▷ A. Ca­plet. Le mi­roir de gloire de Jé­sus III

An­dré Ca­plet (1876-1925), Le mi­roir de Jé­sus, texte de Hen­ri Ghéon (1875-1944)
Qua­tuor Sine No­mine, En­semble vo­cal de Lau­sanne, dir. Jean-Claude Fa­sel, Ma­rie-Claude Chap­puis, mezzo-soprano

Mat­thias Grü­ne­wald (1475-1528)
Ré­sur­rec­tion, Re­table d’Is­sen­heim (1512-1516)
Re­vers du bat­tant droit
Mu­sée d’Un­ter­lin­den, Colmar

III. Mi­roir de gloire
Mer­cre­di et dimanche

13 Pré­lude

14 Ré­sur­rec­tion
Elle ne dou­tait pas de lui ;
Le troi­sième jour était proche ;
Ayant prié toute la nuit,
Elle res­pi­rait sous le porche,
Quand, aux pre­miers feux du ma­tin,
S’a­van­cèrent les deux Ma­ries ;
Elles se te­naient par la main,
Aus­si crain­tives que ravies.

« Le Maître n’est plus au tom­beau… »
Dit l’une ; mais l’autre, aus­si­tôt,
Croyant que la Mère chan­celle
« Mère, mère, le Maitre vit ! »
— La Mère san­glote, sou­rit
« Je le sa­vais dé­jà, dit-elle ».
AL­LE­LUIA

15 As­cen­sion
« Mon Fils, me quit­tez-vous en­cor ?
J’ai peine à sou­te­nir la vue
De votre vi­sage dans l’or
De cette triom­phale nue !
Pour la troi­sième fois per­du,
Si vous ren­trez au sein du Père,
Me se­rez-vous ja­mais ren­du
Et re­des­cen­drez-vous sur terre ?
— C’est vous, ma Mère, qui, de­main,
Gra­vi­rez le même che­min,
Pour ne plus ja­mais re­des­cendre.
Mon Fils, mes pieds dé­jà sont las
De traî­ner mon corps ici-bas !
— Vous n’au­rez que les bras à tendre. »
SANC­TUS

16 Pen­te­côte
Sans Fils, au Cé­nacle sans Maître,
Par­mi ses an­ciens com­pa­gnons,
Le plus doux re­po­sant sa tête
Sur votre sein plein d’o­rai­son,
Vous at­ten­dez en pa­tience,
Tout en lis­sant de fins che­veux,
Que l’é­preuve de l’es­pé­rance
S’a­chève entre les bras de Dieu.
À bout de louange sa­crée,
Les mots manquent à vos pen­sées,
Mais Dieu tonne dans la mai­son,
Et, grâce au ful­gu­rant bap­tême,
Vous pou­vez chan­ter en vous-même,
Dans toutes les langues, Son Nom.

17 As­somp­tion
Ain­si, sans pas­ser par la tombe,
De la terre où poussent les fleurs
Au ciel où les Anges font chœur,
Par le bleu che­min des co­lombes,
La Vierge qui n’eut que dou­leurs
Et plus qu’au­cune mère hu­maine,
En­dor­mant dans son cœur sa peine,
Re­fer­mant ses yeux sur ses pleurs,
S’en­vo­la tout droit, sou­le­vée,
Sur une toile im­ma­cu­lée
Par un es­saim lé­ger d’en­fants,
Pour se ré­veiller ra­jeu­nie,
Telle qu’au ma­tin de sa vie,
Quand Dieu lui fit de Dieu présent.

18 Cou­ron­ne­ment au Ciel
Ici, le poète, ébloui
Re­nonce à peindre ce qu’il rêve ;
À sa prière, qui s’é­lève
Il aban­donne son es­prit.
Il ne sait rien que de ce monde ;
Ses yeux ne se sont pas ou­verts
Aux vi­bra­tions dont l’é­ther
Pro­page, au­tour de Dieu, les ondes…
Il s’ar­rête et songe… à l’ef­froi
De la ser­vante aux pieds du Roi
Dont le front dé­voi­lé rayonne,
À la dé­chi­rante dou­ceur
Qui sou­dai­ne­ment prend au cœur
La Mère que son Fils couronne.

Il s’agit sans nul doute du chef-d’œuvre de Ca­plet, l’ami et le dis­ciple de De­bus­sy, œuvre dans la­quelle ja­mais sa mu­sique n’a at­teint une telle force dra­ma­tique et des­crip­tive. D’un grand mys­ti­cisme, pui­sant aux ra­cines d’une foi au­then­tique, Le Mi­roir de Jé­sus a été com­po­sé entre avril et sep­tembre 1923. Confiant à trois voix a cap­pel­la le rôle d’an­non­cer : Quinze pe­tits poèmes sur les saints mys­tères du Ro­saire qu’­Hen­ri Ghéon com­po­sa et qu’An­dré Ca­plet de mu­sique illus­tra.
Pa­trick-Ma­rie Aubert

Mes in­ten­tions sont d’u­ti­li­ser comme ac­com­pa­gne­ment le qua­tuor à cordes et la harpe ; de faire pré­cé­der chaque groupe du Mys­tère (de joie, de peine, de gloire) d’un pe­tit pré­lude confié aux seuls ins­tru­ments à cordes, et d’u­ti­li­ser un groupe de voix de femmes (9 voix seule­ment di­vi­sées en 3) pour agré­men­ter comme fond so­nore les Mys­tères joyeux et les Mys­tères glo­rieux.
An­dré Caplet