Angelus Domini nuntiavit Mariae 1
The Daugther’s of Mary

El Greco (1541-1614)
L’Annonciation (1596-1600)
A l’origine panneau central inférieur,
retable de Doña María de Aragón,
chapelle du Collège de l’Incarnation, Madrid
Musée du Prado, Madrid
Une Annonciation qui est une scène céleste
Cette Annonciation est l’une des œuvres où El Greco accomplit le plus radicalement la transformation du récit biblique en vision spirituelle.
À première vue, nous reconnaissons les éléments traditionnels : Marie, Gabriel, le livre, le panier à ouvrage, la colombe de l’Esprit Saint. Mais El Greco fait presque disparaître le monde matériel. L’architecture elle-même semble n’être qu’une mince membrane traversée par le ciel.
La scène n’est donc pas exactement représentée comme un événement qui arrive dans une chambre : elle semble plutôt se produire dans un espace où le ciel fait irruption dans la terre.

Gabriel : une apparition
À droite, l’archange Gabriel descend littéralement du ciel. Son corps est extraordinairement allongé et paraît presque dépourvu de poids. Il ne marche pas véritablement : il glisse sur un nuage. Son immense aile et son vêtement doré produisent une impression de mouvement ascendant et descendant à la fois. Gabriel appartient au monde céleste et semble faire irruption dans l’espace terrestre. Son geste vers Marie est à la fois un geste d’annonce et de bénédiction. Le corps du messager est comme traversé par la lumière : El Greco fait de l’ange une forme de lumière incarnée.

La colombe : le véritable centre théologique
Le personnage le plus important n’est peut-être ni Marie ni Gabriel. C’est la colombe du Saint-Esprit, placée dans la zone centrale. Une lumière presque surnaturelle descend avec elle. La colombe constitue le lien entre le monde supérieur et le monde inférieur. Elle est précisément placée dans cet espace intermédiaire où les deux mondes se rencontrent. Le Prado souligne que l’Esprit Saint apparaît sous la forme de la colombe et qu’il représente l’incarnation du Christ dans Marie. La lumière est théologique.

Le ciel devient musique
Dans la partie supérieure, une multitude d’anges apparaît dans un espace de nuées et de lumière. L’Annonciation devient une liturgie cosmique. La terre semble assister silencieusement à ce que le ciel célèbre déjà. C’est comme si le tableau nous faisait entendre ce que les personnages terrestres ne peuvent pas entendre : la musique du ciel au moment où Dieu entre dans le monde.

La perspective traditionnelle est presque détruite
El Greco ne construit pas un espace rationnel dans lequel les personnages pourraient réellement se déplacer. Les plans sont comprimés, les proportions sont volontairement instables, les corps s’allongent, les nuées envahissent l’architecture. Le sol et les éléments architecturaux subsistent, mais ils ne suffisent plus à définir un espace réel.
Le tableau semble ainsi posséder deux dimensions simultanées : un monde terrestre : Marie, le pupitre, le livre, le panier ; un monde céleste : Gabriel, la colombe, les anges et la lumière. Et surtout, ces deux mondes ne sont pas séparés. Ils se pénètrent. C’est ce qui donne à cette Annonciation sa puissance mystique.
Le paradoxe des couleurs
La palette est caractéristique du Greco : des couleurs intenses, froides et lumineuses, violets, bleus, verts, rouges et ors, opposés à des zones extrêmement sombres. La couleur spiritualise les objets. Le manteau de Marie, par exemple, devient presque une masse précieuse qui contraste avec l’obscurité environnante. Le vêtement doré de Gabriel semble appartenir à un autre ordre de réalité. La couleur fait ressentir la présence du surnaturel.
Cette Annonciation est la peinture d’un instant où, soudain, le ciel et la terre cessent d’être deux mondes séparés.
1 Angelus Domini nuntiavit Mariæ.
Et concepit de Spiritu Sancto.
Ave Maria, gratia plena,
Dominus tecum,
benedicta tu in mulieribus,
et benedictus fructus ventris tui Iesus.
Sancta Maria mater Dei,
ora pro nobis peccatoribus,
nunc, et in hora mortis nostrae.
Amen.
« Ecce ancilla Domini. »
«Fiat mihi secundum Verbum tuum. »
Ave Maria
Et Verbum caro factum est.
Et habitavit in nobis.
Ave Maria
Ora pro nobis, Sancta Dei Genetrix.
Ut digni efficiamur promissionibus Christi.
Oremus
Gratiam tuam quæsumus, Domine,
mentibus nostris infunde ;
ut qui, angelo nuntiante,
Christi Filii tui incarnationem cognovimus,
per passionem eius et crucem,
ad resurrectionis gloriam perducamur.
Per eumdem Christum Dominum nostrum.
Amen.
L’ange du Seigneur annonça à Marie.
Et elle conçut du Saint-Esprit.
Réjouis-toi, Marie, comblée de grâce,
le Seigneur est avec toi,
tu es bénie entre toutes les femmes
et Jésus, le fruit de ton sein, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
prie pour nous, pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
« Voici la servante du Seigneur. »
«Qu’il me soit fait selon ta parole. »
Réjouis-toi, Marie
Et le Verbe s’est fait chair.
Et il a habité parmi nous.
Réjouis-toi, Marie
Prie pour nous, sainte mère de Dieu.
Que nous soyons dignes des promesses du Christ.
Prions
Daigne, Seigneur, répandre
ta grâce dans nos âmes,
afin qu’ayant connu par la voix de l’ange
l’incarnation de ton Fils Jésus Christ
nous puissions par sa passion et par sa croix
parvenir à la gloire de sa résurrection.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Amen.
