Marc Cha­gall. Les douze tri­bus d’Israël

Sh’­ma Israel
Azi Schwarzt, chantre 

Marc Cha­gall (1887-1985)
De l’esquisse au vitrail
Vitraux de la Syna­gogue de l’hôpital uni­ver­si­taire Hadas­sah, Ein Kerem
24 litho­gra­phies (1962), 12 vitraux (1962)


Les douze tri­bus sont décrites au livre de la Genèse 49, 1-27 

I. Ruben

Gn 49, 1-4
1 Jacob appe­la ses fils et dit : « Assem­blez-vous ! Je veux vous dévoi­ler ce qui vous arri­ve­ra dans les temps à venir. 2 Ras­sem­blez-vous, écou­tez, fils de Jacob, écou­tez Israël, votre père. 3 Toi, Ruben, mon pre­mier-né, ma force, les pré­mices de ma viri­li­té, débor­dant de fier­té, débor­dant d’énergie, 4 tor­rent impé­tueux, ne déborde plus, toi qui es mon­té sur le lit de ton père et, en y mon­tant, tu l’as profané.

Ruben ( ראובן - Voyez un fils), fils aîné de Jacob et de Léa.

Domi­né par le bleu, le vitrail de Ruben, pre­mier-né des frères, « tra­duit une confu­sion entre les mondes aqua­tique et aérien. Les oiseaux semblent naître de l’écume, rap­pe­lant que toute vie vient de la mer ». Avec les pois­sons, ils sym­bo­lisent « l’abondance et la fécondité ».


II et III. Siméon et Lévi

Gn 49, 5-7
5 Siméon et Lévi sont bien frères : leurs cou­teaux sont des ins­tru­ments de vio­lence ! 6 Que je ne par­ti­cipe pas à leur conseil, que je ne rejoigne pas leur assem­blée ! Car, dans leur colère, ils ont mas­sa­cré des hommes, dans leur fré­né­sie, ils ont muti­lé des tau­reaux. 7 Mau­dite soit leur colère, car elle est vio­lente, et leur fureur, car elle est dure ! Je les démem­bre­rai en Jacob, je les dis­per­se­rai en Israël.

Siméon (שמעון - Qui est exau­cé), second fils de Jacob et de Léa. Avec son frère Lévi, il venge le viol de leur sœur Dinah par le prince de Sichem en pas­sant au fil de l’é­pée tous les hommes de la ville. Leur père ne leur par­don­ne­ra jamais cette violence.

D’un bleu sombre, « le vitrail de Siméon impose une atmo­sphère de for­fait nocturne ».

Lévi ( לוי - Reclus), troi­sième fils de Jacob et de Léa.
La tri­bu n’a pas droit à la terre pro­mise. C’est une famille de prêtres. Moïse est un descendant.

Le fond jaune or du vitrail de Lévi « sou­ligne un cer­tain rayon­ne­ment et la noblesse d’un culte qui a éclai­ré le peuple juif à tra­vers les temps ». C’est la « fonc­tion sym­bo­lique d’enseignement et de trans­mis­sion, per­pé­tuant la mémoire » que Cha­gall pri­vi­lé­gie dans les phrases figu­rant sur les Tables de la Loi.


IV. Juda

Gn 49, 8-12
8 Juda, à toi, tes frères ren­dront hom­mage, ta main fera plier la nuque de tes enne­mis et les fils de ton père se pros­ter­ne­ront devant toi. 9 Juda est un jeune lion. Tu remontes du car­nage, mon fils. Il s’est accrou­pi, il s’est cou­ché comme un lion ; ce fauve, qui le fera lever ? 10 Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de com­man­de­ment, à sa des­cen­dance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pou­voir appar­tient, à qui les peuples obéi­ront. 11 Il attache à la vigne son ânon, au cep, le petit de son ânesse. Il foule dans le vin son vête­ment, dans le sang des rai­sins, son man­teau. 12 Ses yeux brillent plus que le vin, ses dents sont plus blanches que le lait.

Juda ( יְהוּדָה  - Le loué), du verbe yadah יָדָה (louer, célé­brer, rendre grâce à Dieu). Qua­trième fils de Jacob.

Le vitrail de Juda sur­prend par le rouge vif. De la tri­bu de Juda, sont sor­tis les rois d’Is­raël, de la lignée de David. Des mains sou­tiennent ou bénissent une cou­ronne, royale ou céleste. A Juda est par­fois asso­ciée une pierre pré­cieuse sur le pec­to­ral du grand prêtre. Les tra­duc­tions de l’hé­breu de cette gemme varient. L’une de ces tra­duc­tions est escar­boucle (gre­nat).


V. Zabu­lon

Gn 49, 13
13 Zabu­lon habi­te­ra au bord de la mer. Il voya­ge­ra à bord des vais­seaux et ses confins tou­che­ront à Sidon.

Zabu­lon (זבולון - Pas­ser la nuit, cou­ler), sixième fils de Léa, femme de Jacob, et dixième fils du patriarche.

En sym­bioses chro­ma­tique et spi­ri­tuelle, « trem­pé dans les cou­leurs d’un soleil cou­chant sur la mer, le vitrail de Zabu­lon com­mu­nique la fièvre des voyages ». Les pois­sons y sym­bo­lisent l’abondance et la prospérité.


VI. Issa­kar

Gn 49, 14-15
14 Issa­kar est un âne robuste, accrou­pi entre deux enclos. 15 Il constate que le repos est agréable et le pays, plai­sant. Il tend l’échine au far­deau : il est bon pour la cor­vée d’esclave.

Issa­kar ( יִשָּׂשׁכָר - Homme de récom­pense), neu­vième fils de Jacob et cin­quième des sept enfants de Léa. Léa voyait en ce fils la récom­pense que lui don­nait YHVH parce qu’elle était sté­rile à l’é­poque : « Et Léa dit : Dieu m’a don­né mon salaire (שְׂכָרִי, SKRY, Seka­ri), parce que j’ai don­né ma ser­vante à mon mari. Et elle appe­la son nom Issa­kar (יִשָּׂשכָר).»

« Le vert tendre du vitrail de Issa­char accen­tue le carac­tère cham­pêtre de la com­po­si­tion, plus prin­ta­nier que le vert olive d’Asher mar­quant lui le temps des récoltes ». Issa­char, qui apporte « la féli­ci­té », est voué à l’étude de la Torah. Cette spi­ri­tua­li­té est incar­née par la tente blanche, sym­bole du mont Sinaï. Der­rière, se pro­filent les Tables de la Loi.


VII. Dan

Gn 49, 16-18
16 Dan juge­ra son peuple comme l’une des tri­bus d’Israël. 17 Que Dan soit un ser­pent sur la route, une vipère sur le sen­tier, qui mord le che­val au talon, et son cava­lier tombe à la ren­verse ! 18 En ton salut, j’espère, Seigneur !

Dan (דן - Jus­tice, juge et Dieu), cin­quième fils de Jacob et de Bil­ha, ser­vante de Rachel qui est alors stérile.

Dans le vitrail de Dan, « l’équilibre qu’assure le chan­de­lier à trois branches ren­voie allé­go­ri­que­ment au motif de la balance, sym­bole uni­ver­sel de la jus­tice. L’enroulement du ser­pent autour du chan­de­lier per­met à Cha­gall de sou­li­gner la double nature de Dan - juge et jus­ti­cier - tout en ren­voyant aux autres conno­ta­tions bibliques : ser­pent du Jar­din d’Eden enrou­lé autour de l’arbre de la connais­sance du bien et du mal ».


VIII. Gad

Gn 49, 19
19 Gad, des atta­quants l’attaquent, et lui, il porte l’attaque au talon.

Gad (גד - Bon­heur), sep­tième fils de Jacob et pre­mier fils de la ser­vante de son épouse Léa, Zil­pa : Léa, s’é­tant trou­vée dans l’in­ca­pa­ci­té d’en­fan­ter, don­na Zil­pa pour femme à Jacob.

C’est de la vio­lence des com­bats que semble réson­ner le vitrail de Gad, « bou­clier adven­tice, guer­rier assailli et témé­raire », s’enhardissant dans les lignes ennemies.


IX. Asher

Gn 49, 20
20 Asher : son pain est savou­reux, il four­nit des mets de roi.

Asher (אָשֵׁר - Bon­heur), hui­tième fils de Jacob et de Zil­pa, ser­vante de Léa, la pre­mière épouse de Jacob. Il est à l’o­ri­gine d’une des douze tri­bus d’Is­raël errant dans le désert du Sinaï après la sor­tie d’Égypte.

C’est la paix qui émane du vitrail de Asher. La fonc­tion nour­ri­cière de celui-ci - en huile pour les autres tri­bus, le Palais et le Temple - induit la place pré­do­mi­nante de l’olivier : par la cou­leur verte et par les branches feuillues et char­gées de fruits. Du bas vers le haut, se super­posent les objets rituels, dont le chan­de­lier à sept branches du Temple de Jéru­sa­lem, la sou­ve­rai­ne­té royale et mes­sia­nique ain­si que la colombe de la paix universelle.


X. Neph­ta­li

Gn 49, 21
21 Neph­ta­li est une biche en liber­té qui donne de beaux petits faons.

Neph­ta­li (נַפְתָּלִי - Mon com­bat), sixième fils de Jacob et second fils de sa troi­sième épouse Bilha.

Sur un fond jaune, Neph­ta­li, cerf-biche, repose près d’une col­line habi­tée, le mont Tha­bor. Volette un oiseau rouge et bleu - un coq ? ‚- pro­tec­teur ou menaçant.


XI. Joseph

Gn 49, 22-2422 C’est une plante fer­tile, que Joseph, une plante fer­tile près d’une source. Ses branches fran­chissent le mur. 23 Ils l’ont exas­pé­ré, ils l’ont pris pour cible, ils l’ont per­sé­cu­té, ceux qui lancent des flèches. 24 Mais son arc est demeu­ré ferme.

Joseph ( יוֹסֵף - Dieu ajou­te­ra), fils de Jacob et pre­mier enfant de Rachel.

Dans le vitrail de Joseph, en des jaunes-oran­gers, Cha­gall exalte la « ver­tu répa­ra­trice et uni­fi­ca­trice res­tau­rant la fra­ter­ni­té per­due » ain­si que l’abondance.


XII. Ben­ja­min

Gn 49, 27
27 Ben­ja­min est un loup qui déchire ; le matin, il dévore la proie ; le soir, il par­tage le butin.

Ben­ja­min (בְנְיָמִין‏‎‎‎ְ, - Fils des vieux jours), der­nier fils de Jacob et de Rachel. Elle meurt à l’accouchement.

Le vitrail de Ben­ja­min baigne dans une ambiance noc­turne bleu­tée : la fleur cen­trale, Israël, ne sera pas vain­cue par les ani­maux mena­çants qui l’entourent.