Anonyme XVIIe s. Bransle de village
Le Poème Harmonique, dir. Vincent Dumestre

Pieter Brueghel le Jeune (1564–1638)
Les quatre saisons, Automne (~ 1624 – 1635)
Musée national d’art de Roumanie, Bucarest
Une scène d’automne concrète
Brueghel représente l’automne par le travail des hommes. Le premier plan est occupé par deux activités caractéristiques de la saison : l’abattage du porc et la préparation de la viande et la récolte et la transformation du raisin. Le découpage du porc et la préparation de la viande constituent l’activité principale, tandis que la vendange, le traitement du raisin et la mise à l’abri des provisions se poursuivent dans les plans plus éloignés.

Le premier plan : le cochon
C’est la partie la plus frappante du tableau. Au centre-gauche, plusieurs personnages sont réunis autour d’une table ou d’un établi. Un homme, courbé, travaille directement sur la carcasse du porc. Un autre personnage semble participer à la découpe. La scène est extrêmement physique : le corps de l’animal, les couteaux, les récipients, les bassines, la viande et les gestes penchés des travailleurs. Brueghel ne cherche aucunement à idéaliser cette activité.
Le travail n’est pas représenté comme une activité silencieuse et solitaire. Les personnages parlent, se déplacent, se répondent, travaillent ensemble.
L’automne est ici le moment où l’abondance de l’été doit être transformée en nourriture conservable pour l’hiver. La mort de l’animal appartient au cycle économique et biologique de l’année.

La femme au premier plan : la transformation de la nourriture
Une femme vêtue de blanc et de vert est particulièrement visible au premier plan. Elle se penche au-dessus d’un récipient tandis qu’une autre femme travaille à proximité. Ces personnages féminins sont essentiels parce qu’ils montrent que la récolte ne s’arrête pas au moment où le produit est obtenu. Il faut abattre, découper, nettoyer, cuire et conserver. Chez Brueghel, la saison est un ensemble de gestes humains.

Le tonneau et le raisin : l’autre grande activité
À droite et au centre du tableau apparaissent plusieurs tonneaux et récipients. Ils renvoient au traitement du vin. Le raisin a été récolté ; il faut maintenant le transformer. Cette partie du tableau constitue un deuxième centre d’activité qui répond au groupe de gauche consacré au porc. Brueghel organise donc l’automne autour de deux formes d’abondance.

Les enfants
Tout à gauche, près des adultes, plusieurs enfants sont présents. Ils observent ou participent indirectement aux activités. L’automne n’est pas une activité spécialisée confiée à quelques travailleurs. C’est toute la communauté villageoise qui semble impliquée. Les enfants apprennent ainsi, par leur présence, les gestes fondamentaux de la vie rurale. Brueghel donne à voir une société où le savoir est essentiellement transmis par imitation et participation.

La maison et le personnage perché en hauteur
À l’extrême gauche, une grande construction en bois domine la scène. Un personnage apparaît à l’étage ou dans une ouverture de la maison, occupé à une activité qui semble liée au stockage ou au travail agricole. Ce détail élargit le sens du tableau. L’automne n’est pas seulement la récolte : c’est le moment où l’on met à l’abri ce qui permettra de vivre pendant l’hiver. La maison devient donc presque une image du réservoir de la communauté.
L’arrière-plan : le monde continue
Le spectateur pourrait facilement rester absorbé par le groupe du premier plan. Pourtant, derrière celui-ci, une multitude d’activités se poursuivent. On voit notamment : des personnages occupés aux vendanges et des paniers et des tonneaux. L’œil est constamment invité à voyager du premier plan vers le lointain.

L’église au centre
Une petite église à clocher pointu apparaît au milieu du paysage. Elle est presque minuscule par rapport aux personnages du premier plan, mais elle possède une fonction importante. Elle rappelle que toutes ces activités agricoles se déroulent dans le cadre d’une communauté chrétienne organisée autour du village. Le clocher constitue également un axe vertical qui équilibre les grandes lignes horizontales du paysage. Il donne au monde représenté une sorte de centre spirituel discret.
L’automne est déjà presque l’hiver
Au premier plan, le grand arbre situé derrière la maison possède des branches largement dénudées. Plus loin, en revanche, certains arbres conservent encore leurs feuilles jaunes et brunâtres. Brueghel ne représente pas un automne uniforme. Il représente le moment de transition : la nature est encore riche, mais l’hiver approche déjà. Le grand arbre presque nu devient ainsi une sorte de memento temporel. Le temps passe.
Le cycle est des saisons est conservé intégralement
Les quatre tableaux de Bucarest constituent un cycle complet. La conservation de l’ensemble permet de comprendre beaucoup mieux le projet que lorsqu’une seule saison est isolée.
Ce que raconte véritablement L’Automne
Ce qui me paraît le plus profond dans cette œuvre est que Brueghel ne peint jamais simplement une saison. Il peint une société entière soumise au temps. L’automne signifie simultanément la récolte, l’abondance, la transformation, la conservation et la préparation de l’hiver. Le tableau est à la fois une scène paysanne, un calendrier, une chronique sociale et une méditation sur le temps. Rien n’est monumental, mais tout est nécessaire. Chaque petit geste participe au grand mouvement de la vie.
Place dans le cycle des quatre saisons
Les quatre panneaux de Bucarest forment un récit circulaire du travail, des récoltes et des loisirs.

· Printemps : les travaux du jardin et des champs préparent le renouveau.
· Été : les récoltes célèbrent l’abondance.
· Automne : les vendanges et la préparation de la viande assurent les réserves.
· Hiver : les activités se déplacent vers le village et les canaux gelés, dans une atmosphère de fête.
Le cycle associe ainsi le temps naturel au temps humain. Après le travail et les récoltes vient une saison où la communauté se rassemble et transforme les contraintes du climat en occasion de jeu.
