Saint Au­gus­tin. La Trans­fi­gu­ra­tion du Christ

Qui­cumque Chris­tum quae­ri­tis, hymne de la Trans­fi­gu­ra­tion
© Moines de l’Ab­baye Notre-Dame, Fontgombault

Trans­fi­gu­ra­tion (~1266)
Évan­gé­liaire à l’usage de Cam­brai
BM Cam­brai

Le Sei­gneur Jé­sus de­vint brillant comme le so­leil, et ses vê­te­ments, blancs comme la neige, et Moïse et Elle s’en­tre­te­naient avec lui (cf. Mt 17, 2-3).

Té­moin de ce spec­tacle, Pierre, en homme qu’il était, eut des pen­sées hu­maines. Il dit : « Sei­gneur, il nous est bon d’être ici ! » Las de vivre au mi­lieu de la foule, il avait trou­vé la so­li­tude sur la mon­tagne, où son âme se nour­ris­sait du Christ. Pour­quoi quit­ter ce lieu pour al­ler vers les fa­tigues et les peines, puis­qu’il brû­lait pour Dieu d’un saint amour et, par le fait même, sanc­ti­fiait sa vie ? Il vou­lait ce bon­heur pour lui, si bien qu’il ajou­ta : « Si tu le veux, fai­sons ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. » (Mt 17, 4)

Le Sei­gneur ne ré­pon­dit rien à ce­la, et pour­tant Pierre ob­tint une ré­ponse. En ef­fet, tan­dis qu’il par­lait, une nuée lu­mi­neuse ap­pa­rut et les cou­vrit de son ombre. Pierre dé­si­rait trois tentes : la ré­ponse ve­nue du ciel mon­tra que nous n’en avons qu’une, que l’es­prit hu­main vou­lait pour­tant di­vi­ser. Le Verbe de Dieu est le Christ, le Verbe de Dieu est dans la Loi, le Verbe de Dieu est dans les Pro­phètes. Pour­quoi, Pierre, cherches-tu à le di­vi­ser ? Tu de­vrais plu­tôt unir. Tu de­mandes trois tentes : com­prends qu’il n’y en a qu’une.

Au mo­ment donc où la nuée les en­ve­lop­pa tous, et for­ma pour ain­si dire une seule tente au-des­sus d’eux, une voix en sor­tit et ils en­ten­dirent ces pa­roles : « Ce­lui-ci est mon Fils bien-aimé. »

Moïse était là, Élie aus­si était là, mais la voix ne dit point : « Ceux-ci sont mes fils bien-ai­més. » Car autre chose est d’être le Fils unique ; autre chose, des en­fants adop­tifs. Ce­lui que la voix ré­vé­lait est ce­lui dont la Loi et les Pro­phètes se glo­ri­fiaient. « Ce­lui-ci, di­sait-elle, est mon Fils bien-ai­mé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écou­tez-le. » (Mt 17, 5) Car vous l’a­vez écou­té dans les Pro­phètes, vous l’a­vez écou­té dans la Loi, et où ne l’a­vez-vous pas en­ten­du ? À ces mots, les dis­ciples tom­bèrent à terre.

Ce­ci nous fait dé­jà com­prendre que le Royaume de Dieu est pré­sent dans l’É­glise. Le Sei­gneur était là, la Loi et les Pro­phètes étaient là. Mais le Sei­gneur y était comme Sei­gneur. La Loi était re­pré­sen­tée par Moïse, la Pro­phé­tie par Élie. Mais tous deux se trou­vaient là comme ser­vi­teurs et mi­nistres. Ils étaient comme des ré­ci­pients, le Sei­gneur comme la source. Moïse et les Pro­phètes par­laient et écri­vaient, mais c’é­tait lui qui les rem­plis­sait des pa­roles qu’ils répandaient.

Alors le Sei­gneur ten­dit la main et re­mit ses dis­ciples de­bout. Puis « ils ne virent plus que Jé­sus seul. » (Mt 17,8) En tom­bant à terre, les Apôtres sym­bo­lisent notre mort, car il a été dit à la chair : « Tu es pous­sière et tu re­tour­ne­ras à la pous­sière. » (Gn 3, 19) Mais, en les re­le­vant, le Sei­gneur sym­bo­lise la ré­sur­rec­tion. Et, après la ré­sur­rec­tion, à quoi te sert la Loi ? A quoi te sert la Pro­phé­tie ? Dès lors Élie dis­pa­raît, et Moïse dis­pa­raît. Ce qui te reste, c’est : « Au com­men­ce­ment était le Verbe, et le Verbe était au­près de Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1, 1) Le Verbe te reste « pour que Dieu soit tout en tous. » (1Co 15, 28)

Des­cends, Pierre. Tu dé­si­rais te re­po­ser sur la mon­tagne. Voi­ci que le Sei­gneur lui-même te dit : « Des­cends pour pei­ner et ser­vir en ce monde, pour être mé­pri­sé et cru­ci­fié en ce monde. » La vie est des­cen­due pour être mise à mort, le pain est des­cen­du pour en­du­rer la faim, la voie est des­cen­due pour se fa­ti­guer sur le che­min, la source est des­cen­due pour en­du­rer la soif, et toi, tu re­fuses de souf­frir ? Ne cherche pas ton pro­fit. Pra­tique la cha­ri­té, an­nonce la vé­ri­té. Tu par­vien­dras alors à l’im­mor­ta­li­té, et, avec elle, tu trou­ve­ras la paix.

Ho­mé­lie de saint Au­gus­tin (354-430), Ser­mon 78, 2-6 ; PL 38, 490-493

Vous tous qui cher­chez le Christ,
por­tez en haut vos re­gards :
là, vous pour­rez contem­pler
l’image de la gloire éternelle.

Nous voyons quelque chose de ra­dieux,
qui ne sau­rait souf­frir de fin,
su­blime, in­com­pa­rable, in­fi­ni,
an­té­rieur au ciel et au chaos.

C’est Lui, le Roi des Na­tions,
le Roi du peuple juif,
pro­mis au père Abra­ham
et à sa pos­té­ri­té, pour toujours.

Les Pro­phètes l’ont an­non­cé
et en même temps dé­peint,
son Père lui rend aus­si té­moi­gnage,
et nous in­vite à écou­ter et à croire.

Gloire à toi, Sei­gneur,
qui t’es ma­ni­fes­té en ce jour,
comme au Père et à l’Esprit-Saint,
pour les siècles éter­nels.
Amen.

Au­re­lius Pru­den­tius Cle­mens, dit Pru­dence (Sa­ra­gosse 348 - 413)

1 La Trans­fi­gu­ra­tion (Mt 17:1-9, Mc 9:2-10, Lc 9:28-36).
A droite : Jé­sus or­donne à ses dis­ciples de gar­der le si­lence sur la scène.
A gauche : Le Christ est en­tou­ré de man­dorles mul­ti­co­lores (fi­gures en forme d’o­vale ou d’a­mande) d’où sortent huit rayons mar­quant l’é­blouis­se­ment du spec­ta­teur. Le Christ dis­cute avec Élie et Moïse, re­pré­sen­tant la Loi et les Pro­phètes. Les dis­ciples Pierre, Jacques et Jean « tom­bèrent sur leur face et furent sai­sis d’une grande frayeur. »