur qui comme Da­vid se­ra le mes­sie de son peuple.

Les évan­giles qua­li­fient Jé­sus de ber­ger, car pour les chré­tiens, il est le mes­sie, tant at­ten­du. Le bon pas­teur est dé­crit dans la pa­ra­bole en Jn 10, 11-18.

Dans les pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes, les mi­nistres sont par­fois ap­pe­lés pas­teurs. En par­ti­cu­lier, les épi­scopes (évêques) ont la charge de veiller sur la com­mu­nau­té comme un ber­ger sur son trou­peau (Ac 20, 29 ; 1P 5, 2).

L’Évangile de Luc place un groupe de ber­gers comme les pre­miers à rendre vi­site au bé­bé Jé­sus. Pro­ba­ble­ment que Luc en parle parce que les ber­gers sont pauvres et vivent en marge de la com­mu­nau­té. Ce texte met alors l’accent sur l’humilité de la nais­sance de Jé­sus dans une crèche au­près des ber­gers. Ce sont les plus pe­tits, les plus pauvres, les ex­clus qui sont les pre­miers à re­ce­voir la ré­vé­la­tion qu’un sau­veur est né. Cette in­ter­pré­ta­tion se confirme par la suite de l’évangile où l’on voit Jé­sus exer­cer son mi­nis­tère au­près des ex­clus de toutes sortes. 

Sé­bas­tien Doane, exé­gète
© In­ter­bible 2009