El Gre­co. L’An­non­cia­tion (1597-1600)

An­ge­lus Do­mi­ni nun­tia­vit Ma­riae 1
The Daug­ther’s of Mary

El Gre­co (1541-1614)
L’An­non­cia­tion (1596-1600)
A l’o­ri­gine pan­neau cen­tral in­fé­rieur,
re­table de Doña María de Aragón,
cha­pelle du Col­lège de l’In­car­na­tion, Ma­drid
Mu­sée du Pra­do, Madrid

Une An­non­cia­tion qui est une scène cé­leste
Cette An­non­cia­tion est l’une des œuvres où El Gre­co ac­com­plit le plus ra­di­ca­le­ment la trans­for­ma­tion du ré­cit bi­blique en vi­sion spirituelle. 

À pre­mière vue, nous re­con­nais­sons les élé­ments tra­di­tion­nels : Ma­rie, Ga­briel, le livre, le pa­nier à ou­vrage, la co­lombe de l’Es­prit Saint. Mais El Gre­co fait presque dis­pa­raître le monde ma­té­riel. L’ar­chi­tec­ture elle-même semble n’être qu’une mince mem­brane tra­ver­sée par le ciel.

La scène n’est donc pas exac­te­ment re­pré­sen­tée comme un évé­ne­ment qui ar­rive dans une chambre : elle semble plu­tôt se pro­duire dans un es­pace où le ciel fait ir­rup­tion dans la terre.

Ga­briel : une ap­pa­ri­tion
À droite, l’ar­change Ga­briel des­cend lit­té­ra­le­ment du ciel. Son corps est ex­tra­or­di­nai­re­ment al­lon­gé et pa­raît presque dé­pour­vu de poids. Il ne marche pas vé­ri­ta­ble­ment : il glisse sur un nuage. Son im­mense aile et son vê­te­ment do­ré pro­duisent une im­pres­sion de mou­ve­ment as­cen­dant et des­cen­dant à la fois. Ga­briel ap­par­tient au monde cé­leste et semble faire ir­rup­tion dans l’es­pace ter­restre. Son geste vers Ma­rie est à la fois un geste d’an­nonce et de bé­né­dic­tion. Le corps du mes­sa­ger est comme tra­ver­sé par la lu­mière : El Gre­co fait de l’ange une forme de lu­mière incarnée.

La co­lombe : le vé­ri­table centre théo­lo­gique
Le per­son­nage le plus im­por­tant n’est peut-être ni Ma­rie ni Ga­briel. C’est la co­lombe du Saint-Es­prit, pla­cée dans la zone cen­trale. Une lu­mière presque sur­na­tu­relle des­cend avec elle. La co­lombe consti­tue le lien entre le monde su­pé­rieur et le monde in­fé­rieur. Elle est pré­ci­sé­ment pla­cée dans cet es­pace in­ter­mé­diaire où les deux mondes se ren­contrent. Le Pra­do sou­ligne que l’Es­prit Saint ap­pa­raît sous la forme de la co­lombe et qu’il re­pré­sente l’in­car­na­tion du Christ dans Ma­rie. La lu­mière est théologique.

Le ciel de­vient mu­sique
Dans la par­tie su­pé­rieure, une mul­ti­tude d’anges ap­pa­raît dans un es­pace de nuées et de lu­mière. L’An­non­cia­tion de­vient une li­tur­gie cos­mique. La terre semble as­sis­ter si­len­cieu­se­ment à ce que le ciel cé­lèbre dé­jà. C’est comme si le ta­bleau nous fai­sait en­tendre ce que les per­son­nages ter­restres ne peuvent pas en­tendre : la mu­sique du ciel au mo­ment où Dieu entre dans le monde.

La pers­pec­tive tra­di­tion­nelle est presque dé­truite
El Gre­co ne construit pas un es­pace ra­tion­nel dans le­quel les per­son­nages pour­raient réel­le­ment se dé­pla­cer. Les plans sont com­pri­més, les pro­por­tions sont vo­lon­tai­re­ment in­stables, les corps s’al­longent, les nuées en­va­hissent l’ar­chi­tec­ture. Le sol et les élé­ments ar­chi­tec­tu­raux sub­sistent, mais ils ne suf­fisent plus à dé­fi­nir un es­pace réel. 

Le ta­bleau semble ain­si pos­sé­der deux di­men­sions si­mul­ta­nées : un monde ter­restre : Ma­rie, le pu­pitre, le livre, le pa­nier ; un monde cé­leste : Ga­briel, la co­lombe, les anges et la lu­mière. Et sur­tout, ces deux mondes ne sont pas sé­pa­rés. Ils se pé­nètrent. C’est ce qui donne à cette An­non­cia­tion sa puis­sance mystique.

Le pa­ra­doxe des cou­leurs
La pa­lette est ca­rac­té­ris­tique du Gre­co : des cou­leurs in­tenses, froides et lu­mi­neuses, vio­lets, bleus, verts, rouges et ors, op­po­sés à des zones ex­trê­me­ment sombres. La cou­leur spi­ri­tua­lise les ob­jets. Le man­teau de Ma­rie, par exemple, de­vient presque une masse pré­cieuse qui contraste avec l’obs­cu­ri­té en­vi­ron­nante. Le vê­te­ment do­ré de Ga­briel semble ap­par­te­nir à un autre ordre de réa­li­té. La cou­leur fait res­sen­tir la pré­sence du surnaturel.

Cette An­non­cia­tion est la pein­ture d’un ins­tant où, sou­dain, le ciel et la terre cessent d’être deux mondes séparés.

1 An­ge­lus Do­mi­ni nun­tia­vit Ma­riæ.
Et conce­pit de Spi­ri­tu Sancto.

Ave Ma­ria, gra­tia ple­na,
Do­mi­nus te­cum,
be­ne­dic­ta tu in mu­lie­ri­bus,
et be­ne­dic­tus fruc­tus ven­tris tui Ie­sus.
Sanc­ta Ma­ria ma­ter Dei,
ora pro no­bis pec­ca­to­ri­bus,
nunc, et in ho­ra mor­tis nos­trae.
Amen.

« Ecce an­cil­la Do­mi­ni. »
«Fiat mi­hi se­cun­dum Ver­bum tuum. »

Ave Ma­ria

Et Ver­bum ca­ro fac­tum est.
Et ha­bi­ta­vit in nobis.

Ave Ma­ria

Ora pro no­bis, Sanc­ta Dei Ge­ne­trix.
Ut di­gni ef­fi­cia­mur pro­mis­sio­ni­bus Christi.

Ore­mus
Gra­tiam tuam quæ­su­mus, Do­mine,
men­ti­bus nos­tris in­funde ;
ut qui, an­ge­lo nun­tiante,
Chris­ti Fi­lii tui in­car­na­tio­nem co­gno­vi­mus,
per pas­sio­nem eius et cru­cem,
ad re­sur­rec­tio­nis glo­riam per­du­ca­mur.
Per eum­dem Chris­tum Do­mi­num nos­trum.
Amen.

L’ange du Sei­gneur an­non­ça à Ma­rie.
Et elle conçut du Saint-Esprit.

Ré­jouis-toi, Ma­rie, com­blée de grâce,
le Sei­gneur est avec toi,
tu es bé­nie entre toutes les femmes
et Jé­sus, le fruit de ton sein, est bé­ni.
Sainte Ma­rie, Mère de Dieu,
prie pour nous, pé­cheurs,
Main­te­nant et à l’­heure de notre mort.
Amen.

« Voi­ci la ser­vante du Sei­gneur. »
«Qu’il me soit fait se­lon ta parole. »

Ré­jouis-toi, Marie

Et le Verbe s’est fait chair.
Et il a ha­bi­té par­mi nous.

Ré­jouis-toi, Marie

Prie pour nous, sainte mère de Dieu.
Que nous soyons dignes des pro­messes du Christ.

Prions
Daigne, Sei­gneur, ré­pandre
ta grâce dans nos âmes,
afin qu’ayant connu par la voix de l’ange
l’in­car­na­tion de ton Fils Jé­sus Christ
nous puis­sions par sa pas­sion et par sa croix
par­ve­nir à la gloire de sa ré­sur­rec­tion.
Par Jé­sus, le Christ, notre Sei­gneur.
Amen.