Ph. Chèvre. L’in­failli­bi­li­té du pape

In­failli­bi­li­té : une des no­tions les plus em­brouillées
Ré­ponse à un frère lu­thé­rien qui pro­clame sa foi en l’infaillibilité de la Pa­role de Dieu

Tout d’abord, ne faut-il pas ré­cu­ser l’adjectif in­faillible au su­jet de tout in­di­vi­du ou de tout écrit ? Dieu seul, dans sa gran­deur in­ac­ces­sible, est infaillible.

In­faillible (qui ne peut [se] trom­per, se­lon le Pe­tit Ro­bert) : un ad­jec­tif at­tri­bué au pape, entre autre, de­puis le Concile Va­ti­can I (1870) et qu’il faut bien comprendre.

Au titre de la pri­mau­té qu’il exerce dans l’église (881-882*), l’évêque de Rome, suc­ces­seur de Pierre, jouit per­son­nel­le­ment de l’indéfectibilité dans l’exercice de son ma­gis­tère (891*) en lien avec l’ensemble des évêques.

Cette in­failli­bi­li­té du pape ne doit être com­prise ni comme le pri­vi­lège d’être as­su­ré contre la ten­ta­tion et le pé­ché, ni comme le gage d’une su­pé­rio­ri­té sur­hu­maine, ni moins en­core comme un droit à tout dire et à dé­ci­der de tout.

Son in­failli­bi­li­té, le pape l’exerce dans des condi­tions pré­cises. L’objet se li­mite au champ de la foi et des mœurs (891,2035 1).

Il y faut le res­pect des formes : il s’agit d’une dé­cla­ra­tion so­len­nelle et pu­blique, des­ti­née à l’Église toute en­tière (ibid.), ce que l’on dé­signe par l’expression ex ca­the­dra. C’est dire que l’exercice de l’infaillibilité pon­ti­fi­cale est peu fré­quent. De­puis la dé­fi­ni­tion du Concile Va­ti­can I qui l’a pro­mul­guée, le pape n’en a usé que pour l’Assomption de la Vierge le 1er no­vembre 1950. Une réa­li­té très simple : l’affirmation que Ma­rie, ayant eu sur cette terre avec Jé­sus, chair de sa chair, une re­la­tion toute spé­ciale – celle d’une mère à son fils – a dans le ciel, c’est-à-dire hors de l’espace et donc du temps, une « place » d’une « qua­li­té » toute particulière.

Le pape ne peut pas être seul à pro­cla­mer une dé­fi­ni­tion dog­ma­tique. Les évêques ras­sem­blés en concile œcu­mé­nique – c’est-à-dire réunis comme re­pré­sen­tants de l’église uni­ver­selle – ont aus­si au­to­ri­té in­faillible pour dé­fi­nir une vé­ri­té de la foi (891*). Mais ils ne peuvent le faire qu’en union et avec l’assentiment du pape. Ce fut le cas au concile Va­ti­can I qui jus­te­ment a pro­cla­mé l’infaillibilité per­son­nelle de l’évêque de Rome, en lien avec l’ensemble des évêques.

Phi­lippe Chèvre (*1951), In­failli­bi­li­té : l’une des no­tions les plus em­brouillées dans l’o­pi­nion pu­blique
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1 Ca­té­chisme de L’Église ca­tho­lique, Guide de lec­ture, Pa­ris 1998