Gregorio Allegri (1582-1652), Miserere a
Choir of New College, Oxford, dir. Edward Higginbottom

El Greco (1541-1614)
La Crucifixion (1596-1600)
Musée du Prado, Madrid
Une croix qui ne pèse plus sur la terre
Le premier étonnement vient de l’extrême verticalité de la composition. Le corps du Christ est étiré, comme si la pesanteur terrestre n’avait plus véritablement prise sur lui. La croix devient moins un instrument de supplice qu’un axe qui relie la terre au ciel.
El Greco allonge volontairement les proportions du corps. Cette déformation n’est donc pas une maladresse anatomique : elle constitue son langage spirituel. Le corps humain semble déjà appartenir à un autre monde.
Le Christ est seul, silencieux, presque souverain. Les bras largement ouverts forment une immense figure d’accueil : celui qui est cloué est en même temps celui qui embrasse l’humanité.

Le visage du Christ
Le visage est particulièrement émouvant. La tête inclinée, les yeux abaissés et l’expression paisible éloignent la scène d’une représentation réaliste de l’agonie. Chez El Greco, la Crucifixion devient la révélation d’une présence. Le corps meurtri conserve une étonnante beauté. La blancheur de la chair, opposée aux ténèbres environnantes, fait apparaître le Christ comme une lumière dans la nuit.
La lumière
La lumière ne semble pas provenir simplement d’une source naturelle. Elle paraît émaner du Christ lui-même. Le corps devient le foyer lumineux de la composition. Le fond sombre fait disparaître presque complètement le monde. Il n’y a plus de paysage susceptible de distraire le regard. Tout converge vers le Crucifié.

Le ciel : un monde en suspension
Autour de la croix, l’espace semble instable. Les nuées forment comme un écran entre le monde visible et le monde invisible. El Greco crée ainsi une atmosphère qui n’est ni terrestre ni véritablement céleste. Le spectateur se trouve dans un espace intermédiaire, au moment précis où la mort du Christ ouvre sur une réalité nouvelle. La Crucifixion est à la fois mort et commencement.
Le paradoxe de la Crucifixion
Ce qui rend l’œuvre si puissante est son paradoxe. Le Christ est cloué, mais il semble libre. Il est mortel, mais il paraît déjà hors du temps. Il est abaissé sur la croix, mais sa figure s’élève. Il est dans l’obscurité, mais il devient lumière. La croix devient ainsi chez El Greco le lieu de la glorification.
Une Crucifixion sans anecdote
La scène est dépouillée de presque tout élément narratif. Pas de foule. Pas de soldats. Pas de gestes théâtraux. Pas de paysage détaillé. Pas de multitude de personnages. Il reste le Christ et la croix. Il ne demeure que cette figure blanche, suspendue entre ciel et terre, entre mort et résurrection.
a Ps 50
3 Miserere mei Deus,
secundum magnam misericordiam tuam,
4 Et secundum multitudinem
miserationum tuarum,
dele iniquitatem meam.
5 Amplius lava me ab iniquitate mea,
et a peccato meo munda me,
6 Quoniam iniquitatem meam ego cognosco,
et peccatum meum contra me est semper.
7 Tibi soli peccavi, et malum coram te feci,
ut justificeris in sermonibus tuis,
et vincas cum judicaris.
8 Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum,
et in peccatis concepit me mater mea,
8 Ecce enim veritatem dilexisti incerta
et occulta sapientiae tuae manifestasti mihi.
9 Asperges me hyssopo et mundabor ;
lavabis me et super nivem dealbabor.
10 Auditui meo dabis gaudium et laetitiam,
et exsultabunt ossa humiliata.
11 Averte faciem tuam a peccatis meis,
et omnes iniquitates meas dele.
12 Cor mundum crea in me Deus,
et spiritum rectum
innova in visceribus meis.
13 Ne projicias me a facie tua,
et Spiritum Sanctum tuum ne auferas a me.
14 Redde mihi laetitiam salutaris tui,
et Spiritu principali confirma me.
15 Docebo iniquos vias tuas
et impii ad te convertentur.
16 Libera me de sanguinibus Deus,
Deus salutis mae,
et exsultabit lingua mea justitiam tuam,
17 Domine, labia mea aperies,
et os meum annuntiabit laudem tuam.
18 Quoniam si voluisses sacrificium,
dedissem utique ;
holocausti non delectaberis.
19 Sacrificium Deo
spiritus contribulatus,
cor contritum et humiliatum Deus,
non despicies.
20 Benigne fac, Domine,
in bona voluntate tua Sion,
ut aedificetur muri Jerusalem.
21 Tunc acceptabis sacrificium justitiae, oblationes et holocausta ;
tunc imponent super altare tuum vitulos.
Gloria Patri, et Filio,
et Spiritui Sancto,
sicut erat in principio,
et nunc et semper
et in saecula saeculorum.
Amen.
3 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
4 Lave-moi tout entier
de ma faute,
purifie-moi de mon offense.
5 Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
6 Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Ainsi, tu peux parler
et montrer ta justice,
être juge et montrer ta victoire.
7 Moi, je suis né dans la faute,
j’étais pécheur dès le sein de ma mère.
8 Mais tu veux au fond de moi la vérité ;
dans le secret, tu m’apprends la sagesse.
9 Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ;
lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.
10 Fais que j’entende les chants et la fête :
ils danseront, les os que tu broyais.
11 Détourne ta face de mes fautes,
enlève tous mes péchés.
12 Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis
au fond de moi mon esprit.
13 Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.
14 Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
15 Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.
16 Libère-moi du sang versé,
Dieu, mon Dieu sauveur,
et ma langue acclamera ta justice.
17 Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.
18 Si j’offre un sacrifice,
tu n’en veux pas,
tu n’acceptes pas d’holocauste.
19 Le sacrifice qui plaît à Dieu,
c’est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu,
un cœur brisé et broyé.
20 Accorde, Seigneur,
à Sion le bonheur,
relève les murs de Jérusalem.
21 Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ;
alors on offrira des taureaux sur ton autel.
Gloire au Père, et au Fils,
et au Saint-Esprit,
comme il était au commencement,
maintenant et toujours
et pour les siècles des siècles.
Amen.
